tous les dossiers(1)

L’Arminio guerrier de George Petrou

À emporter, CD, Opéra

Georg Friedrich Handel (1685-1759) : Arminio HWV 36, opéra en trois actes sur un livret de Antonio Salvi. Avec Max Emanuel Cencic, Arminio ; Layla Claire, Tusnelda ; Petros Magoulas, Segeste ; Juan Sancho, Varo ; Vince Yi, Sigismondo ; Ruxandra Donose, Ramise ; Xavier Sabata, Tulio. Orchestre Armonia Atenea, direction George Petrou. 2 CD Decca. Enregistré au Megatron, The Athens Concert Hall en septembre 2015. Notice trilingue (français, anglais, allemand). Livret quadrilingue (français, anglais, allemand, italien). Durée : 90’36.

 

ArminioAprès Alessandro de Haendel primé en 2012 par l’Union musicale belge et le brillant Siroe de Johann Adolf Hasse, et son ensemble délivrent un superbe enregistrement de l’un des ultimes operas de Haendel.

Dès les premiers accords, on perçoit chez l’ensemble baroque grec une volonté d’interprétation musclée, loin des pépiements orchestraux de bien des orchestres baroques du passé. La musique de l’ s’affirme volontaire, appuyée à la limite de la lourdeur. Cependant les sonorités restent pleines et riches. Avec un grand souci des rythmes, cet ensemble s’assimile à un orchestre de jazz avec ses solistes et sa section rythmique. Certes, le livret dramatique à souhait ne raconte pas de douces fleurettes sussurées au bord d’un ruisseau. Certes, malgré la rivalité entre le prince germain Arminio et le général Varo, une histoire d’amour se noue entre ce dernier et Tusnelda, l’épouse d’Arminio. Avec la trahison de Segeste et les amours contrariées de Sigismondo et de Ramise, la sœur d’Arminio, tous les ingrédients sont présents pour qu’on ne comprenne rien à cette histoire sans avoir le livret sous les yeux ! Qu’importe parce que les airs sont absolument superbes et les voix suffisamment différenciées pour qu’on les distingue les unes des autre sans avoir besoin de comprendre tous les épisodes qui conduisent les protagonistes vers un « happy end ».

Si (Arminio) domine la distribution avec sa technique et son métier, la surprise vient du contre-ténor sud-coréen (Sigismondo). Quelle voix incroyable ! Quelle agilité ! Quels aigus ! Une voix aussi haut perchée reste un phénomène vocal jusqu’ici unique. Alors, bien sûr, cette voix s’appuie sur d’autres critères que ceux qu’on a l’habitude d’entendre chez les contre-ténors. Avec , on est loin de la douceur du timbre d’un Philippe Jaroussky. Néanmoins, ses prestations sont unanimement saluées et son succès se confirme de jours en jours sur les scènes internationales. Spectaculaire, avec une voix unique et reconnaissable entre toutes, démontre ici son extraordinaire talent dans un magnifique « Non son semper vane larve » où son phrasé au beau vibrato fait merveille. Une voix nouvelle à laquelle il faudra s’habituer !

Les autres solistes sont tous impliqués et s’affairent avec talent à l’homogénéité de cet enregistrement. Même la voix légèrement voilée du contre-ténor (Tullio) relève de son charme. (Varo), quand bien même il revêt le costume de contre-ténor possède un registre de ténor capable de s’exprimer avec aisance dans d’autres répertoires que le baroque, la clarté de sa voix devant le porter tout naturellement vers le chant mozartien. La basse (Segeste) vient du bel canto et semble suffisamment versatile pour apporter sa dynamique vocale dans cet opéra. Du côté des dames, la soprano canadienne (Tuselda) se hisse à la hauteur de ses collègues même si elle ne semble pas toujours très à l’aise dans ce répertoire. La mezzo-soprano roumaine Roxandra Donose s’investit dans son rôle et elle est mise à contribution sans ménagements par l’orchestre Armonia Atenea et son chef dans l’air « Sento il cour per ogni loto circondato ».

Un enregistrement qui ravira les amateurs d’opéra de Haendel dans la mesure où le précédent disque de cet opéra date déjà de presque une quinzaine d’années.

Banniere-abecedaire728-90-resmusica-janvier16

Mots-clefs de cet article
  • Pauchet

    Superbe CD et critiques intéressante du cast sauf pour …. le rôle titre! Il est dommage et curieux qu’un critique fasse preuve d’un manque total d’inspiration pour commenter l’interprétation vocale et dramatique d’un artiste tel que Max Emanuel Cencic, s’attaquant à un rôle d’opéra aussi virtuose et expressif! D’autant que le protagoniste principal, Arminio, est omniprésent à travers tout l’opéra et que Handel lui consacre les plus beaux airs de l’oeuvre! Cela pousse le lecteur à se demander si  » l’oubli  » de commentaire sur le rôle titre n’est pas volontaire au vue du nombre de lignes (d’ailleurs bien méritées) de critiques élogieuses dont bénéficient les autres talentueux artistes de cette production.
    Valorisons le travail de pionniers et d’artistes qui consacrent leur talent à faire (re)découvrir ces opéras baroque tombés dans l’oubli (Artaserse, Siroe, Catone in Utica…) en plus de les interpréter avec talent!
    Rare et trop peu nombreux sont ceux qui peuvent le faire aujourd’hui malheureusement…

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.