tous les dossiers(1)

Pollini romantique à la Philharmonie

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Philharmonie. 9-II-2016. Robert Schumann (1810-1856) : Allegro op. 8 ; Fantaisie en ut majeur op. 17. Frédéric Chopin (1810-1849) : Barcarolle en fa dièse majeur op. 60 ; Deux Nocturnes op. 55 ; Polonaise-Fantaisie op. 61 ; Scherzo n°3 en ut dièse mineur op. 39. Maurizio Pollini, piano.

pollini_maurizio_face_mathias_bothorDans une Grande Salle comble, a donné un récital romantique dans la plus pure tradition du style.

Après les Six Petites Pièces pour piano d’, interprétées en préambule en hommage à Pierre Boulez, Pollini revient aux temps primitifs du romantisme, avec une œuvre de jeunesse de Schumann, l’Allegro op. 8, oscillant encore entre deux âges musicaux. De ce morceau rarement joué en concert, le pianiste souligne les traits novateurs qui, au-delà de la simple virtuosité, percent déjà de l’écriture et font une pièce aimable, à l’expressivité syncopée. Après cette entrée en matière, Pollini aborde une œuvre-fleuve de Schumann, la Fantasie op. 17. Le premier mouvement, « fantasque et passionné », nous introduit progressivement « dans le ton d’une légende », comme indiqué par la partition. L’entêtante modulation centrale, amenée et amplifiée avec art, résonne superbement. Après un fougueux deuxième mouvement en forme de marche, Pollini se livre à une méditation élégiaque des plus inspirées, sans hâte ni effet inutile mais avec un sens merveilleux de la phrase et de la nuance. Ce finale est l’un des temps forts de la soirée.

En ouverture de la partie «  », une Barcarolle chaloupée à souhait nous transporte dans une Italie rêvée. La main droite de Pollini chante le monde onirique des gondoliers, tandis que la gauche trace les harmonies irréelles de cette œuvre hallucinée. Les deux Nocturnes op. 55, le premier d’une simplicité désolée, le second d’un lyrisme empruntant au bel canto, témoignent de la profondeur de vue de Pollini sur ces pages gravées par lui il y a dix ans. Nulle sensiblerie, un rubato impeccablement dosé, et toujours ce phrasé qui impressionne par son évidence. On retrouve la même perfection narrative dans la Polonaise-Fantaisie, interprétée avec une sensibilité rendant justice à l’âme populaire habitant cette œuvre dansante ainsi qu’à la poésie de son langage. Dans le troisième Scherzo, Pollini joue avec brio le jeu des contrastes, entre de graves et majestueux accords et les légères cascades ruisselant du haut du clavier. Le contre-chant de sa main gauche est également savoureux, jusqu’à la coda finale qui nous emporte dans un tourbillon frénétique.

Deux bis pour clore ce récital en restant dans l’univers chopinien : l’Etude « révolutionnaire » et la Ballade n°1, qui font le régal d’un public venu acclamer debout l’un des plus grands pianistes des cinquante dernières années.

Crédit photographique :  Mathias Bothor / DG

Banniere-clefsResMu728-90

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.