tous les dossiers(1)

Finesse musicale contre embonpoint scénique pour Orphée aux Enfers

La Scène, Opéra, Opéras

Nancy. Opéra national de Lorraine. 29-XII-2015. Jacques Offenbach (1819-1880) : Orphée aux Enfers, opéra-bouffe en deux actes et quatre tableaux sur un livret de Hector Crémieux et Ludovic Halévy. Mise en scène : Ted Huffman. Décors, costumes et lumières : Clement & Sanôu. Chorégraphie : Yara Travieso. Adaptation et réécriture des dialogues : Alain Perroux. Avec : Sébastien Droy, Orphée ; Alexandra Hewson, Eurydice ; Franck Leguérinel, Jupiter ; Doris Lamprecht, l’Opinion publique ; Mathias Vidal, Aristée / Pluton ; Flannan Obé, John Styx ; Jennifer Courcier, Cupidon ; Marie Kalinine, Vénus ; Anaïs Constans, Diane ; Edwige Bourdy, Junon ; Marc Mauillon, Mercure ; Mathilde Nicolaus, Minerve. Chœur de l’Opéra national de Lorraine (chef de chœur : Merion Powell), Orchestre symphonique et lyrique de Nancy, direction : Laurent Campellone.

orphee-aux-enfers_credits-opera-national-de-lorraine-6bis-728x942Retour aux fondamentaux à Nancy avec Offenbach et son Orphée aux Enfers pour les festivités de fin d’année. Las ! L’excellence musicale du spectacle s’y trouve handicapée par une mise en scène aux semelles de plomb.

Pourtant, tout commence plutôt bien avec le remarquable décor de Clement & Sanôu, reconstitution minutieuse du hall d’un grand hôtel à la décoration Art déco, où le metteur en scène a choisi de dérouler avec à propos et souplesse les péripéties de la première scène. Mais dès le second tableau, ce cadre unique, probablement très coûteux, n’est plus qu’un fond dont la mise en scène ne tire plus grand parti. La métamorphose peu seyante des dieux de l’Olympe en Bibendums Michelin — probablement par excès de nectar, d’ambroisie et d’inactivité — fait d’abord sourire puis se révèle rapidement bien encombrante et fort handicapante pour la mobilité des interprètes. Dès lors, s’enlise dans la farce, le surlignage des effets et une certaine trivialité : un quasi contresens au regard des seconds degrés et des sous-entendus satiriques d’Offenbach. Les Enfers lui suggèrent tout un bestiaire fantastique, inspiré de Jérôme Bosch, et des costumes au demeurant magnifiques mais sans justification ni pertinence. Pluton devient un sosie ailé de Saroumane, accompagné en permanence de trois figurants-chiens — les trois têtes de Cerbère vraisemblablement — aussi inutiles que bruyants. Quant à John Styx déguisé en hérisson, comprenne qui pourra ! Et paradoxalement, toute cette agitation désordonnée, cette pléthore un peu vaine de personnages ne parviennent pas à animer, à faire décoller les moments clés comme le célébrissime « Galop infernal », qui servit de base au french cancan, ou comme le « Duo de la mouche ».

orphee-aux-enfers_credits-opera-national-de-lorraine

Pourtant, la distribution apporte bien des bonheurs ; tous ont parfaitement intégré la syntaxe de l’opéra-bouffe et se montrent aussi à l’aise dans le jeu que dans le chant. Physique de pin-up (on la croirait jumelle d’Alexandra Lamy), suraigu facile, l’Eurydice d’ pêche toutefois par un manque d’ampleur vocale et un timbre quelque peu aigrelet. fait appel à toutes ses qualités de ténor mozartien pour un Orphée stylé et soigné. démontre à nouveau ses capacités exceptionnelles de comédien dans le rôle central de Jupiter, où elles sont justement fondamentales. déploie une revigorante énergie pour son Aristée/Pluton de haut relief, d’une voix franche, sonore et assurée. Devenue avec humour une « technicienne de surface » de l’hôtel, l’Opinion publique de est parfaite en virago dominatrice. Dans le trop court rôle de Mercure, réalise un hallucinant numéro, tout particulièrement dans son air d’entrée « Et hop ! Et hop ! Place à Mercure » (mais quand reprend-il son souffle ?). Enfin, dans le groupe impeccable des dieux de l’Olympe, on remarque notamment le Cupidon mutin de Jennifer Courcier et surtout la Diane intense d’Anaïs Constans.

Pourtant, l’énergie et le rythme que refuse la scène sont bien présents dans la battue dynamique de , tellement même qu’il lui arrive de couvrir ses chanteurs et notamment la frêle Eurydice. Tout comme le Chœur de l’opéra national de Lorraine, l’ se donne lui aussi à fond et avec entrain, n’évitant pas quelques lourdeurs, mais toujours intensément engagé et avec de fort poétiques solistes instrumentaux.

Pourtant… pourtant… cet Orphée aux Enfers possède bien des atouts. Quel dommage que la fête attendue soit un peu gâchée par une mise en scène qui confond opéra-bouffe et bouffonnerie.

Crédit photographique : et / Frank Leguérinel © Opéra national de Lorraine

Banniere-clefsResMu728-90

Mots-clefs de cet article

Lire aussi :

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.