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Le Turc à Dijon

La Scène, Opéra, Opéras

Dijon, auditorium, 12-I-2016. Gioachino Rossini (1792-1868) : Il Turco in Italia, dramma buffa en deux actes créé en 1814 sur un livret de Felice Romani. Mise en scène, Christopher Alden ; reprise de la mise en scène, Karolina Sofulak ; Scénographie, Andrew Lieberman ; Costumes, Kaye Voyce. Avec Damien Pass, Selim ; Elena Galitskaya, Fiorella ; Tiziano Bracci, Don Geronio ; Luciano Botelho, Don Narciso ; Vincenzo Taormina, Prosdocimo ; Catherine Trottmann, Zaida ; Juan Sancho, Albazar. Orchestre Dijon Bourgogne et Chœur de l’Opéra de Dijon (chef de chœur : Anass Ismat), direction : Antonello Allemandi.

INBOX5322unknownfilenameUn zeste de tragédie, une pincée de sérieux, une once de pirouettes, et surtout une livre de fantaisie font du Turc en Italie une recette théâtrale réjouissante, comme ici dans cette reprise dijonnaise.

Le chef d’orchestre , spécialiste de la musique rossinienne, sait mener l’action assez conventionnelle de cet opéra avec un tempo giusto sans faiblesses. L’Orchestre de Dijon a commencé par nous faire une frayeur ! L’introduction lente a débuté par un « colpo di canone », comme on dit dans le Barbier de Séville ! La justesse approximative des vents, les enchaînements mal ajustés, la timidité des cordes, tout cela a fait craindre le pire. Heureusement, la suite a largement prouvé le contraire : les cordes ont montré une réactivité et une nervosité très italiennes, les interventions des bois dans les airs ont été spirituelles, et la percussion et les cuivres ont souligné avec justesse les effets. Les tempos sont en parfait accord avec les situations, et le chef repousse les limites de la vitesse lorsque cela est possible avec les chœurs et les solistes, comme dans le finale du premier acte. Une mention spéciale doit être donnée au musicien qui tient le clavier pour son sens de l’humour : trouver le moyen de citer Mozart avec la « Marche turque », passe encore, mais jouer Torna a Surriento et des dissonances ajoutées lorsque la situation sur le plateau les suggère, cela est déjà plus habile !
On n’a pas assez l’occasion d’entendre le chœur de femmes pour le juger, mais, par chance, dans cet opéra les hommes sont présents à de nombreuses reprises ; le résultat du travail est plus que satisfaisant : la pâte sonore est pleine et équilibrée.

Il est très à la mode de choisir l’époque des années cinquante comme cadre à l’action, cette production ne fait pas exception. Les costumes de Fiorilla sont bien adaptés au personnage, mais celui de Zaida avec sa cape en dentelles n’est pas du meilleur effet. Quant à Don Narciso, il apparaît avec son imperméable ceinturé à la Colombo, comme un Quasimodo pervers ! Le local qui sert de cadre à l’ensemble de la production est plus proche de la station de métro que de l’entrepôt portuaire, mais fort heureusement la sirène d’une proue de bateau apporte l’allusion nécessaire à la proximité de la mer.

On est comblé par le plateau vocal : en effet, son homogénéité apporte de la fluidité au déroulement de l’action, et les chanteurs tirent tous leur épingle de ce jeu dangereux qu’est le bel canto de Rossini. campe un Turc assez sage, vocalement et scéniquement parlant. Les voix de et de ont toutes les deux le timbre qui convient aux ténors des opéras rossiniens, nous convainc dans son rôle de poète manipulateur.

est remarquable en tous points : puissance et expression sont au rendez-vous sur le plan vocal, et son jeu corporel aisé dans ses déplacements sur scène rendent son personnage crédible sans être ridicule. , à l’aise dans son personnage de Zaida, semble promise à une belle carrière. C’est incontestablement qui domine cet ensemble par sa grâce, par son jeu coquin et surtout par sa voix époustouflante. Autant brillante dans les roulades et vocalises endiablées que dans les airs (faussement) implorants et cajoleurs, comme dans la scène 13 de l’acte 1, elle possède une voix perlée, piquante, veloutée, bref on est à cours d’adjectifs ! Comme elle l’a avoué elle-même, elle s’amuse et… nous aussi. On espère la retrouver dans le rôle de Despina de Cosi fan tutte.

Crédit photographique : (c) Gilles Abegg / Opéra de Dijon

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