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Reprise d’une élégante Butterfly à la Fenice

La Scène, Opéra, Opéras

Venise. Teatro La Fenice. 18-III-2016. Giacomo Puccini (1858-1924) : Madama Butterfly, opéra en trois actes sur un livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica. Mise en scène : Àlex Rigola ; décors et costumes : Mariko Mori. Avec : Vittoria Yeo (Cio-Cio-San) ; Manuela Custer (Suzuki) ; Vincenzo Costanzo (F. B. Pinkerton) ; Julie Mellor (Kate Pinkerton) ; Luca Grassi (Sharpless) ; Luca Casalin (Goro) ; William Corrò (Il principe Yamadori) ; Cristian Saitta (Lo zio bonzo)… Orchestre et choeur du Teatro La Fenice ; direction : Myung-Whun Chung.

Butterfly Fenice (photo Michele Crosera)Plus que pour la musique, c’est par le théâtre que cette Butterfly vénitienne convainc.

Cela fait bien longtemps que l’Italie ne fait plus l’événement en matière lyrique – les déboires de Riccardo Muti à Rome, comme le mandat en demi-teinte de Stéphane Lissner à Milan, en sont un exemple parmi d’autres, les questions budgétaires étant les plus irrémédiables. Depuis sa reconstruction après incendie – qui n’a pas résolu la médiocre visibilité de nombreuses places -, la Fenice ne fait guère parler d’elle ; elle n’est certes pas la maison la moins audacieuse d’Italie, mais elle centre son activité sur un cœur de répertoire italien très traditionnel.

Cette Madama Butterfly, créée en relation avec la Biennale de 2013, a depuis été reprise chaque année, plus pour le public de passage que pour un public local qui n’est pas extensible. La mise en scène d’ est ceci dit d’une tenue certaine : ses ambitions interprétatives sont modestes, mais le spectacle est d’une grande beauté plastique, et même pour cette reprise il est réglé avec soin – Rigola est d’ailleurs venu saluer, avec sa décoratrice, la plasticienne Mariko Mori, qui signe aussi de sobres costumes qu’ornent discrètement des éléments de contexte japonais.
Le décor qu’elle a imaginé à pour fond un élégant voile blanc qui se prolonge sur le sol ; un grand objet aux transparences de jade est suspendu en haut de scène pendant le premier acte : sa forme peut faire penser à un symbole d’éternité, ce que confirme sa présence au sol pendant le tableau suivant, au moment où Butterfly peut croire à sa fidélité matrimoniale – il disparaîtra, sans surprise, au dernier tableau avec les espoirs de Butterfly. Dans ce cadre simple mais efficace, le metteur en scène place une direction d’acteurs qui a peu ou prou les mêmes qualités : si les acteurs principaux sont parfois un peu raides, l’usage habile de la profondeur de champ ou une chorégraphie discrète mais belle maintiennent l’attention tout au long du spectacle. Le personnage de l’enfant, qui joue avec un modèle réduit de l’installation de Mariko Mori, apporte toute l’émotion qu’on peut en attendre.

Orchestre sans direction

Il n’en va pas tout à fait de même des différents interprètes musicaux du spectacle. Difficile de suivre les intentions de Myng-Whun Chung, qui ne semble pas vraiment avoir de vision directrice et laisse un peu trop souvent aller un orchestre qui manque de couleurs ; les chanteurs sont, comme toujours, les premiers à en pâtir. se tire bien du rôle un peu ingrat du consul Sharpless, tandis que fait preuve de plus d’efficacité que de subtilité dans un rôle qui a pourtant cruellement besoin de nuances. Dans le rôle-titre, le cas de est plus complexe : la chanteuse coréenne, qu’on avait vu plusieurs fois aux côtés de Riccardo Muti, manque de projection en même temps que d’aura, mais elle n’est pas une Butterfly indifférente. Dans son chant comme dans son jeu, le souci des nuances est patent, et, sans pleinement enthousiasmer, elle parvient sans peine à soutenir l’intérêt et à se montrer digne du cadre efficace que lui offre la mise en scène.

Crédit photographique : (c) Michele Crosera

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