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À Lausanne, Julie Fuchs et la Fille du Régiment

La Scène, Opéra, Opéras

Lausanne. Opéra. 11-III-2016. Gaetano Donizetti (1797-1848) : La Fille du régiment, opéra-comique en deux actes sur un livret de Jules-Henri Vernois de Saint-Georges et Jean François-Alfred Bayard. Mise en scène : Vincent Vittoz. Décors : Améli Kiritzé-Topor. Costumes : Dominique Burté. Lumières : Caroline Vandamme. Avec Julie Fuchs, Marie ; Frédéric Antoun, Tonio ; Pierre-Yves Pruvot, Sulpice ; Alexandre Diakoff, Hortensius ; Anna Steiger, La marquise ; Jean-Raphaël Lavandier, Un caporal ; Marie Daher, La duchesse de Crackentorp ; Pierre-Yves Têtu, Un notaire ; Marie-Cécile Bertheau, Fräulein Gretel ; Frédéric Caussy, Un valet. Chœur de l’Opéra de Lausanne (dir : Jacques Blanc) ; Orchestre de Chambre de Lausanne. Direction musicale : Roberto Rizzi Brignoli

regiment.02Étoile montante de l’art lyrique, la jeune soprano française aborde d’assez belle manière sa première Fille du Régiment de dans une mise en scène colorée mais brouillonne de .

Tous attendaient avec impatience la première venue en Suisse Romande de la soprano (Marie) dont les critiques (principalement français – on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même !) sont unanimes à vanter les mérites. Dans cet opéra, même si la retenue d’une prise de rôle reste tout à fait compréhensible et excusable, on constate cependant que la voix de manque de corps, de chair. La Fille du Régiment n’est pas une opérette quand bien même l’intrigue pourrait le faire penser. Or Julie Fuchs l’aborde avec la légèreté et le phrasé d’une comédie d’Offenbach. La musique de Donizetti est italienne même si le livret est en français. L’opéra italien demande une projection vocale bien particulière qu’on ne retrouve pas dans la prestation de la soprano française. Cette absence se ressent sur son personnage qui, en restant un peu trop charmant et un peu trop féminin, perd du caractère de la jeune fille influencée par la promiscuité de soldats au langage rude et vert.

À sa décharge, un parti-pris de mise en scène sinon discutable, du moins peu porteur. En imaginant une 21e Compagnie, celle où se trouve Marie, faite de « gueules cassées » de la Première Guerre Mondiale réunies dans un cirque (le cirque est très à la mode dans les mises en scènes actuelles d’opéra, comme l’étaient les échelles, les roulottes, les chaises, dans le théâtre lyrique d’il y a quelques  années), le metteur en scène oublie d’une part que ces malheureux étaient démobilisés, alors que, dans le livret, les hostilités « donizettiennes » contre le Tyrol sont encore bien vivantes et d’autre part, qu’il est peu probable que tant de soldats se soient retrouvés pour former une troupe de cirque comme le metteur en scène français veut nous le faire avaler ! Pour illustrer son propos scénique, les soldats sont affublés de masques et grimés en clowns, les faisant d’une laideur peu commune sans pour autant les rendre crédibles. Toutefois, cela n’enlève rien à l’excellente prestation vocale du Chœur de l’Opéra de Lausanne.

Si Julie Fuchs (Marie) reste techniquement admirable, avec une diction française parfaite, maîtrisant avec aisance les vocalises de la partition, le ténor Frédéric Antoun (Tonio) est l’agréable surprise de cette distribution. Inconnu sous nos latitudes, il conquiert le public lausannois avec une magnifique vocalité. Il lance les contre-ut à répétition du fameux air « Ah, mes amis » avec une telle facilité qu’on pourrait croire qu’il possède trois ou quatre notes au-dessus de ces aigus suicidaires. Si la voix du ténor québecois est d’une très belle homogénéité, et si sa technique vocale est d’une rare perfection, il n’en reste pas moins un artiste capable d’émouvoir aux larmes. Dans l’air final « Pour me rapprocher de Marie », fatigué, sa voix cassant très légèrement, il la pousse à l’extrême pour que, dans un flot d’émotion, il projette encore un bouleversant … »Il me faudrait cesser de vivre s’il me fallait cesser d’aimer ».

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Aux côtés de ces deux principaux protagonistes, le baryton (Sulpice) campe un sergent bourru à souhaits frisant parfois l’excès vocal au détriment de sa diction. Si la mezzo-soprano (La marquise) entame l’opéra avec une belle dose de comique, tant la mise en scène que la direction d’orchestre n’utilisent pas ce séduisant aspect de l’artiste, le premier en réduisant à peu de choses son naturel comique et le second couvrant à maintes occasions sa prestation vocale, certes moins tonitruante et sonore que celle de ses collègues.

Les autres rôles, plus théâtraux que vocaux, révèlent cependant un désopilant (Hortensius) dans une scène d’ivresse du secrétaire de la marquise, offrant un rare moment de vrai rire.

La brillante distribution vocale, les qualités théâtrales indéniables des protagonistes méritaient mieux que cette direction d’acteurs trop pauvre. Alors qu’on attend de cet opéra une folle comédie amoureuse, avec les excès qu’on peut attendre d’un tel livret, on assiste à un divertissement somme toutes assez banal.

Les costumes peu seyants, les masques inutiles et laids, les décors inadéquats n’avaient d’égal que la direction d’orchestre d’un pas très inventif face à un sans brillance.

Crédit photographique : © Marc Vanappelghem

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