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Un Chostakovitch endiablé avec Lisa Batiashvili à la Philharmonie

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Philharmonie de Paris. 20-I-2016. Carl Nielsen (1865-1931) : Aladdin ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Concerto pour violon n° 1 en la mineur op. 77 ; Franz Schubert (1797-1828) : Symphonie n° 9 en ut majeur D. 944. Lisa Batiashvili, violon ; Orchestre de Paris, direction : Paavo Järvi.

Lisa BatiashviliLa « Grande » Symphonie n° 9 en ut majeur de Schubert devait être le point d’orgue final de cette soirée à la Philharmonie de Paris avec l’ dirigé par . Une exécution largement réussie, mais le plus marquant restera l’interprétation pénétrante qu’a donnée du Concerto pour violon n° 1 de Chostakovitch.

Le programme s’est ouvert sur l’exotisme de la Suite d’Aladdin de Nielsen, au répertoire de l’ depuis 2006. Sitôt entré en scène, impulse à la « Marche orientale » énergie et ampleur, suivi par tout son orchestre comme un seul homme : une entrée en matière grisante et réussie.

Les mouvements suivants sont l’occasion d’admirer la complicité et la confiance que le chef estonien a su instaurer avec les musiciens. Allant même jusqu’à cesser un instant toute direction et, appuyé sur la barre de son piédestal, laisser les différents pupitres exprimer l’effervescence du « Marché d’Ispahan », mouvement étonnant qui sépare l’orchestre en quatre ensembles distincts jouant chacun dans un rythme et une tonalité différents.

C’est le Concerto pour violon n° 1 de Chostakovitch qui vient, dans un registre plus sombre, compléter la première partie de ce concert en portant la captivation du public à son comble. La soliste en livre une interprétation pénétrante, arrachant à son violon « del Gesu » de 1739 des accents vibrants sans rien sacrifier à la retenue nécessaire.

La frénésie qui guette l’œuvre, que ce soit dans la danse désarticulée du Scherzo ou dans la virtuosité finale de la Passacaille, est palpable mais maîtrisée. Dans un dialogue parfait avec les divers pupitres de l’orchestre et l’acoustique propice de la Philharmonie, ce concerto a pu prendre toute sa dimension. Le public qui avait retenu son souffle – sans pour autant passer outre les traditionnelles quintes de toux entre les mouvements – a ovationné cette performance et rappelé la soliste, qui a alors entamé la « Valse lyrique » de la Suite n° 1 pour ballet de Chostakovitch.

Passé l’entracte, il ne reste plus pour le maestro et son orchestre qu’à dérouler la « Grande » et flamboyante Symphonie en ut majeur de Schubert. Un marathon sans faute de cinquante minutes déployé avec une grande motricité et une juste intensité. Le jeu est fluide et dynamique, les crescendos maîtrisés.

Alors certes, on se surprend parfois à ne pas être totalement enlevé par cette exécution pourtant énergique et sans accroc. Est-ce dû à la longueur de l’œuvre ou à l’épuisement d’une attention ravie par le Chostakovitch endiablé qui l’a précédée ? Toujours est-il qu’on ressort de ce concert rassasié, heureux d’avoir passé la soirée en compagnie d’un orchestre de grande qualité. Le tout porté par un chef charismatique et souriant, qui risque de manquer au public parisien à l’avenir.

Crédit photographique :  Lisa Batiashvili © Anja Frers / DG

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