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L’Œil du Loup, de Daniel Pennac et Karol Beffa

La Scène, ResBambini, Spectacles Jeune public

Paris, Philharmonie 2 – Salle des Concerts, 29-XI-2015. Karol Beffa (né en 1973) : L’Oeil du Loup, sur un texte de Daniel Pennac (paru en 1984, Éditions Gallimard Jeunesse). Daniel Pennac, récitant ; Orchestre de Chambre de Paris, direction : Jean Deroyer.

Photo-Karol-Beffa-BD-1024x967« Un œil jaune, tout rond, avec, bien au centre, une pupille noire. Un œil qui ne cligne jamais. C’est tout à fait comme si le garçon regardait une bougie allumée dans la nuit ; il ne voit plus que cet œil : les arbres, le zoo, l’enclos, tout a disparu. Il ne reste qu’une seule chose : l’œil du loup. »

Créé au Théâtre du Châtelet en 2012 par l’ dirigé par , l’adaptation musicale signée (né en 1973), de L’Œil du Loup, conte pour enfant de (paru en 1984) était redonné par les mêmes interprètes ce dimanche 29 novembre à la Salle des Concerts de la Philharmonie 2, ex-Cité de la Musique.

Narrant la rencontre entre un loup borgne d’Alaska et un jeune garçon venu d’Afrique, dont les récits de leurs passés mutuels vont s’entrecroiser autour de thématiques fortes (la liberté, la tolérance, la défense de l’environnement), L’Œil du Loup ne se pose pas simplement un pensum à destination des jeunes enfants, il est également un bel instant de poésie, à la profondeur plus importante qu’on ne pourrait le croire au premier abord.

Assis à la gauche du chef tel le soliste d’un concerto, donna une lecture vivante de son propre texte. Malgré quelques hésitations, l’auteur nous livra ici un beau moment, à la fois d’enthousiasme communicatif et de tendresse candide. Une force évocatrice redoublée par la projection en direct des belles illustrations conçues pour les éditions Gallimard Jeunesse par la dessinatrice Catherine Reisser (Clé d’Or Resmusica 2012).

Quand à la musique « sensorielle » de , elle réussit le pari de ne jamais être redondante ni par rapport au texte, ni par rapport aux illustrations. Elle créé en effet une sorte de seconde peau (à l’instar de la fourrure dorée de la louve Paillette), permettant de saisir au mieux l’atmosphère dramatique de chaque paysage traversé par l’intrigue (le zoo, la montagne, la prairie, le désert). Une musique d’une constante élégance, finement orchestrée, dont on aura d’ailleurs pu saisir quelques clin d’œil stylistiques savoureux, telles les évocations du soleil ou de l’Afrique baignant dans des couleurs évoquant la musique de Jean-Louis Florentz. Si l’on connaît bien la musique de , on aura également pu être attentionné au fait que L’Œil du Loup se trouve être une œuvre « laboratoire », croisant à la fois des éléments entendus au sein d’autres pièces symphoniques, comme Paradis Artificiels (2007) ou d’autres développés au sein du concerto pour piano La Vie Antérieure (créé en 2012, quelques mois après notre conte musical).

Rompu au répertoire contemporain, le chef emmena l’ d’un bras à la fois précis et à la belle finesse d’intention, mettant en valeur tantôt le soyeux des pupitres de violons, tantôt la brillance des cuivres (mention spéciale à la trompette soliste de , personnifiant avec attrait le personnage du jeune garçon).

En somme : une fine et belle équipe d’artistes, réunis non-seulement afin de rendre justice à la touchante œuvre signée Pennac et Beffa, mais surtout afin de donner vie à un délicat objet poétique aussi tendre que profond.

 Crédits photographiques : Karol Beffa © BR Aparté Music

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