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Chansons sur les filles de joie par Magali Léger et Les Lunaisiens

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris, Auditorium du musée d’Orsay, 9-I-2016. Œuvres de : Georges Bizet (1838-1875), Gaston Couté (1880-1911), Étienne Bessière (1860-1944), Maurice Rollinat (1846-1903), Gustave Nadaud (1820-1893), Comte de Lautréamont (1846-1870), Pierre-Jean de Béranger (1780-1857), Aristide Bruant (1851-1925), Jules Massenet (1842-1912), Ferdinand-Louis Bénech (1875-1925), Léo Ferré (1916-1993), Gustave Goublier (1856-1926), Vincent Scotto (1874-1952).
Avec : Magali Léger, voix ; Ensemble La clique des Lunaisiens : Cyrielle Eberhardt, violon ; Mélanie Flahaut, flageolet et basson ; Marine Thoreau La Salle, piano ; Arnaud Marzorati, direction artistique.

Magali Léger _3En rapport avec l’exposition Splendeurs et misères, l’Auditorium du Musée d’Orsay organisait une série de concerts sur le thème de la prostitution, et plus largement de la femme. Ce concert « La Vipère du trottoir » a clôturé en beauté le volet musical de la manifestation.

Il s’agit d’un panorama de chansons et de musiques sur la prostitution et sur l’état qu’elle entraîne chez la femme. Les compositions, de caractère très varié, couvrent la période allant de 1830 (Les Cinq étages de Béranger) à 1967 (Les bijoux de ), de chansons populaires à des airs d’opéra, ou plus précisément, leurs arrangements instrumentaux. La plupart d’entre elles sont des chansons à couplets de cabarets artistiques du tournant du siècle, au moment où naissait et s’épanouissait le genre « réaliste ».

En effet, le réalisme, parfois très cru, est omniprésent dans le programme. Novice de Bessière parle d’une fillette de 13 ans qui débute dans le « métier » ; La marcheuse de Bruant évoque des « pierreuses » et « trotteuses » qui errent sur le trottoir le soir, « quand il fait noir », « les ch’veux frisés, les reins brisés, les seins blasés, les pieds usés » ; le même Bruant décrit, dans À Saint-Lazare, la misère d’une fille atteinte de maladie vénérienne et internée à la prison de Saint-Lazare.

Les arrangements présentés au cours de ce concert ne sont pas tributaires de la manière habituelle de chanter qui insiste sur les paroles, très spécifique au répertoire de cafés-concerts. Par exemple, La femme aux bijoux de , au rythme de valse, est traitée comme une mélodie ; Le coucher de Nadaud, Les bijoux de Ferré et Les marcheuses de Bruant sont interprétés avec une partie de « chœur » tenue par les instrumentistes (précisons que c’est bien vocal !), notamment Les marcheuses avec un accompagnement constitué essentiellement d’accords de quinte à vide sur le violon, qui fait accroître le caractère douloureux.

Outre les transcriptions instrumentales (Carmen et Thaïs), qui sonnent à la fois étrange et délicieux par l’association de flageolet ou de basson au piano et au violon, deux poèmes sont récités par Magalie Léger, avec une théâtralité poussée : Les Chants de Maldoror du comte de Lautréamont et Connasse de Bruant. À la fin, La vipère du trottoir de , soulignant les accents du tango, est précédée de la lecture d’une pétition au président de la République pour qu’on rende « le bordel d’antan » !

Tout cela donne un regard tout à fait nouveau sur ce répertoire abordant le thème du bas-fond social : la voix purement lyrique de et les arrangements originaux, sous la direction artistique d’, insistent davantage sur l’aspect musical en la rendant plus ou moins sophistiquée. La tentative est pleinement réussie, et on attend beaucoup de la résurrection d’autres chansons de cette manière.

Crédits photographiques : © Sophie Boegly/musée d’Orsay

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