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Images du temps de Philippe Ferro

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Pascal Zavaro (né en 1959) : Metal Music III ; Nicolas Bacri (né en 1961) : Musica Concertante op.117b ; Alain Louvier (né en 1945) : Archimède ; Tôn-Thât Tiêt (né en 1933) : Images du temps. Ghislaine Petit-Volta : harpe ; André Cazalet : cor ; Orchestre d’harmonie de la Région Centre, direction : Philippe Ferro, Gildas Harnois (Louvier). 1 CD Klarthe Records. Enregistré en concerts à Olivet (45) en 2013 (Zavaro), Beaugency (45) en 2010 (Bacri), Joué-les-Tours (37) en 2006 (Louvier), et à Beaugency (45) en 2002 (Tiêt). Durée : 59′.

 

3149028066722_600Imaginé autour de l’idée de nature et d’environnement, le nouvel album de l’Orchestre d’Harmonie de la Région Centre et de son directeur musical , fait la part belle aux créations.

Pas moins de quatre œuvres commandées par la formation sont présentées ici pour la première fois au disque. Un programme chamarré, aux esthétiques radicalement différentes, offrant ainsi un panorama du paysage musical français contemporain d’œuvres pour orchestre d’harmonie (qu’il s’agisse de pages purement orchestrales ou concertantes).

L’album s’ouvre avec l’impressionnante Metal Music III (2013) de , une œuvre qui fait suite à un premier volet originel pour ensemble de cuivres (2000). Dernier volet d’un cycle de « rêveries sur la matière » entamé dans les années 1990 (culminant avec l’essentiel Silicon Music pour violon électrique et ensemble, en  1998), un ensemble de pièces qui convoquent non seulement des idées musicales typées, mais aussi l’univers sous-jacent des Compressions de César, ou du Cyclop de Tinguely. Avec cette nouvelle pièce, le compositeur renoue avec une certaine fraîcheur qui caractérisait justement ses œuvres des années 1990, cela mêlé aux différentes influences dont il a pu s’imprégner depuis, comme la musique du compositeur anglais Thomas Adès. Croisant également à loisir riffs acérés dérivés de la funk ou guirlandes mélodiques héritées de la « musique de cirque [sic] », Zavaro nous offre au final une œuvre à la fois claire, riche, lumineuse et endiablée. C’est sans conteste la grande réussite de ce disque.

Revendiquant un idéal de simplicité, la Musica Concertante op. 117b de pour cor et orchestre d’harmonie (2010 – la première version pour cor et piano datant de 2008), se veut conçue comme un hommage à Robert Schumann, et spécialement à son Adagio et Allegro pour cor et piano. Bien que servie avec élégance par l’ancien corniste de l’Ensemble Intercontemporain au solo emprunt d’un certain lyrisme, et malgré le fait que l’écriture orchestrale montre un savoir faire artisanal évident, la pièce de ne convainc pourtant guère. En effet, on ne retrouve pas dans cette œuvre l’incroyable veine mélodique et harmonique du génie du romantisme allemand, ici au profit de l’esthétique habituelle de Bacri, évoquant directement des compositeurs de la première partie du XXe siècle (Chostakovitch en tête) sans réelle originalité.

D’une esthétique radicalement différente, Archimède (2006) d’ se veut inspirée par « la fameuse spirale d’Archimède, mère du nombre d’or (…) provoquant une impressionnante accélération, sorte de big-crunch (le contraire du big bang) ». Virtuose, la pièce d’ nous plonge d’emblée dans un univers fait d’angoisse, de tension et d’anxiété, à grand renfort de percussions (spatialisées autour du public). Usant de couleurs tendues et instables conférant un étrange sentiment d’urgence à la pièce, Louvier nous emmène dans un univers âpre et brutal, à l’image du « big crunch » évoqué dans la note de programme. Toutefois, on a ici l’impression qu’au travers de son adresse d’orchestrateur, le compositeur use de tutti nombreux et vains dont on peine à saisir la logique dramaturgique, tant le propos se fait rude et bruyant et dans des tempi constamment rapides.

Les étendues méditatives de Images du Temps (2002), concerto pour harpe et orchestre d’harmonie du franco-vietnamien tranchent donc avec ce qui précédait. Donnant également son titre à l’album, Images du Temps développe en trois volets des climats généralement méditatifs, ou la harpe s’intègre véritablement à l’ensemble, privilégiant ainsi une esthétique de l’épure où des sonorités raréfiées viennent magnifier la sonorité minérale de la harpe de .

On retiendra donc ce volume, non seulement pour les œuvres de et , mais également pour le superbe Orchestre d’Harmonie de la Région Centre, dirigé brillamment par .

 

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