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Charlie Chaplin, novateur tant au son qu’à l’image

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Charlie Chaplin (1889-1977) : Musique du film « Les Temps Modernes » (notation et orchestration : David Raksin et Edward Powell). NDR Radiophilharmonie (Orchestre Philharmonique de la Radio de Hanovre), direction : Timothy Brock. 1 CD CPO. Enregistré en novembre 2006 et en octobre 2007 à la Grosser Sendesaal, NDR Hanovre. Notices bilingues (allemand, anglais) excellentes (Timothy Brock). Durée : 79’49.

 

cpo_chaplin_modern_times_brockQui ne se souvient de cette musique cliquetante accompagnant les inoubliables scènes où Charlot est confronté à un travail à la chaîne aussi inquiétant que burlesque et hilarant ? Voici des Temps Modernes une superbe version respectueuse et intégrale de la musique en un son stéréophonique impeccable et bien actuel qui n’a évidemment plus rien à voir avec celui de l’original de 1935-36.

(1889-1977), qui jouait du violon en gaucher, ne savait, paraît-il, ni lire ni écrire la musique, et pourtant dès 1930, l’année des Lumières de la Ville, il fut atteint du virus de la création musicale qui allait même s’appliquer par la suite à certaines de ses réalisations antérieures. Si la musique plutôt expansive des Lumières de la Ville est souvent traversée par des citations de la célèbre Violetera de José Padilla Sánchez (1889-1960), avec un effectif d’orchestre de danse de moins de 30 musiciens, celle des Temps Modernes est plus ambitieuse, à la fois plus sobre et plus inventive, plus en phase avec les courants musicaux de l’époque – en taquinant notamment la polytonalité, et d’une complexité rythmique qui a dû dérouter les instrumentistes des studios United Artists, portés cette fois pour l’occasion aux proportions symphoniques d’environ 70 musiciens.

D’une lucidité intelligente et conscient de ses lacunes techniques musicales, Chaplin fit appel à des tout grands : (1912-2004) et (1909-1984) pour la rédaction et l’orchestration, (1901-1970) pour la direction musicale. Ce ne fut pas sans frottements : Chaplin fredonnait ou sifflait ses mélodies et Raksin les arrangeait dans la partition, Powell orchestrait le tout ; par ailleurs l’impatience et la franchise juvéniles de Raksin ayant mené Chaplin à le renvoyer à peine deux semaines après, Newman avait dû convaincre Chaplin de le réengager… Raksin dira bien plus tard que « ce fut quelques-uns des jours les plus heureux de ma vie ».

Quoi qu’il en soit, le résultat est extraordinaire : la partition subtilement complexe et innovatrice des Temps Modernes n’a absolument rien à voir avec les musiques de film hollywoodiennes de l’époque et à venir, style Steiner, Korngold et autres, au langage opulent issu de Tchaïkovski, Wagner ou Richard Strauss. En cela, dans son domaine, elle est en avance sur son temps, tout en étant parfaitement adaptée et intégrée à l’image. Le chef d’orchestre et compositeur américain , spécialisé dans les musiques de films muets, a pu avoir accès à un maximum de documents (dont beaucoup manuscrits) relatifs à la musique des Temps Modernes, ce qui lui a permis de restituer ce chef-d’œuvre dans son intégralité, avec un respect rigoureux de l’original, et l’Orchestre Philharmonique de la Radio de Hanovre qu’il dirige ici avec enthousiasme, est absolument éblouissant dans la vivacité nerveuse et tourbillonnante, la variété de timbres et couleurs virevoltante, l’absolue précision rythmique, la chaleureuse expression des passages lyriques, le parfait équilibre des groupes instrumentaux.

Le film Les Temps Modernes est un chef-d’œuvre ; la musique du film Les Temps Modernes est un chef-d’œuvre ; l’interprétation qui nous en est offerte ici l’est tout autant et lui fait honneur. Lors de notre chronique relative aux Nibelungen de Gottfried Huppertz, nous avions souligné que l’orchestre de Francfort démontrait « une fois de plus que ni Berlin ni Dresde ni Leipzig n’ont l’exclusivité de la musicalité exceptionnelle allemande. » C’est également bien le cas ici, s’agissant de l’orchestre de Hanovre.

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