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Et si maintenant on s’écoutait les uns les autres ?

Comme vous, chers lecteurs, nous avons été confrontés aux attaques de Paris puis aux mesures d’état alerte maximum qui ont paralysé Bruxelles durant plusieurs jours. Nombre d’entre nous ont perdu à Paris des amis ou des relations professionnelles, mais l’onde de choc a dépassé les deux capitales pour faire le tour du monde, notamment parce que c’est la musique vivante qu’on a attaquée. Dimanche 29 novembre, Barack Obama était devant le Bataclan pour rendre hommage aux victimes.

Nous nous sentons défaits face à cet attentat contre notre mode de vie, la musique, le sport au Stade de France, l’amitié dans les cafés et restaurants. Nous pouvons nous jurer de répondre en continuant à vivre comme si de rien n’était, d’aller toujours au concert, mais nous savons que notre détermination est bien fragile si d’autres attaques devaient être perpétrées.

Pourtant nous savons des choses essentielles. Nous savons qu’il n’y a pas une seule motivation dans la tête des terroristes, et que dès lors il n’y pas une seule solution au problème. Nous savons que ces attaques ont été commises contre nous tous, et que la réponse devra venir de nous tous.

Que pouvons-nous faire ? Nous ne pouvons infléchir par la raison ceux qui ont été convaincus que notre mode de vie est intolérable, mais nous pouvons nous changer nous-mêmes. Pas pour mettre un genou à terre devant leur violence aveugle, mais au contraire pour faire progresser notre société et la rendre plus forte.

Nous pouvons arrêter de voir le monde au travers de notre seul prisme personnel, ce qui est le terreau des malentendus et des tragédies. Nous pouvons nous attacher à décider de manière mieux éclairée sur la base de différentes analyses. Aujourd’hui, nous sommes tous à la merci de nos propres perceptions et envies, et nous n’avons pas été éduqués à décider en prenant en compte la perspective des autres. Le dérèglement du climat n’est-il pas lui-même l’exemple absolu de l’incapacité de l’humanité à dépasser la somme de ses égoïsmes individuels ?

A une plus modeste échelle, prenons le cas du monde de la musique classique et de la danse. Que voit-on ? Nous partageons la même passion, et pourtant chacun au quotidien se retranche dans son métier, que ce soit l’artiste, son agent, le directeur artistique, le chargé de communication, l’éditeur, le critique, sans parler des querelles de styles et d’écoles. Qui réalise que nous sommes chacun partie d’un écosystème fragile, qui va du public à l’artiste en passant par tous les intermédiaires ? Chacun cherche à remplir sa salle, à promouvoir son artiste, à capter les lecteurs, pour réaliser son propre objectif immédiat. C’est à qui mettra le plus de pression sur les autres maillons de la chaîne en fonction de ses propres intérêts, sans considérer le point de vue de l’autre, sans le sens de sa contribution à l’ensemble. Et cette myopie que nous voyons dans le monde musical, se retrouve à l’identique dans les autres milieux professionnels, dans la société en général, à travers la planète.

Il est temps que chacun d’entre nous, dans notre défense de la musique, dans notre quotidien, à la maison, au travail, dans la rue, fasse enfin un effort pour comprendre l’autre.

Aucun individu ne peut changer le monde, mais chacun peut changer les choses autour de soi. Plus nous irons au-delà de nous-mêmes, plus nous dialoguerons avec les autres pour établir nos décisions et diriger nos vies, mieux nous redonnerons du sens à notre propre existence, à notre milieu musical, à notre société.

Dans notre défense passionnée de la musique et de la danse, attachons-nous à nous écouter les uns les autres. Que nous le fassions tous. Tous les jours. Pour nous-mêmes et pour nous tous. Pour un meilleur demain, qui danse et qui chante.

 

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de la rédaction.

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