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French Touch par Xavier Phillips et le National d’Île-de-France

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris, Philharmonie 1 « Grande Salle », 17-I-2016. Bernard Cavanna (né en 1951)/Vainqueur du Concours NoMadScore: Création; Claude Debussy (1862-1918): Prélude à l’après-midi d’un Faune; Henri Dutilleux (1916-2013): Tout un Monde Lointain; Maurice Ravel (1875-1937) : Pavane pour une Infante défunte; Claude Debussy (1862-1918): La Mer. Xavier Phillips (violoncelle), Orchestre national d’Île de France, Shao-Chia Lü (direction)

Xavier_PHILLIPS_01L’Orchestre national d’Île de France (ONDIF) nous a présenté au sein d’un concert baptisé « french touch », non pas la musique de Air et de Laurent Garnier, mais bien celle de Debussy, Ravel et Dutilleux, dans un programme réjouissant, aux couleurs de quatre des plus grands chefs d’œuvre de la musique française du XXe siècle.

En préambule au concert, quelques instrumentistes de l’orchestre ont pris place sur la scène : deux violons, violoncelle, trombone, flûte, clarinette, un bandonéon, et deux chanteurs amplifiés. En effet, une création est donnée avant le début véritable du programme, celle du vainqueur d’un concours organisé sur le site du label NoMadMusic, qui consiste à reconstruire à l’aide de pistes séparées une pièce spécialement écrite par le compositeur français . On est d’ailleurs surpris que le nom de l’internaute victorieuse du concours soit à peine prononcé et qu’il soit absent du programme.

Toutefois, nous pouvons difficilement à l’écoute seule de cette prestation se faire une idée réelle du travail de « recomposition » mis en jeu sur internet. On apprécie tout de même la musique (assez franchement tonale) de , aux accents pop, usant toutefois d’un instrumentarium fétiche, notamment grâce à l’usage du bandonéon, instrument qu’il chérit particulièrement (avec l’accordéon).

Après cet amuse bouche coloré, l’ONDIF au complet prend place sous la direction du chef taïwanais dans un Prélude à l’après-midi d’un Faune (1894) souple et sensible, dans la retenue mais sans niaiserie.

Néanmoins, si l’on devait retenir une œuvre interprétée durant ce concert, cela serait le mythique concerto pour violoncelle Tout un Monde Lointain (1970) de , où l’inspiration baudelairienne de ces « fleurs maladives » n’auront rarement été aussi vivaces et vénéneuses qu’aujourd’hui en compagnie de , foudroyant apôtre de la musique de Dutilleux. En effet, ayant notamment gravé l’œuvre en 2014 en compagnie du chef Ludovic Morlot, et ayant donné ce concerto auparavant de nombreuses fois en concert, c’est donc en habitué de la musique arachnéenne du compositeur français que le violoncelliste se saisit d’une œuvre dont il connaît les moindres recoins. Et pour cause, à l’écoute de sa prestation, on peut sentir que chaque phrasé, chaque intention a été longuement mûrie et pesée, de la désinence initiale dans les tréfonds de Énigme, en passant par les sommets lyriques de Houles (qui ont tant influencés la musique de Jean-Louis Florentz), jusqu’au bain de lumière de l’Hymne finale. Une version excessivement intense, prolongée par un bis fort à propos, à savoir la première des Trois Strophes sur le nom de Sacher, qui apparait après Tout un Monde Lointain sous un autre jour, comme une véritable excroissance organique du concerto.

Suivent après l’entracte une Pavane pour une Infante défunte (1910) de Ravel à la chaleur mordorée, et une Mer (1905) de Debussy à la fois gracile et passionnée, dans laquelle on peut une nouvelle fois apprécier l’enthousiasme de cet Orchestre National d’Île-de-France, ainsi que la sensibilité de , qui dans une certaine parenté esthétique avec sa vision du Prélude, nous offre un univers poétique subtil et touchant, à l’image de la musique de .

Crédit photographique : © Céline Nieszawer

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