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Pumeza Matshikiza en ouverture de Présences aux couleurs transalpines

Festivals, La Scène, Musique symphonique

Fausto Romitelli (1963-2004) : The Poppy in the Cloud pour choeur de voix blanches et ensemble; Thierry Pécou (né en 1965) : Soleil rouge pour trompette et orchestre (CM); Luca Francesconi (né en 1956) : Bread, Water and Salt pour soprano, choeur mixte et orchestre. Henri Dutilleux (1916-2013) : Timbres, Espace, Mouvement ou La Nuit étoilée pour orchestre. Pumeza Matshikiza, soprano; Håkan Hardenberger, trompette; Choeur de Radio France; Maîtrise de Radio France; Sofi Jeannin, chef de choeur; Orchestre Philharmonique de Radio France; direction Mikko Franck.

mikko_franck-jf_leclercq_2015Le concert d’ouverture est donné dans l’espace de l’Auditorium de Radio France, avec les forces vives de la Maison ronde : L’Orchestre Philharmonique, la Maîtrise et le choeur de Radio France sont sous la baguette de leur chef .

Et ce sont les voix « blanches » de la Maîtrise, convoquées par dans The Poppy in the cloud (Le Pavot dans le nuage) qui investissent l’arrière-scène en tout début de soirée. Le compositeur se saisit des visions fantastiques de trois poèmes d’Emily Dickinson (extraits de Great Streets of Silence Led Away) évoquant la présence d’une couleur tombée du ciel : « Une couleur vagabonde, qui semblait / Se diriger au-delà de la Cité, vers l’occident ». Les voix diaphanes des enfants chantent toujours en homophonie. Elles évoluent au-dessus d’un orchestre évanescent qui semble épouser leurs trajectoires flexibles et ondoyantes et fusionner dans un même élan. Sauf quand le temps se fige et que les voix nues et quasi parlando imposent le silence pour exprimer l’effroi. Il faut la virtuosité de la baguette et la synergie du geste de pour engendrer cette cinétique des timbres et conférer à l’œuvre son étrange beauté.

Il est question de couleur toujours avec Soleil rouge, pour trompette et orchestre du Français qui, hélas, ne nous laisse pas sur les mêmes hauteurs. Hors thématique, l’œuvre donnée en création mondiale est un dernier écho de Présences 2015 centré sur « les deux Amériques ». Pécou est censé nous plonger dans la musique chamanique des Indiens d’Amérique du Nord, conduite par la pulsation récurrente du tambour. L’idée de la transe collective est séduisante mais les moyens mis en oeuvre plutôt décevants. La prestation du célèbre trompettiste suédois ne laisse certes pas indifférent mais la virtuosité un peu creuse qu’il déploie aux côtés d’un orchestre guère plus convaincant gâchent tous les plaisirs du voyage.

PHOcda156da-ae07-11e4-a2a5-b11488a015f6-805x453Retour du côté de l’Italie avec le compositeur milanais dont on connait l’attachement à son maître . Sa cantate Bread, Water and Salt, sur un texte de Nelson Mandela, évoque les grandes fresques chorales au discours engagé de son aîné. L’entreprise est ambitieuse et le projet bien conduit qui confèrent à l’œuvre sa force et son souffle. Sur le devant de la scène, dans une somptueuse robe rouge, la soprano originaire du Cap , relayée par le Choeur de Radio France et les percussions de l’orchestre, commence à chanter en dialecte Xhosa, cette langue à clique si étonnante qui nous met immédiatement dans le feu de l’action. L’œuvre ménage des déploiements sonores très impressionnants – on compte quelques 12 percussionnistes – la voix soliste ample et chaleureuse étant soutenue et amplifiée par l’immense clameur du chœur sur un texte âpre de revendication sociale. La coda entièrement chorale et superbement chantée par le Chœur de Radio France concentre l’expression sur les derniers mots du texte : « Dieu, nous t’avons prié… Maintenant, nous t’apprenons à nous libérer ».

Après les honneurs rendus par la Philharmonie de Paris et Radio France à pour le centenaire de sa naissance, Présences met à l’affiche de son concert d’ouverture Timbres, espace, mouvement ou la Nuit étoilée, une pièce d’orchestre redoutable inspirée par le célèbre tableau de Van Gogh. Le dispositif orchestral (12 violoncelles et dix contrebasses sans violons ni altos) est suggéré par la toile elle-même et l’espace vide créé entre le ciel et l’église au profil ascensionnel. Les premières pages de Nébuleuse (1er mouvement) sont  rien chaotiques, qui réclament au sein de l’orchestre un dosage subtil des timbres et une fluidité que Mikko Franck tarde à instaurer. Après l‘Interlude, somptueux sous les archets des douze violoncellistes, Constellation ramène une instrumentation raffinée et des relais de timbres soutenus par une percussion très résonnante; mais l’Orchestre Philharmonique peine ce soir à trouver l’élan pour donner aux spirales sonores imaginées par le compositeur élégance et force énergétique.

Crédits photographiques : Mikko Franck (c) JF. Leclercq;  (c) Decca / Simon Fowler

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