philharmonie de paris 0718

Avec Mikko Franck, de la musique française sans conviction

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Auditorium de la Maison de la Radio. 18-III-2016. Pierre Jodlowski (né en 1971) : Ultimatum (création mondiale, commande de Musique Nouvelle en Liberté) ; Olivier Messiaen (1908-1992) : L’Ascension, quatre méditations symphoniques ; Claude Debussy (1862-1918) : Images pour orchestre. Orchestre Philharmonique de Radio France ; direction : Mikko Franck.

MFranckConçu comme un petit parcours dans la musique française du XXe siècle, le dernier concert du « Philhar » ne convainc pas entièrement.

Tout commence avec une création de , compositeur français passé par le CNSM de Lyon et l’Ircam et lauréat du Grand Prix des Lycéens 2015. Sa pièce Ultimatum est entièrement coulée dans le moule d’une esthétique sombre : elle est fondée sur une récitation enregistrée, parlée, que complètent en temps réel des plages de cordes, et les interventions de deux percussionnistes. Le texte sur lequel l’œuvre s’appuie est lui-même un violent pamphlet anti-establishment de l’écrivain portugais Fernando Pessoa. On en retient surtout cette phrase : « Passez, vous les faibles qui ne chantez que la faiblesse ».

Le contraste est grand avec la musique de Messiaen, qui cherche à décrire, voire à provoquer l’élévation spirituelle – c’est d’autant plus vrai dans une pièce intitulée L’Ascension. Le premier mouvement est célèbre pour sa difficulté technique : c’est un choral de six minutes confié surtout aux cuivres, et qui met leur souffle à rude épreuve. Les trompettistes et trombonistes de l’ ne sont pas dans leur meilleure forme ; mais les fausses notes ne dérangent pas tant qu’un certain manque d’architecture dans la progression expressive. Malgré des gestes éloquents de à la baguette, les musiciens semblent hésiter à prendre des risques supplémentaires, et ce qui sonne bien sonne fatalement sans éclat.

Fort heureusement, l’orchestre enfin au complet se ressaisit, et la fin du polyptyque gagne en intensité. Pour la « Prière du Christ montant vers son Père », les pupitres de cordes reprennent le choral introductif en l’incluant dans une vaste montée vers les aigus, cette fois particulièrement poignante. Les « alléluias » voulus par Messiaen sont bel et bien sereins en apparence, mais ils brûlent d’un feu tout contenu, qui se dévoile au fur et à mesure que l’on avance vers le paroxysme final. Pour le public en haleine, la surprise d’entendre soudain la musique s’interrompre est une ponctuation saisissante.

Continuant sur leur lancée, les musiciens offrent encore un premier mouvement des Images de Debussy digne d’éloges. Gigues n’est pourtant pas une pièce facile, mais l’orchestre ne se résout pas à la laisser s’embourber dans une atmosphère en demi-teinte. Le tissu sonore reste en chaque instant très dense, sans relâchement, grâce à des soli remarquables de hautbois et de hautbois d’amour.

Crédit photographique : © Jean-François Leclercq

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