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Festival Frankreich au Konzerthaus de Berlin

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Berlin. Konzerthaus. 20-II-2016. César Franck (1822-1890) : Symphonie en ré mineur. Richard Wagner (1813-1883) La Ballade de Senta (Vaisseau fantôme), Ouverture et Bacchanale (Tannhäuser), Starke Scheite (Crépuscule des dieux). Ingela Brimberg, soprano. Konzerthausorchester, direction : Marc Minkowski.
Berlin. Konzerthaus. 26-II-2016. Olivier Messiaen (1908-1992) : Turangalîla-Symphonie. Valérie Hartmann-Claverie, ondes Martenot ; Roger Muraro, piano. Konzerthausorchester, direction : Iván Fischer.

Festival_Frankreich_Credit_Oliver_Lang (93)_2Le Konzerthaus de Berlin nous propose chaque année d’explorer d’autres horizons : la Russie en 2013, l’Amérique latine en 2014, les années 20 en 2015. 2016 est placé sous le signe de notre bonne vieille Mère Patrie !

Ouvreuses en bérets, baguettes (de pain !) en décoration, annonce en français, couleurs tricolores sur le fronton de l’institution, le Konzerthaus a fait fort. Même Monsieur l’Ambassadeur de France à Berlin y est allé de sa petite phrase, en français, dans le programme… Platon disait : « Si on veut connaître un peuple, il faut écouter sa musique. » Aussi difficile que l’analyse du Français puisse paraître, le Konzerthaus s’est penché avec allégresse sur le sujet du 19 au 28 février. La célèbre salle de concert, qui aime surprendre son public (le chef résident, , a dernièrement collaboré avec l’équipe de football locale, le Hertha Berlin, et enregistré son hymne aux côtés de l’entraîneur !), a mis les petits plats dans les grands en invitant un panel d’artistes les plus divers : entre autres, le chef , l’orchestre Les Siècles avec , l’organiste de Notre-Dame ainsi que des figures plus jazzy comme , , ou encore .

Minkowski joue la Symphonie de Franck

Pour débuter le festival, nous a proposé la Symphonie en ré mineur du compositeur liégeois . Datant de 1889, cette partition frappe par sa fluidité structurelle alliée à une parfaite architecture. Une symphonie en épisodes qui développe le principe cyclique, soit la réitération des thèmes, concept cher à Beethoven, Liszt et Wagner. Mais depuis la guerre de 1870, en France, il est considéré comme patriotique de détester l’art germanique… Cette symphonie très « franco-allemande » reste toutefois mémorable et notamment le mouvement final (Allegro non troppo) qui s’élève à mesure de son développement, tout en puissance mais pourtant jamais sans s’alourdir. Une symphonie à la forme audacieuse particulièrement marquante par son caractère spirituel inouï.

Festival_Frankreich_Credit_Oliver_Lang (90)_2Quoi de plus naturel que de continuer cette seconde partie de concert avec des œuvres de , interprétées par la soprano à la voix puissante et sensible, qui porte au-delà de l’orchestration wagnérienne. Au programme : La Ballade de Senta (Traft ihr das Schiff im Meere an), extraite du Vaisseau fantôme, l’Ouverture et la Bacchanale, extraites de Tannhäuser, et la scène finale du Crépuscule des dieux (Starke Scheite). Avant de commencer à diriger, Minkowski rappelle au public, dans un anglais très frenchy, les différences culturelles auxquelles Wagner s’est heurté alors qu’il montait ses opéras en France. La Bacchanale, par exemple, aurait dû être située en première partie d’opéra, selon les goûts du compositeur. Sauf qu’en France, on dîne pendant le premier acte et on « dîne » du regard au second acte : il n’aurait pas été question de rater ces demoiselles les danseuses…

La direction large et généreuse du chef français engagé (qui prendra ses nouvelles fonctions de Directeur Général de l’Opéra de Bordeaux à l’été 2016) montre le même mélange de justesse musicale et d’enthousiasme lyrique qu’on avait pu entendre dans ses enregistrements du XVIIIe siècle français, son répertoire de prédilection. On reste moins convaincu par la disposition à la « Haydn » du Konzerthausorchester de Berlin : malgré deux ou trois effets stéréophoniques assez furtifs, le son des premiers et seconds violons ne fait pas vraiment corps. Cela passe encore pour les œuvres de Wagner, dont l’orchestration légendaire soutient la trame musicale de bout en bout. L’orchestre de Franck, inspiré d’un son d’orgue plus massif, semble quant à lui manquer d’uniformité. Mention spéciale toutefois à la harpiste , qui n’aurait pas dû rougir de recevoir le bouquet destiné à Marc Minkowski.

La Turangalîla pour finir.

10422283_10153926947658476_6222933054164182228_nPour clore le festival, le chef résident a succombé aux charmes de la Turangalîla-Symphonie d’, une partition post Seconde Guerre mondiale considérée comme le « tube » symphonique du compositeur français. La partition fut même chorégraphiée par Roland Petit pour l’Opéra de Paris en 1968. « Turanga » désigne le « temps qui court comme à cheval au galop » ou le « temps qui s’écoule comme le sable d’un sablier ». Messiaen compare le message de sa symphonie au philtre d’amour qui unit à jamais Tristan et Yseult. La partition exige un imposant orchestre symphonique, un piano solo (entre longues cadences et surprenantes apogées) et des (instrument inventé par en 1928, qui offre une sonorité sinusoïdale toute particulière). Messiaen fait la part belle aux cuivres et aux percussions, tout en renforçant le nombre des trompettes.

Konzerthaus 2013 Bewrlin Photo: Marco Borggreve

Tendrement entouré par le célesta, le vibraphone et aux , le jeu pianistique de semble comme mûrir durant les 80 minutes de cette symphonie, interprétée cette fois-ci sans entracte. Celui que l’on nomme depuis les années 80 « l’interprète officiel » de Messiaen déploie un jeu qui colle si bien à la peau du compositeur français : à la fois strict et désinvolte, virtuose et coloré. Un concert ébouriffant de dissonances mélodiques, dirigé sous la baguette d’un chef qui mélange générosité et fantaisie avec justesse.

Merci pour ce , cher Konzerthaus !

Crédits photographiques : © Oliver Lang et © Marco Borggreve (photo 4)

 

 

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