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Les Talens Lyriques et Bostridge : un fameux attelage

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Dijon. Auditorium. 13-III-2016. Jean-Baptiste Lully (1632-1687) : extraits d’Amadis et d’Armide ; Henry Purcell (1659-1695) : extraits de Dido and Aeneas et de The Fairy Queen ; Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : extraits de Pygmalion ; Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : extraits de Jephta et de Semele. Ian Bostridge, ténor ; Les Talens lyriques, direction : Christophe Rousset.

Eric-Larrayadieu-Christophe-RoussetOn peut imaginer que n’a pas choisi le nom de son ensemble au hasard ! La référence à Rameau saute aux yeux, mais, avec le concert de ce soir, les deux directions qui guident son travail sont sans aucun doute la volonté d’approcher une certaine cohérence et aussi de faire ressortir la musicalité et le lyrisme des pièces qu’il interprète.

Les passages dévolus à l’orchestre seul sont essentiellement des ouvertures et des danses, puisque ce sont elles qui mettent en valeur les instruments dans les opéras baroques. L’ouverture d’Amadis surprend au premier abord par la nervosité de ses rythmes pointés, puis on adhère plus facilement à cette interprétation, dont on saisit mieux le choix dans l’ouverture à la française de Didon et Enée : là, le contraste entre la première partie et celle, tourmentée, de la seconde prend tout son sens ; celle-ci, c’est alors, d’une manière superbement expressive, la tempête sur la mer et dans les cœurs ! Là, l’équilibre entre les basses et les « dessus » est établi et le sautillé des cordes est impressionnant. On apprécie aussi les recherches dans la chaconne d’Amadis qui rendent cette danse à variations moins austère : des oppositions de nuances, des effets de legato contrastant avec le rythme pointé, ou encore des masses différentes font oublier le procédé répétitif de la composition.

Le trio d’anches tant prisé par Rameau fait merveille dans l’ouverture de Pygmalion et le ballet nous réjouit par ses voltefaces expressives, son mineur tendre, ses rehauts de piccolo et surtout son tambourin final.

a décidément bien des atouts dans son carquois. Recherchant en permanence un beau legato, qui fait merveille dans la ravissante pastorale d’Armide, ou bien dans One charming night d’, il donne en revanche un dynamisme étonnant à l’air du matelot de Didon et Enée. Avec un sens étudié du tragique, il met en valeur les dissonances de l’air de Pygmalion « Fatal amour, cruel vainqueur, quels traits as-tu choisis pour me percer le cœur » : on souffre, on y croit !

Il est capable de passer sans faillir et sans perdre de puissance du grave à l’aigu dans le récitatif et l’air de Jephta ; il dialogue avec suavité avec les flutes dans The Fairy Queen. Virtuose, il trouve dans les vocalises de l’ariette de Pygmalion comme dans celles de Semele, « I must with speed amuse her », le moyen de nous surprendre par cette vitesse et la précision de l’énoncé des notes. Quand la musique est servie par tant de Talens…

Crédit photographique : Christophe-Rousset (c) Eric-Larrayadieu

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