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Hélios Azoulay et la musique de l’enfer

À emporter, CD, Livre, Musique de chambre et récital

L’enfer aussi a son orchestre. Hélios Azoulay, Pierre-Emmanuel Dauzat. La librairie Vuibert, Paris. 209 pages. 19,90 €. Septembre 2015.
1 CD MOM. Enregistré à Rouen au studio Accès digital en mars 2013. Durée : 66’32.

 

HAMême en enfer il y a la musique. C’est ce que vient nous redire dans ce livre-CD co-écrit avec  : L’Enfer aussi a son orchestre.

L’on avait eu le cœur serré à l’automne 2014 par le CD …même à Auschwitz, où le clarinettiste et son nous avait fait entendre un bouleversant bouquet d’œuvres (Goué, Tillion, Klein, Krasa, , Dauber, Berman…), d’une brièveté d’urgence, composées, comme les plus belles fleurs poussées sur le fumier, dans l’anus mundi que fut Auschwitz. « Beethoven, sur une colline de cadavres » : voilà quel fut aussi le Hitler-projet. À cette essentielle parution qui redonnait voix aux morts, Hélios Azoulay adjoint cette fois une manière de livret géant où l’homme du monde d’aujourd’hui qu’il est se fait le porte-parole de l’enfant d’Auschwitz qu’est forcément tout homme contemporain.

« Les nazis n’aiment pas la musique : ils la colonisent. » La concision des textes émus d’Azoulay bénéficie d’une originale mise en miroir avec ceux de cette « bibliothèque en feu » qu’est l’essayiste . L’éclairage historique qu’ils apportent à ces musiques d’outre-tombe revêt des atours de célébration avec le refrain « Bénis soient leurs noms », dont le rituel apaisé affronte le versant obscur d’une lancinante inscription en caractères hébreux dont le sens, sans appel, ne sera révélé qu’à la fin. À la limpidité humaniste des textes d’Azoulay fait écho la prise de hauteur historique de Dauzat. Lire la prose des deux comparses tout en écoutant le CD de 2014 joint à l’ouvrage de 2015 convie à un parcours émotionnel qui ne peut laisser indifférent.

En fin d’ouvrage, on trouve le livret prenant (et audacieux dans son constat androgyne) de l’opéra rêvé par sur Jeanne d’Arc Le 30 mai 1431, et dont Auschwitz ne lui a laissé composer que la minute quarante-neuf qui clôt le disque déchirant. Le rêve naît déjà que le compositeur Hélios Azoulay donne notes à cette autre histoire de haine et de cendres.

Frère humain de l’enfant Yehudi Menuhin, qui croyait que s’il jouait bien la Chaconne de Bach, tout ce qui est ignoble et vil disparaîtrait de la surface de la Terre, le « musicien-archéologue » qu’est devenu Hélios Azoulay est, dans l’édifice du monde actuel, une pierre de taille.

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