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Finale du 12ᵉ Concours international de piano d’Orléans

Concours, La Scène, Musique de chambre et récital

Théâtre d’Orléans / Scène nationale. 28-II-2016. Finale du 12ᵉ Concours International de piano d’Orléans. Anton Webern (1883-1945) : Konzert op. 24 pour neuf instruments ; Philippe Hersant (né en 1948) : Le Carillon d’Orléans pour piano (création mondiale) ; Manuel de Falla (1876-1946) : Fantasia Baetica pour piano ; Serge Prokoviev (1891-1953) : Sonate n° 4 en ut mineur op. 29. Philippe Hattat, Takuya Otaki, Marianna Abrahamyan, piano.

trio-ociDans un théâtre bien rempli, il est quinze heures lorsque débute la finale du 12ᵉ Concours International de piano d’Orléans (lire notre entretien avec Isabella Vasilotta, sa directrice artistique). Présidés par , les sept membres du jury, partition en main, siègent au centre de la salle, juste au-dessus des étudiants du Conservatoire d’Orléans qui décerneront eux aussi leur prix à l’issue du concert.

Les œuvres au programme

Les trois candidats retenus pour la finale ont à leur programme deux œuvres imposées : le Konzert op. 24 pour neuf instruments (1934) d’ d’abord, une oeuvre dodécaphonique en trois mouvements, aussi courte que condensée, où le piano n’est pas le soliste virtuose d’un concerto mais participe au maillage très subtil de l’écriture à l’égal des huit autres instruments convoquées – l’excellent sous la direction efficace de leur chef . La seconde pièce, Le Carillon d’Orléans, a été commandée pour l’occasion au compositeur . Juré du précédent Concours de piano d’Orléans, le compositeur, fasciné par les cloches, avait eu maintes occasions d’entendre le carillon de la cathédrale qu’il fait résonner dans cette nouvelle œuvre. La pièce développe au sein d’une écriture somptueuse toutes les potentialités de couleurs/résonance du piano, via la troisième pédale souvent sollicitée. Hersant fait courir un bref motif mélodique, souvenir du carillon de quatre notes immortalisé au XVIIIᵉ siècle par l’organiste des grandes orgues d’Orléans Christophe Moyreau dans ses Cloches d’Orléans. La troisième pièce était à choisir par le candidat dans une liste comprenant la Fantasia Baetica (andalouse) de (1919) – retenue par les deux premiers candidats – ou la Sonate n°4 en ut mineur op. 29 de Prokoviev (1917) – interprétée par la troisième candidate – ou encore Menuet et Toccata extraits du Tombeau de Couperin de Maurice Ravel (1917) que nous n’entendrons pas.

Les finalistes

C’est sans conteste le jeune pianiste japonais qui s’acquitte le mieux de la tâche difficile qui consiste à débuter son récital par le Konzert de Webern. Par sa précision rythmique, la finesse de son jeu et la dimension poétique du son qu’il fait naître dans le second mouvement, il s’engage avec ses huit partenaires dans cette mélodie de couleurs que tisse le compositeur au sein d’une écriture très constellatoire. Là où reste en retrait et où perd pied, dans un dernier mouvement très chaotique. La jeune pianiste arménienne va par contre s’imposer dans Le Carillon d’Orléans, conférant une aura colorée et une volupté aux sonorités de cloches qui embrasent le clavier sous son jeu flexible et généreux, évoquant l’art campanaire d’un Moussorgski. Cette plénitude sonore a manqué à comme à , moins investi, quant à lui, dans le travail sur la résonance qu’induit une telle écriture. Le jeune pianiste et compositeur français révèle une digitalité brillante et une certaine fougue dans la Fantasia Baetica de Falla, une œuvre foisonnante où le compositeur gaditan fait revivre le Cante jondo (Chant profond) de l’Andalousie dans une manière dégraissée et âpre qui caractérise sa dernière manière. On préfèrera là encore le piano incisif, l’art des contrastes et l’abattage technique de Takuya Otaki habité par le « duende » dans cette vision pleine de ferveur de l’art andalou. Dans la Sonate n° 4 de Prokoviev, en trois mouvements, confirme sa belle maîtrise du clavier et la profondeur d’une sonorité mise au service d’un mouvement lent particulièrement réussi.

otakiLe palmarès

Pas de classement au Concours de piano d’Orléans mais une pléthore de prix – quinze au total – attribués par le jury aux candidats les plus talentueux, y compris ceux qui n’ont pas été retenus en finale. Si le Prix Blanche Selva, le plus élevé (10 000 €) a été remis à Takuya Otaki, qui rafle également les Prix Olivier Greif (2 500 €) et Maurice Ohana (2 500 €), Marianna Abrahamyan se voit décerner le Prix Sacem (4 600 €), le Prix Samson François (2 000 €), le Prix des étudiants du conservatoire (1 500 €) et le Prix Albert Roussel (1 000 €). Quant à Philippe Hattat, il partage avec le Prix de composition André Chevillon – Yvonne Bonnaud (5 000 €), le Prix Alberto Ginastera (2 500 €) et le Prix Ricardo Viñes (2 500 €). Parmi ces prix, une résidence d’un mois à l’Abbaye de Fontevraud (Prix Geneviève Joy – Henri Dutilleux), une résidence au Studio éOle à Toulouse (Prix André Chevillon – Yvonne Bonnaud), une bourse pour l’enregistrement d’un CD et des tournées de concerts en France et à l’étranger sont offerts aux candidats réconpensés.

De quoi motiver et encourager la jeune génération de pianistes à jouer le répertoire des XXᵉ et XXIᵉ siècles !

Crédits photographiques : © Étienne Gaume

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