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À Genève, superlative Diana Damrau

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Genève. Théâtre des Nations. 16-II-2016. Richard Strauss (1864-1949) : «Ich schwebe» op. 48 n° 2 (Henckell, 1900), «Du meines Herzens Krönelein» op. 21 n° 2 (Dahn, 1889), «Leises Lied» op. 39 n° 1 (Dehmel, 1898), «Die Verschwiegenen» op. 10 n° 6 (von Gilm zu Rosenegg, 1885), «Schlechtes Wetter» op. 69 n° 5 (Heine, 1918), «Heimliche Aufforderung» op. 27 n° 3 (Mackay, 1894), «Traum durch die Dämmerung» op. 29 n° 1 (Bierbaum), «Winterweihe» op. 48 n° 4 (Henckell, 1900), «Befreit» op. 39 n° 4 (Dehmel, 1898), «Ruhe, meine Seele» op. 27 n° 1 (Henckell, 1894), «Kling !» op. 48 n° 3 (Henckell, 1900), «Ständchen» op. 17 n° 2 (von Schack, 1886), «Wiegenlied» op. 41 n° 1 (Dehmel, 1878), «Beim Schlafengehen» op. 150 n° 3 (Hesse, 1948). Antonín Dvorák (1841-1904) : Zigeunermelodien op. 55. Franz Liszt (1811-1886) : Le Rossignol S.250a*. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Fantaisie sur des thèmes de Eugène Onéguine. Diana Damrau (soprano). Xavier de Maistre (harpe).

Entre deux représentations de Manon de Massenet à l’opéra de Vienne, revient à Genève, une ville qui lui a offert ses prises de rôles de Donna Anna (Don Giovanni), d’Elvira (I Puritani) et de Philine (Mignon), et où elle démontre une fois de plus sa formidable santé vocale et l’expression d’une artiste complète dans un récital superlatif.

Sourire radieux, pas énergique, allure conquérante, gravit (quand même avec une certaine précaution à cause de ce gros nœud oranger devant sa jupe rouge !) les quelques marches qui la mène sur l’avant-scène du nouveau théâtre de Nations. D’entrée, elle dit son plaisir de se retrouver à Genève puis annonce que l’ordre des mélodies inscrites au programme va être légèrement modifié. Devant le millier de personnes venu assister à ce récital, on sent la soprano aussi à l’aise que devant un petit comité d’amis. En quelques secondes, la glace est rompue. est là, avec nous tous, dispensant à chacun son énorme bagage de charisme.

Une aisance et une décontraction étonnantes quand on pense à l’extraordinaire et minutieuse préparation qu’un tel récital impose. On sait combien la voix est nue dans un récital avec piano. Mais quand l’accompagnement est celui d’une harpe ? Même avec le talent du meilleur harpiste au monde, c’est un défi énorme que Diana Damrau relève avec un aplomb formidable.

Dès les premières notes, le courant passe. D’abord, entre les deux artistes. On sent la complicité retrouvée dans un récital que les deux protagonistes n’avaient plus montré depuis plus d’une année. D’entrée, avec Ich schwebe, Diana Damrau offre ses aigus les plus éthérés, les plus beaux, les plus doux démontrant si besoin est que sa voix est parfaitement et immédiatement en place.

Les airs se succèdent avec une beauté d’interprétation exceptionnelle. Rien ne semble troubler le chant de la soprano. On reste admiratif devant le soin de la diction, celui du sens des mots, de l’intonation donnée à chaque phrase. Chaque air est une histoire que Diana Damrau nous raconte. Tantôt avec la douceur de la berceuse (Beim Schlafengehen), avec la force tragique du drame (Ruhe, meine Seele), ou avec l’humour du propos (Der Verschwiegenen). L’accompagnement presque impalpable de la harpe de Xavier de Maystre n’apporte pas d’autre support qu’une musicalité d’une rare élégance à un chant qui jaillit dans une liberté totale.

Les deux intermèdes de harpe n’ont aucunement amoindri la tension artistique de ce récital, bien au contraire. démontre qu’il est un interprète de très haut niveau doté d’une technique instrumentale incroyable alliée à une beauté de son superbe. La Fantaisie sur des thèmes d’Eugène Onéguine de Tchaïkovski, dans l’arrangement pour harpe d’Ekaterina Walter-Kühne (1870-1930), a été un très beau moment musical auquel le public n’a pas été insensible.

Quel lyrisme dans cette superbe Heimliche Aufforderung où, dans une magnifique ultime envolée, une note tenue à l’extrême, elle appelle la nuit (« O komm, du wunderbare, ersehnte Nacht ! »). Ses interprétations des airs les plus célèbres, loin d’être routiniers, sont d’une ferveur rare. Ainsi, dans Wiegenlied, elle se déplace à la gauche de son accompagnateur et, alors qu’elle chante cette superbe berceuse, sans qu’un seul instant elle n’en diminue l’intensité, elle tourne les pages de la partition de .

Cette complicité entre Xavier de Maistre et Diana Damrau est si totale et si imperceptible à la fois qu’elle s’avère étrange. Chacun des deux artistes semble ne pas s’occuper de l’autre. Comme si Diana Damrau chantait pour elle-même et Xavier de Maistre jouait pour lui. Et pourtant, leur musique ne fait qu’une. Elle n’existe qu’à travers leurs deux interprétations, comme un seul chant. Ils en deviennent d’ailleurs conscients au moment des saluts où ils ne peuvent s’empêcher de s’enlacer et de s’embrasser dans une communion amicale touchante.

Avec en bis un très beau « Oh, quante volte… » de l’opéra I Capuletti ed I Montecchi de Bellini, et un sublimissime et inspiré Morgen op. 27 n° 4 de , ce concert restera longtemps dans la mémoire du public présent.

Crédit photographique : © Rebecca Fay, Erato

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