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Triple hommage à la Maison de la Radio

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Auditorium de la Maison de la Radio. 07-I-2016. Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Phaéton, poème symphonique, op. 39. Henri Dutilleux (1916-2013) : Tout un monde lointain…, concerto pour violoncelle et orchestre. Johannes Brahms (1833-1897) : Symphonie n° 1 en ut mineur, op. 68. Gautier Capuçon, violoncelle ; orchestre National de France ; direction : Andrés Orozco-Estrada.

AOrozco, et  : deux chefs d’orchestre et deux compositeurs dont l’ honore ce soir la mémoire.

Les soupçons d’attentat et les contrôles de sécurité débridés à l’entrée de la Maison de la Radio n’auront pas eu raison de la détermination du public, venu en nombre pour assister au triple hommage qu’ont voulu rendre les musiciens de l’ONF. Pour , et plus encore , les circonstances ont dicté leur loi, et l’improvisation est palpable ; mais cela ne nuit pas à l’émotion. Quant à Dutilleux, l’initiative est plus ancienne, et d’autant plus heureuse qu’elle se conjugue à un mois entier de concerts, d’émissions radio, de projections et d’expositions, pour célébrer la mémoire de l’un des plus grands compositeurs du XXe siècle, qui aurait eu cent ans en ce début d’année.

Passons sur le Saint-Saëns apéritif, en reprenant la citation de Dutilleux que l’auteur du programme a mise en exergue, dans un esprit de pudeur et de conciliation : « Une œuvre qu’on ne joue pas est comme une toile qu’on n’expose pas. » Le Brahms conclusif aura lui aussi laissé une impression peu colorée mais décente, pas tout à fait à la hauteur de l’énergie que déploie à la baguette le jeune chef invité .

Le choc du concert : Capuçon dans Dutilleux

Il faut avouer que la longue Première symphonie du génie allemand a souffert d’une fin de première partie en apothéose, où tenait la partie soliste de Tout un monde lointain…. Un petit miracle s’est produit sur scène. Après le mouvement initial, « Énigme », et les rondes phrases du violoncelle ponctuées de percussions, le public s’imaginait d’avance vingt minutes d’une musique subtile, mais ardue, soignée, mais distante. « Regard » fut un frémissement : Capuçon, avec une extrême justesse du son et une belle pâte dans l’aigu du registre de l’instrument, a su donner au mouvement une certaine ampleur.

C’est dans « Houles » que le déclic est venu. Il y a eu cet instant merveilleux, parfaitement perceptible, où la musique, sans crier gare, a pris possession de tout le monde : du soliste, qui s’est jeté dans la mer des sons ; du chef, qui mû par un sûr instinct, l’a compris et suivi ; de l’orchestre, se jouant soudain de la complexité de la partition ; et des spectateurs enfin, happés eux aussi dans le tourbillon. Le contemplatif « Miroirs » n’a pas entamé cette intensité nouvelle, et l’éblouissant finale, « Hymne », tout de rythmes véhéments et d’éclats mordorés, a consacré l’époustouflante lecture de , dont on espère vivement qu’une trace sonore aura été conservée.

Crédit photographique : © Werner Kmetitsch

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