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La vraie Traviata

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René Weis : The Real Traviata, the Song of Marie Duplessis. Oxford University Press, 2015. 400 pages, 34 Euros 70, en anglais.

 

51bw8tcMnwL._SX329_BO1,204,203,200_Nouvelle biographie, dense et foisonnante, parfois légèrement touffue, qui nous veut tout relater, de celle qui fut en son temps (celui de Lola Montez, Cora Pearl ou la Païva, celui de Céleste Mogador, d’Alice Ozy) l’une de ces célèbres grandes cocottes, l’une de ces demi-mondaines les plus brillantes, les plus éminentes, les plus horizontales, les plus en vue du Paris des années 1840 : Marie Duplessis.

René Weis retrace et détaille avec minutie, méticulosité, avec également délicatesse et sensibilité, ces mille facettes, cachées ou non, de celle qui fut fêtée, courtisée, adulée du Tout-Paris et mourra rejetée ou ignorée de tous. Fouille, au scalpel, l’enfance misérable et sinistre (elle mendie, vole, se vend pour une bolée de cidre), d’une petite Rose Alphonsine, violée, torturée par un père qui la vendra au funeste Plantier (le chapitre 2 est entièrement consacré à L’ « Affaire » Plantier). Elle a 13 ans. L’auteur ausculte ainsi le destin de Marie Duplessis, « la Dame aux camélias », qui toute son existence, se cherchera un prénom puis un nom, de Rose à Marie, de Plessis à Du Plessis, Comtesse de Perrégaux : la montée, de l’Orne à Paris, les bals, les dîners-en-ville, les rencontres, les premières, le Jockey-Club. Elle est belle, très belle (pour témoins, entre autres, les portraits d’Olivier, d’Edouard Vienot, de Camille Roqueplan). Le Duc de Morny, demi-frère de Napoléon III, tombe amoureux fou. Il sera son amant, son mentor, son Pygmalion. Il fera d’elle la plus soignée, la plus raffinée, la plus sophistiquée de toutes ces hétaïres du siècle. Comme l’on dit, the rest is History …ou presque. Truffé d’informations, d’anecdotes, de potins du temps, le livre de Weis, qui s’appuie fortement sur La Vérité sur la Dame aux camélias de Romain Vienne (1888) fait alors mouche.

Weis dévoue 16 chapitres (230 pages) à son héroïne, au Paris de 1840 (un chapitre est dédié aux : « filles de Paris » et aux médecins qui les soignent (!), aux triomphes et faillites de la Duplessis. Puis viendront, en 3 chapitres de fin, le compte-rendu, l’exploration, l’analyse et les commentaires : ceux du docu-roman de Dumas fils (La Dame aux Camélias), de son drame (La Dame aux Camélias), de cette Traviata d’un certain . Weis s’attache alors tout particulièrement aux 2 versions (1853 et 1854) de l’opéra, aux nomenclatures des trois œuvres citées (Violetta, Armand, Germont … qui ne serait que Guiche-Gramont), au roman-à-clef de Dumas fils. Autre donnée, Piave proposant à Verdi, sérieusement, de repousser l’action de l’œuvre aux temps héroïques d’…Armand du Plessis (!!), Duc de Richelieu. Si vous fréquentez assidument Verdi, La Traviata et Dumas, vous n’apprendrez rien de vraiment neuf en lisant ce livre qui aura alors le mérite de vous remettre les pendules à l’heure et de concentrer en un volume toute la puissante documentation qui existe sur Marie Duplessis, la Dame aux Camélias.

Un excellent livre, accompli et qui tient en haleine, tout au long, car il appréhende et révèle une femme honnête, estimable, et « de bonne compagnie ». Parfois touffu, nous l’avons dit, il peut dérouter, et le lecteur se perd un peu dans tous ces voyages que Marie entreprend, avec ou sans son ou ses amants et greluchons du moment : Londres, Baden-Baden, Nonant, Bad Ems, l’Italie. Dans la liste de tous ses amants, une poule (si on ose dire) n’y retrouverait pas ses petits. Tous d’ailleurs, ou presque, lui resteront fidèles et assisteront à ses funérailles : dans le désordre, Olympe Aguado, Agénor Guiche-Gramont, Felix von Lichnowsky, Fernand de Montguyon, Nollet, Gustav Ernst de Stackelberg, Perrégaux (l’Alfredo de Verdi), etc… Absents notoires, Morny, Dumas fils et , en tournée en Russie. On pourrait aussi reprocher à Weis un style froid, détaché… le lecteur pourrait alors s’interroger sur l’ »affection » qu’il porte à son héroïne, cette femme libre parce que libérée, cette femme qui savait que la phtisie galopante dont elle souffrait la rattraperait bien vite… Elle avait 23 ans.

 

 

 

 

 

 

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