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Anna Vinnitskaya, pianiste

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Tous nos entretiens de pianistes : Art du clavier

 

Anna-Vinnitskaya-Gela-Megrelidze-t3« Avec Koroliov, il ne s’agissait pas seulement de devenir pianiste, il s’agissait seulement de musique »

En 2007, remporte à 24 ans le Premier Prix du concours Reine Elisabeth, à l’issue notamment d’une finale magistrale. Depuis, elle mène une brillante carrière et fait partie des grands noms du piano avec cette force sereine qui la caractérise. Du répertoire baroque jusqu’aux impressionnistes français en passant par les compositeurs romantiques et russes, ses interprétations marquent les esprits par la profondeur imaginative et expressive qui s’en dégage. ResMusica l’a récemment rencontrée lors d’un passage à Bruxelles.

ResMusica : A 18 ans, vous avez quitté la Russie pour aller étudier en Allemagne. Quel souvenir gardez-vous de cette époque ?
: Tout d’abord, je suis venue en Allemagne seule, sans ma famille. J’ai laissé mes meilleurs amis en Russie. C’est la raison pour laquelle je n’ai sincèrement pas un si bon souvenir de cette période, car, quand j’étais à la maison, mes parents assumaient tout pour moi, dont toutes les tâches quotidiennes comme la cuisine, la lessive et aussi ce qui concerne la santé. Et là, je me retrouvais soudain toute seule, dans un pays où je ne parlais pas un mot d’allemand, où je n’avais ni amis ni connaissances. Je ne savais pas même pas ce qu’on pouvait manger pour le petit déjeuner ou bien comment on lavait le linge ! Mais je crois que cette époque m’a simplement donné beaucoup de force et aussi cela m’a donné comme l’impression d’être néanmoins parvenue plus loin grâce à ces épreuves.

RM : Je crois savoir que la rencontre avec le Professeur Koroliov a tout changé. Vous souvenez-vous de votre première leçon avec lui ?
AV : J’ai commencé avec un autre professeur en Allemagne, puis j’ai rencontré M. Koroliov. Une amie a étudié avec lui et donc je voulais l’écouter. Non, je ne peux pas dire que j’ai été enthousiasmée dès la première fois. Je suis allée le voir pour lui demander si je pouvais auditionner pour lui et il a été d’accord. Mais c’était toute l’atmosphère qui existait là-bas dans son cours…
Ce n’est pas comme s’il m’avait dit quelque chose. Non, il ne s’agissait pas seulement de devenir pianiste mais il s’agissait seulement de musique, de celle pour laquelle on a du plaisir et aussi de celle qu’on aime profondément. C’était le plus important et je l’ai déjà ressenti dès la première leçon. Ce n’était pas ce à quoi j’étais habituée, mais c’était quelque chose de très spécial. J’ai immédiatement voulu étudier avec lui.
Depuis, il est devenu pour moi comme mon père. Je n’étudie plus avec lui depuis cinq ans mais je le rencontre plusieurs fois par semaine et je parle avec lui. Cela m’amène encore plus loin dans mon développement en tant que personne, pas seulement comme pianiste car il est très érudit. Il ne connaît pas seulement la musique mais aussi les arts visuels, la littérature. Il me conseille sur ces sujets. A l’issue de ces discussions, je sens que je comprends vraiment davantage de choses sur la vie.

RM : Quel genre d’enseignement avez-vous trouvé auprès de lui?
AV : Comme je le disais, ce n’était pas tellement un aspect pianistique, comme une expérience que partagerait un professeur. Un peu comme s’il disait « là je vais te donner un truc, ici, tu dois jouer d’une façon et là, d’une autre » Non, pas du tout. En arrivant chez , j’avais déjà un certain niveau de base. J’ai vraiment beaucoup appris chez mon professeur, Sergeï Ossipenko, en Russie. C’est vraiment un excellent pianiste. Il a très bien « traité » mes mains et il m’a vraiment appris à faire chanter l’instrument, à trouver un toucher spécial.
L’idée, c’était aussi éprouver ce sentiment-là : « Tu es une personne très créative et tu peux faire énormément d’expériences. Il n’y a pas qu’un seul chemin, tu peux en prendre plusieurs différents et tu es une personne qui peut créer. Selon ton désir, tu dois créer en fonction de ton cœur et tu peux tout simplement recevoir beaucoup de choses. » Je n’avais pas su auparavant qu’une telle approche existait. Je ne veux pas généraliser, mais, particulièrement en Russie, il s’agit parfois juste d’un travail à répétition à cent pour cent pianistique et vraiment « créer » la musique, cela arrive rarement. voulait que vous vous amélioriez du point de vue de votre personnalité et montrer une direction, non pas donner sa vision. Rien à voir avec ce qui a souvent été fait par des professeurs avec ce qu’on appelle des élèves remplis d’air « comme un ballon ». L’élève joue soudain très bien, même s’il n’a pas un si grand talent. Le Professeur Koroliov n’a jamais agi comme cela. Maintenant que je suis aussi professeur à la même université, j’essaye aussi d’assumer cela et de continuer à transmettre son expérience.

RM : Votre programme de récital pour cette saison est représentatif d’une partie de votre large répertoire mais certaines œuvres sont assez rares en concert notamment l’opus 76 de Brahms. Pourquoi est – il « mal – aimé » par rapport à ses autres pièces pour piano ?
AV : Je ne comprends pas non plus pourquoi. Il n’est pas juste mal-aimé car sinon il y a les opus suivants de 116 à 119. Les quatre sont des opus géniaux. Il est évident que Brahms a naturellement changé au fil des ans. A la fin de sa vie, c’est vraiment du Brahms à l’état pur. Il n’y a plus l’influence de Schumann. Quand Brahms était jeune, ses œuvres de jeunesse ont subi à cette époque une grande influence de la part de celui -ci, parfois aussi de Mendelssohn. A ce sujet, je ne peux pas dire aussi si cela s’entend ou pas. L’opus 76 n’est pas moins génial que les 116 et 117. Je ne comprends pas non plus pourquoi il n’est pas si souvent joué mais c’est bon pour moi (rires) Je le joue très volontiers et puis, si je le joue en concert, aucun organisateur ne peut dire qu’il est déjà programmé.

RM : Vous avez également joué les étonnantes Danses des Poupées. Elles ne sont pas juste des pièces pour débutants et montrent une autre facette de Chostakovitch. On y trouve un optimisme, beaucoup de charme et un raffinement… bien loin de son image sombre.
AV : Pour les « Danses de Poupées », c’est une tout autre histoire. Je suis tombée dessus par hasard. Dans ma bibliothèque, j’ai vu Puppentänze au milieu de mes partitions. Je ne connaissais pas ces morceaux donc je les ai joués. Ils m’ont énormément plu. Évidemment, ce sont des pièces écrites pour enfant. J’ai pensé que c’était génial. La plupart des gens se demandent vraiment pourquoi je joue cela. Mais c’est tout de même de la musique. Pourquoi doit-on être virtuose ? Cela ne doit pas être une obligation. Je trouve que ces pièces ont un très haut niveau musical. Pourquoi alors ne pas les jouer ? Parce qu’elles sont faciles ? Mais ce n’est pas un critère. A mon avis, 90% du public ne connaît pas cette œuvre et je suis très fière de pouvoir la partager.
Effectivement, elle est raffinée et très humoristique. Chostakovitch avait tellement d’humour et aussi d’autodérision. Ce que je trouve de particulier chez lui, c’est qu’il a de très nombreuses facettes. Il a écrit dans plein de styles différents, du Baroque au Jazz, toujours dans son propre langage. Et parfois, cet humour est quelque part sous- jacent, de sorte qu’on ne peut pas immédiatement l’entendre. C’est vraiment écrit de façon très intelligente.

RM : Il existe aussi la Chaconne de Bach retranscrite par Busoni mais vous interprétez la version de Brahms. Est-ce que cela figurera dans votre prochain disque Brahms ?
AV : Je l’ai aussi jouée. L’autre jour, j’ai regardé un de mes programmes de 2007 et j’avais joué la Chaconne à deux mains et maintenant, pour une main. (rires)
Quand j’étais jeune, je l’ai beaucoup aimée. A l’époque de Busoni, c’était une virtuosité très moderne qu’on montrait. Je trouve que la version de Brahms est plus sincère que celle de Busoni. C’est fascinant qu’il ait écrit pour une seule main comme le violon où on doit trouver les notes pendant que nous devons maintenir la tension parce qu’on joue à deux mains. Nous avons de très bons instruments et nous ne devons rien trouver. Ici, il y a do, fa dièse, nous avons toutes les notes. Nous avons un très grand avantage parce qu’on doit les trouver pour tous les autres instruments. C’est une sensation qui aide beaucoup dans le cas de ce Bach/Brahms. Cela sonne d’ailleurs beaucoup mieux qu’avec cette pièce virtuose de Bach/ Busoni. C’est mon opinion personnelle car j’ai joué les deux œuvres.
La version Bach/Brahms figure effectivement dans mon nouvel enregistrement. J’ai enregistré un album en septembre dernier. Je pense qu’il sortira en février. Il y a aussi de Brahms les opus 76, 79, les Rhapsodies et l’opus 116. Je voulais encore inclure le 117 et les suivants mais cela ne pouvait pas tout tenir sur un CD. C’est dommage parce que Brahms est pour moi fascinant. Je vis à Hambourg depuis longtemps et il a aussi vécu là-bas. Parfois je pense « tiens-là, Brahms s’est probablement promené à cet endroit ». Ces nuages si sombres, cette ambiance si grise, ces canaux et ces ponts, Brahms les a aussi vus. Et là je me dis « wow, il a vu cela de ses propres yeux. »

RM : Votre dernier disque est consacré à Chostakovitch (1 album Alpha, Clef ResMusica). Vous jouez ici avec la les deux concertos pour piano. Le fait de jouer sans chef d’orchestre instaure une relation privilégiée entre les musiciens et le soliste. Comment s’est passée la rencontre avec l’ensemble ? Est- ce que a suivi le déroulement de l’enregistrement ?
AV : Oui, il était présent mais pas tout le temps. Gidon nous a donné de précieux conseils en ce qui concerne l’équilibre et les tempi. Mais ce ne fut pas obligatoire, il n’a fait qu’exprimer son avis. C’était vraiment passionnant. Il est pour moi l’un des musiciens les plus authentiques et les plus polyvalents.
J’ai joué pour la première fois avec la des concertos de Bach. Dans Chostakovitch, c’était une première. Ça a été immédiatement très réussi parce que nous nous sommes très bien entendus. C’était un avantage d’avoir joué sans chef d’orchestre parce que j’avais directement accès à , sans passer par un chef. Nous nous sommes assis tous ensemble et nous avons discuté de quel serait le meilleur équilibre pour tel endroit et pour d’autres, les meilleurs tempi. J’avais déjà joué Mozart et Bach sans chef et également dirigé Chostakovitch du piano. J’avais pris des leçons de direction et cela m’a beaucoup plu. Je dois aussi dire que , qui est un ensemble exceptionnel, joue presque toujours ainsi. Ils sont habitués à jouer comme un ensemble de musique de chambre sans avoir quelqu’un pour les diriger.

RM : Il y a ce sublime Andante du deuxième concerto. Ici, il n’est pas romantisé comme on a l’habitude d’entendre…
AV : Je ne sais pas si vous avez entendu comment Chostakovitch lui- même le jouait. Il n’a jamais « romantisé » son œuvre. Il a plutôt une influence du classique viennois mais pas du romantisme. On intériorise seulement les sentiments romantiques vers l’intérieur mais jamais vers l’extérieur. Je n’aime pas lorsque c’est exprimé de façon explicite. La musique est suffisamment belle. On ne doit pas montrer combien elle l’est : on l’entend. Je pense que c’est faire fausse route de montrer cette beauté mais c’est aussi mon avis personnel.

RM : On a le sentiment que vous vous fondez dans le langage musical de chaque compositeur que vous interprétez. Avez- vous une méthode de travail et comment abordez- vous une nouvelle œuvre ?
AV : Une façon de travailler ? En fait, non. Je sais, par exemple, dans le répertoire russe que j’ai besoin de moins de temps pour comprendre, vraiment par intuition. Immédiatement, je sens comment être convaincante. Je sais comment faire pour me convaincre moi et les autres avec cette musique. Pour les autres compositeurs, je dois chercher. Je ne dis pas que je ne comprends pas mais il doit s’écouler un certain temps et j’ai besoin d’encore plus de temps. C’est toujours très différent mais les compositeurs russes coulent dans mes veines. Cependant, cela ne signifie pas que j’aime davantage ou principalement ce répertoire.
La plus mauvaise direction pour apprendre une nouvelle œuvre est d’écouter un enregistrement. Je ne le fais jamais. En principe, je n’en écoute pas de toute façon. Je n’ai pas le temps. Vous savez, quand je joue chez moi puis, que jouent mes élèves, je ne souhaite alors plus entendre de musique. J’en ai assez et je désire juste du silence. Pour travailler une nouvelle œuvre, je vais juste la jouer puis, j’essaye de trouver ce que le compositeur voulait avec cette pièce. Pourquoi l’a t- il composée ? Que voulait-il dire? Et là, c’est mon travail de transmettre avec mes mots ce qu’il voulait dire. Je suis quasiment un médium.

RM : Quelle œuvre pourrait vous poser davantage de difficultés ?
AV : Je crois un morceau de Mozart. J’adore Mozart, j’adore le jouer chez moi! Lorsqu’on est sur scène, tout ce que vous avez fait à la maison s’effondre parce c’est une musique si fragile! Si on respire mal, pfff, tout se rompt comme un château de cartes. Souvent, ce qui m’énerve beaucoup une fois sur scène, c’est que 50% de ce que vous avez fait chez vous ne fonctionne pas. Chaque note vaut de l’or. A vrai dire, quand on y pense, il n’y pas autant de notes que chez Prokofiev ou Brahms. Ce n’est pas le cas et cela joue un très grand rôle du point de vue agogique et toutes les notes jouent un très grand rôle. Je sens vraiment cette musique et je l’aime beaucoup mais lorsque je joue sur scène, parfois je ne suis pas disposée à la jouer.

RM : Quel est votre piano idéal? J’ai appris que vous aviez choisi un Bösendorfer pour votre prochain CD Brahms.
AV : C’est toujours différent. Je joue principalement sur Steinway. J’en ai un chez moi mais il est très vieux et j’aime beaucoup les vieux pianos. A l’Université où je travaille, mon collègue a un vieux Erard et c’est en quelque sorte pour moi un cadeau de le jouer. C’est une sonorité particulière. Pour moi, il est très important que l’instrument ait une personnalité. La plupart, un peu plus vieux, en ont une, comme les Steinways qui ont au moins cinq ou dix ans. Malheureusement, souvent sur scène se trouve un Steinway de concert tout neuf et il n’a pas encore de personnalité. Ils sont très bons mais il n’y a pas encore de sculpture. La base est très bonne mais il n’y a pas encore de visage. C’est dommage car au fil des ans, je trouve que les Steinways en particulier étaient meilleurs.
Ce que j’aime beaucoup pour les pianos à queue, c’est l’ivoire. Dieu merci, c’est une très bonne chose qu’ils ne soient plus faits avec des touches en ivoire. C’est affreux de dire cela, il s’agit des pauvres éléphants mais cependant, les touches retiennent la chaleur et deviennent plus chaudes alors que les touches en plastique le sont moins.
J’ai effectivement choisi un Bösendorfer pour mon prochain enregistrement. C’était aussi un hasard. Je connais un très bon facteur de piano. Je voulais voir ses Steinways. Ils étaient très bons mais chez lui se trouvait un Bösendorfer. Je l’ai essayé et j’ai beaucoup aimé. Alors, je lui ai dit que je voulais prendre ce piano là. Ce n’était pas prévu. J’ai trouvé que la sonorité était beaucoup plus différenciée. Les basses, le registre du bas étaient si riches et sur ces pianos, il y a vraiment des basses si profondes. Toutefois, je ne dis pas ce que les Bösendorfers sont meilleurs.

RM : Vous êtes Professeur à l’Université de musique et théâtre de Hambourg depuis 2009. Que représente pour vous cet enseignement ?
AV : Tout d’abord, il s’agit de ma propre évolution. Je sais qu’à travers ce que j’enseigne, je m’entends quasiment en étant de ce côté. Aussi, lorsque je répète, j’essaye de m’écouter. Tout ce répertoire que je travaille avec les élèves fait que je connais beaucoup d’œuvres maintenant. Elles ne viennent pas seulement de l’écoute mais aussi de ce travail. Cela veut dire que je n’ai plus besoin ‎d’autant de temps pour les œuvres que mes élèves ont eux- même élaborées. Cela me fait aussi tout simplement plaisir de communiquer avec les gens et de continuer à donner mon expérience.
C’est très important. J’ai participé à des concours internationaux et j’ai accompli beaucoup de choses d’où le fait aussi de raconter cela aux élèves et de les recommander sur quelque chose.
Mes élèves sont vraiment excellents. La question est que va t- il y avoir après? C’est une époque très difficile. ‎Ils sont en plein développement et je le sais. J’ai une très grande responsabilité. Je suis pour ainsi dire une personne qui se trouve quasiment à côté de la route sur laquelle ils vont. C’est la période la plus importante de leur vie. Vous pouvez après ne plus rien faire et ne rien devenir. Et puis, comment allez- vous évoluer ? On ne peut jamais le savoir. Ce qui se passera dans trois ou quatre ans est donc un sujet très‎ intéressant.

RM : Votre enseignement ne se limite donc pas uniquement à une expérience pianistique…
AV : Non, c’est beaucoup plus complexe. Comme je le disais, voilà à peu près tout. C’est tout d’ abord une histoire de communication entre des jeunes gens et moi- même. Ils ne me veulent pas seulement comme professeur mais aussi comme être humain qui, à priori, les conseille sur la vie. Je trouve que c’est très important de parler des autres formes d’Art car mes professeurs l’ont également fait avec moi. En Allemagne, par exemple, de nombreux professeurs enseignent juste comme le prochain. Je sens qu’on a besoin d’un plus qui soit personnalisé, qu’on doit enseigner de façon très personnelle. Quelques- uns ont besoin d’éloges. Je dois leur dire « tu es génial, magnifique! » et à d’autres, je dois les reprendre et leur dire au contraire « non, c’est très mauvais! Tu peux mieux faire, cela ne va pas. » Chacun a besoin de choses différentes.
Au début, j’enseignais à tous de la même façon et c’était mon erreur. J’ai commencé presque sans expérience et maintenant, après cinq ans, j’enseigne de façon totalement différente. J’ai beaucoup appris du point de vue psychologique sur la façon dont on doit procéder avec les jeunes gens. Et comme je le disais, je vois ce dont chacun a besoin et mon cours n’est pas identique pour tous. Sinon, les élèves ne font pas de progrès.

RM : Que se passe t- il quand un élève joue une œuvre que vous jouez depuis longtemps de manière différente?
AV : Ce n’est pas quelque chose que j’appréciais. Au début, c’était si terrible parce que je m’attendais à quelque chose d’autre. J’écoutais et j’étais toujours en quête de quelque chose et puis, deux ou trois ans ont dû s’écouler et là, j’ai pensé « wow, on peut jouer cela autrement, c’est convaincant et tout aussi bien. »
Je suis si heureuse qu’on puisse jouer une œuvre de tellement de manières différentes et qu’en particulier mes élèves très doués entendent une œuvre de façon complètement autre. Cela n’en est pas moins magnifique. Ce qui est principal, c’est d’avoir la bonne stylistique et ce qui se trouve dans la partition est naturellement très important, tout comme la dynamique et le tempo. Pour tout le reste, vous êtes libre et c’est beau lorsque les élèves font preuve d’imagination.
Parfois, ils vont au delà et la stylistique n’est pas correcte alors je dois leur dire de faire attention, que le compositeur n’a pas voulu cela ou bien que ce n’est pas du Beethoven ou du Mozart mais leur adaptation et là, ils me disent « ok, alors c’est parfois trop! »
C’est notre bonheur de musicien de pouvoir interpréter une œuvre de différente manière, d’y mettre quasiment chacun ce qui lui est personnel, son avis mais aussi ses goûts et sa vision, et qu’ainsi nous devenions nous- même très créatifs bien que nous ayons tous la même partition.

RM : Est-ce que vous vous intéressez à d’autres styles comme du jazz, de la pop ?
AV : Du Jazz, mon père en jouait… Il voulait m’apprendre mais j’étais très têtue. Je répondais que non, je ne voulais pas parce que ma mère m’enseignait déjà la musique classique et que c’était suffisant d’avoir ma mère. Je trouve maintenant cela dommage car je serais ravie d’improviser. Chopin, Schumann, Liszt, tous les compositeurs pouvaient le faire et maintenant 91, 92 % des musiciens ne peuvent pas, moi non plus. Peut- être quand j’aurai du temps et que mes deux enfants seront un peu plus grands. Je pense que cela aide facilement à se sentir libre. J’écoute aussi du jazz mais comme je l’ai dit, en général je préfère le calme.
La Pop, non. Non pas que je ne l’aime pas, de temps en temps. Pourquoi pas à la radio en voiture? Mais cela ne m’est pas nécessaire. Je peux très bien comprendre les gens qui aiment en faire. De nombreux artistes sont très bons en Pop. J’admire des gens comme Michael Jackson ou Madonna qui ont vraiment très bien fait les choses. C’est du 100% au niveau de la qualité, une qualité haut de gamme, comme chez nous en musique classique, on peut trouver ou pas cette qualité- là. J’ai vraiment du respect pour eux et pour la musique Pop. C’est vraiment très intéressant tout comme le fait que les jeunes gens écoutent tout ce que la Pop a crée.

Crédit photographique © Gela Megrelidze

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