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The Fairy Queen à Metz, déjante, rires et émotion

La Scène, Opéra, Spectacles divers

Metz. Opéra-Théâtre de Metz-Métropole. 17-III-2016. Henry Purcell (1659-1695) : The Fairy Queen, opéra tout terrain à 12, avec entrain et sans entracte, quoique si…, création musicale pour violon, contrebasse, saxophones, claviers, chanteurs et comédiens. Réécriture/composition musicale : Arnaud Thorette et Johan Farjot. Adaptation du livret et mise en scène : Laurent-Guillaume Dehlinger. Avec : La Compagnie Deracinemoa (Laurent-Guillaume Dehlinger, Boris ; Jean-Luc Prévost, Titania et Démétrius ; Franck Lemaire, Obéron et Lysandre ; Mathilde Labé : Hélène et Puck) ; Camille Poul, soprano ; Albane Carrère, mezzo-soprano, Jeffrey Thompson, ténor ; Thibault de Damas, baryton. L’Ensemble Contraste (Arnaud Thorette, Pascal Mabit, Stéphane Logerot, Johan Farjot), direction : Arnaud Thorette et Johan Farjot.

The Fairy Queen 1 - Metz © Arnaud Hussenot - Opéra-Théâtre de Metz MétropolePari gagné pour l’ et la Compagnie Deracinemoa. Leur transposition décapante de la pièce de Shakespeare et du semi-opéra de Purcell aura emballé le public messin.

Présentée en coproduction avec Contraste Productions, la Compagnie Deracinemoa et le Département du Pas-de-Calais – Centre Culturel de l’Entente Cordiale, cette nouvelle adaptation du Songe d’une nuit d’été aura permis à l’Opéra-Théâtre de Metz-Métropole de célébrer dignement l’année Shakespeare. Cet envoûtant spectacle était en effet destiné à faire le lien avec l’opéra de Britten composé à partir de la même pièce, et récemment donné in loco. Entièrement réécrits pour douze artistes – quatre acteurs, quatre chanteurs et autant d’instrumentistes –, le texte de Shakespeare et la musique de Purcell se voient ici devenir prétextes à une fantaisie théâtrale et musicale entièrement débridée, mêlant artistes de rue en interaction constante avec le public, chanteurs lyriques rompus aux subtilités de l’art vocal anglais et musiciens baroqueux à l’aise également dans le jazz, la comédie musicale et la création contemporaine. Élaboré à partir d’une trame dramatique plutôt fidèle à Shakespeare – on retrouve les grands mouvements de la pièce, ainsi que des citations entières du texte original, parfois habilement recontextualisées – le spectacle se plaît à déconstruire les mécanismes de l’illusion théâtrale en jouant sur les phénomènes de dérision et d’autodérision, en donnant à fond dans la subversion des genres – dans tous les sens du terme… –, en remettant en question les codes de la représentation et en suscitant la participation de plus en plus active du public. Les spectateurs sont ainsi invités à danser avec les artistes, à lire les répliques de certains personnages secondaires, voire carrément à monter sur scène quand il s’agit d’incarner la créature monstrueuse dont s’amourache la reine des fées Titania…

Magie du texte, donc, mais aussi magie du jeu, magie du décor et des costumes, magie de l’improvisation, et magie de la contribution musicale. Les auteurs de la réécriture de Purcell, et , ont opéré dans la partition de The Fairy Queen une sélection de morceaux destinés à souligner le mélange des genres tellement caractéristique de la célèbre comédie de Shakespeare. Et de fait, les allers-retours stylistiques entre improvisation baroque et vision jazzistique se font l’écho du décalage permanent entre les composantes comiques et pathétiques du Songe. Mais surtout, les arrangeurs ont su très habilement intégrer les morceaux de semi-opéra de Purcell au fil de la narration, leur donnant parfois la cohérence dramatique qui leur faisait défaut dans la partition originale de 1692. Brillante idée, donc, que de faire chanter « The Plaint » – interprétée au demeurant de façon poignante par la soprano – au moment où Hermia/Boris vient de se faire abandonner par Lysandre et où Helena croit encore qu’elle est l’objet des moqueries du jeune homme. De même, « Love’s is a sweet passion » prend tout son sens lorsque le morceau illustre les amours contre-natures de Titania…

The Fairy Queen 10 - Metz © Arnaud Hussenot - Opéra-Théâtre de Metz Métropole

Un tel spectacle pourrait tomber complètement à plat s’il n’était défendu comme il l’était ce soir par des interprètes parfaitement convaincus et convaincants. De fait, on aura rarement vu une telle homogénéité dans la présentation d’un spectacle de nature lyrique, et l’on a que des compliments à faire pour les douze acteurs, chanteurs et instrumentistes, qui jouent tous la carte de l’équipe et du travail d’ensemble. Peut-être pourra-t-on dire, néanmoins, qu’au niveau des voix, les hommes, avec le ténor et le baryton Thibault de Damas, auront fait meilleure impression par la belle qualité de leur instrument ; de même, le violon d’ était particulièrement émouvant dans « The Plaint ».

En bref, une soirée vivifiante et décapante, qui montre qu’on n’a pas fini d’en découdre avec les réécritures en tout genre d’une des comédies les plus stimulantes de Shakespeare.

© Arnaud Hussenot – Opéra-Théâtre de Metz Métropole

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