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Une Partenope enchanteresse

À emporter, CD, Opéra

Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Partenope, opéra en 3 actes d’après un livret de Silvio Stampiglia. Avec : Karina Gauvin, Partenope ; Philippe Jarrousky, Arsace ; Teresa Iervolino, Rosmira ; Emöke Baráth, Armindo ; John Mark Ainsley, Emilio ; Luca Tittoto, Ormonte. Il Pomo d’oro, direction : Riccardo Minasi. 3 CD Érato. Enregistré en février 2015. Notice trilingue (anglais, français, allemand) et livret quadrilingue (italien, anglais, français, allemand). Durée : 3 h 23′ 26 ».

 

7168fFA49FL._SX355_Tout n’est que séduction dans Partenope, l’opéra injustement délaissé pour lequel Haendel avait une affection particulière.

L’on sait combien l’unique sujet des opéras de Haendel est la relation amoureuse. Pour la réflexion sociétale il faudra plutôt chercher du côté des oratorios.
Le livret de Silvio Stampiglia, déjà adapté par Caldara et Vinci, narre les ravages du pouvoir de séduction de la reine Partenope, (prénom d’une des deux sirènes qui tentèrent Ulysse lors de certain voyage  mais également premier nom de Naples, en mémoire de ladite sirène noyée par dépit puis échouée sur la célèbre baie). La musique de Haendel fait elle aussi l’effet d’une sirène musicale, fantasme de 3 heures (loi à laquelle sont soumis tous les « serial lovers » haendéliens) autour de 4 hommes (dont l’un est une femme). Expédiant en quelques mesures le décorum militariste, Haendel pose sa loupe musicale sur cette confusion des sentiments en tous genres avec une inspiration toujours relancée. Contrairement à l’idée répandue, les tubes sont nombreux : « Voglio amare insin ch’io moro », « Qual farfaletta »… Des numéros souvent brefs, de plus en plus beaux au fil des trois actes, d’inhabituels ensembles disent bien, jusqu’à un vrai suspense final, la circulation d’affects qui ne laissent jamais indifférents. Moins écrasant que Jules César ou Alcina, Partenope est un opéra à la fois léger et subtilement profond.

Courroie de transmission de cette séduction du verbe et de la note, une équipe de musiciens haut de gamme est à l’œuvre. Servi par une prise de son somptueuse (les nombreuses sinfonias guerrières, la grâce du clavecin, la myriade des détails d’orchestration) qui met un orchestre engagé à égalité avec les voix, , à la tête de son ensemble il Pomo d’oro, livre une version de référence aux tempi idéaux. Il faut entendre comment comme il fait littéralement sombrer dans le sommeil son ensemble à la fin du sublime air d’Arsace « Ma qui note di mesti lamenti ». Un bonus nous fait même entendre une version alternative de la scène finale que Haendel conçut pour la reprise par Senesino d’un rôle créé par Bernacchi.

La distribution, aux voix parfaitement différentiables (un vrai casse-tête dans ce répertoire), ne présente aucun point faible. Des inconnues se mêlent avec insolence aux célébrités. L’on est ravi de découvrir le soprano très incarné d’Emöke Barath, le contralto très charnu de , sous l’autorité vraiment royale de la Partenope de Karina Gauvin, qui allie perfection de l’élégie comme rigueur de la vocalise, et même pointe d’humour. L’on pense un temps que ces trois sirènes ne vont faire qu’une bouchée de la gent masculine (auditeur compris) jusqu’à un troisième acte où prend enfin la sublime place que la partition lui offre dans son air du sommeil, épaulé jusque là par l’élégance coutumière de et par l’énergique investissement de lors des quelques mesures que la partition concède à la voix de basse.

Émettons enfin le souhait que cet enregistrement enchanteur, supérieur aux deux qui l’ont précédé, ramène Partenope à sa place : sur la scène.

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