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A Genève, une Flûte pour une autre

La Scène, Opéra, Opéras

Genève. Grand Théâtre. 23-XII-2015. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Die Zauberflöte, opéra en deux actes sur un livret d’Emmanuel Schikaneder. Mise en scène, décors et costumes : Jürgen Rose, reprise par Mark Daniel Hirsch. Lumières : Manfred Voss. Avec : Joachim Bäckström, Tamino ; Pretty Yende, Pamina ; Andreas Wolf, Papageno ; Jeremy Milner, Sarastro ; Mandy Fredrich, Die Königin des Nacht ; Loïc Félix, Monostatos ; Amelia Scicolone, Papagena ; Emalie Savoy, 1e Dame ; Inès Berlet, 2e Dame ; Lindsay Ammann, 3e Dame ; Alejandro Mariño Lopez, 1er enfant ; Manuel Orendain, 2e enfant ; Sebastien Zimmermann, 3e enfant ; Tom Fox, L’Orateur ; Wolfgang Barta, 1er Prêtre, 2e esclave ; Michael Austin, 1er homme armé, 2e Prêtre ; Alexander Milev, 2e homme armé ; Omar Garrido, 1er esclave ; Phillip Gasperd, 3e esclave. Chœur du Grand Théâtre de Genève (chef de chœur : Alan Woodbridge) ; Orchestre de la Suisse Romande, direction : Gergely Madaras.

DieZauberflote_A_c_CaroleParodi_03Malgré une série de petits scandales dans la programmation du Grand Théâtre de Genève depuis le début de cette année, le remplacement d’une production de Die Zauberflöte par une autre mise en scène, vieille de vingt ans, trois semaines avant la première représentation de celle originalement prévue passe comme une lettre à la poste grâce à une belle distribution.

Le renvoi de Daniel Kramer, le metteur en scène de la production de Die Zauberflöte prévue au programme, trois semaines avant la première fait figure de couronnement au royaume des ennuis d’un théâtre lyrique de la réputation de celui de Genève. Fort heureusement, pendant que le metteur en scène allemand dirigeait une nouvelle production de cette même Zauberflöte, sa production de 1996 du chef-d’œuvre de Mozart terminait une de ses nombreuses reprises à l’Opéra de Bonn et pouvait ainsi miraculeusement trouver le chemin de Genève.

Disons-le d’emblée, la mise en scène de ne révolutionne pas les interprétations de l’œuvre de Mozart. Dans un théâtre traditionnel, le metteur en scène allemand respecte le livret, raconte bien l’intrigue et signe un spectacle plaisant à suivre, sans toutefois soulever l’enthousiasme. Pour tout décor, une grande boîte de guingois percée de portes latérales, dont la profondeur varie selon les scènes par d’habiles changements de perspectives, dus à des panneaux en trompe l’œil pour en augmenter le lointain ou à des rideaux tombant pour en couper l’espace.

Nous avons souvent regretté de voir les mises en scène de coproductions laissées dans les mains d’assistants stylés, mais souvent inexpérimentés pour diriger les protagonistes auxquels ils ont à faire. Ce n’est pas le cas avec , par ailleurs directeur de l’opéra de Bonn, qui s’affirme un formidable directeur d’acteurs et reste incontestablement l’artisan du succès de cette soirée. S’il peut compter sur les talents d’acteurs d’un Tamino doué de l’ingénuité du valeureux prince amoureux, d’un Papageno à l’heureuse bonhommie paysanne, et d’un Sarastro à l’évidente noblesse, il a su donner (même dans l’urgence de la situation) les moyens théâtraux aux autres protagonistes pour que le spectacle reste totalement cohérent et équilibré. Plus encore : mignon ! Pour s’en convaincre, il suffit d’admirer la direction théâtrale dynamique et débridée des trois enfants si souvent utilisés comme des potiches.

DieZauberflote_A_c_CaroleParodi_10Côté musical, un manquant quelque peu de dynamisme à cause de la baguette trop timide et trop soignée du jeune chef hongrois , n’entraîne guère les chanteurs. Passons sur les prestations vocales de quelques-uns (pâles Sarastro de et Monostatos de ) pour se louer de la remarquable vocalité de (Tamino). Une voix d’une autorité magnifique, loin de tous ces Tamino à la voix doucereuse. Claironnante, presque un peu verte, avec une légère acidité, un vibrato quasi absent, elle traduit la jeunesse en même temps que la virilité du personnage. A lui donner la réplique, la soprano (Pamina) (qui nous avait enchanté lors du festival de Verbier de 2014 et avait été remarquée, la même année, à la Scala de Milan) affirme une technique vocale irréprochable, même si le volume de sa voix charpentée la projetterait vers des rôles dramatiques plus que vers le lyrisme de Pamina. Autre belle surprise, le baryton allemand (Papageno) compose son personnage avec humanité alors qu’il est aisé de le caricaturer. Avec sa voix bien timbrée, sa projection efficace et sa diction parfaite, il est l’interprète idéal du rôle. Le public l’a bien compris lui réservant ses plus chauds applaudissements.

Die Zauberflöte doit une grande partie de sa popularité au rôle de la Reine de la nuit dont on attend toujours les deux airs de bravoure. Avec la soprano Mandy Fredrich, le personnage reste un peu en retrait par rapport à la verve des autres protagonistes. Certes, la soprano allemande possède toutes les notes de la partition, mais on attend un personnage plus coloré, plus véhément que celui que campe cette artiste.

A noter encore l’excellente prestation vocale du Chœur du Grand Théâtre de Genève, dont la puissance, l’homogénéité, la couleur vocale font merveille, de même que les trois dames, parmi lesquelles la mezzo-soprano impressionne.

Même si cette production ne restera pas dans les annales du Grand Théâtre de Genève, il est à relever que sa mise sur pied en si peu de temps est un véritable tour de force. Sans connaître précisément les raisons artistiques qui ont poussé la direction de la maison genevoise à annuler la production prévue de longue date pour la remplacer par ce « vieux » spectacle, on est en droit de se demander si ce n’était pas mieux avant !

Crédit photographique : GTG/Carole Parodi

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