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Laurent Naouri et Anne Sofie Von Otter à Dijon

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Dijon. Auditorium. 20-III-2016. Monstres, sorcières et magiciens français. Jean-Féry Rebel (1666-1747) : extraits des Elémens ; Jean-Baptiste Lully (1632-1687) : extraits de Thésée, Persée, Acis et Galatée et Armide ; Marc-Antoine Charpentier (1643-1704) : extraits de Médée ; Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : extraits de Dardanus ; Jean-Marie Leclair (1697-1764) : extraits de Scylla et Glaucus. Anne-Sofie von Otter, bas-dessus ; Laurent Naouri, basse-taille ; Le Concert d’Astrée, direction : Emmanuelle Haïm.

Anne-Sofie-von-Otter-credit-Ewa-Marie-RundquistAprès les « Monstres, Sorcières et Magiciens » anglais, voici venir les Français dans le même répertoire, tout aussi riche en sortilèges et malédictions : l’opéra baroque de notre pays fait son miel de ces personnages excessifs et irrationnels, pour notre plus grand bonheur. Ceux-ci offrent un détour obligé dans le monde des fantasmes et délires de l’âme humaine, sans doute avec un langage qui a vieilli mais qui, dans le fond, traduit toujours les mêmes plaisirs mêlés d’angoisses pour l’esprit !

En introduction aux deux voix ensorcelantes de et de , la description du « Chaos » des Elémens de est de circonstance : , l’éparpillement des motifs thématiques, le timbre orageux de la grosse caisse, le sifflement des flûtes, tout cela prédit assez les tourments à venir ; sait nous tenir en haleine tout en pratiquant la déstabilisation des oreilles…

Toute la première partie est réservée à la découverte des noirceurs que l’on trouve dans les œuvres de Lully. joue admirablement de son physique élégant en utilisant déjà les couleurs : elle change de robe de velours, verte pour chanter Médée dans Thésée, rouge pour incarner la pimpante Galatée, et, enfin, noire pour la magicienne Armide. Cette présence scénique est évidemment magnifiée par une diction parfaite au service d’une voix expressive qui sert le texte avec un art consommé : « Ah, faut-il me venger en perdant ce que j’aime », clame Médée avec déchirement, accompagnée par la belle sonorité des basses des cordes, ou au contraire, elle minaude en interprétant une Galatée face à Polyphème dans une magnifique chaconne… Enfin, le récitatif d’Armide et l’air « Venez, Haine implacable » permettent d’apprécier sa technique vocale.
nous réjouit de son timbre enjôleur et de son sens du théâtre : l’air de Persée où il incarne Méduse mélange l’horreur et le comique d’une manière savoureuse. Polyphème amoureux le dispute à un Polyphème cyclopéen agressif : dans « Je regarde partout », le chanteur utilise des timbres percutants ; dans « Chaque moment me tue », il supplie en mal d’amour d’une façon fort cocasse et pitoyable. Et il adopte la méchanceté pour figurer la Haine dans Armide de Lully.

La seconde partie ne peut que réjouir le cœur d’un dijonnais : là, Rameau le dispute à Leclair et à Charpentier. Ce dernier, rival malheureux de Lully, fait preuve d’une grande science du drame, toujours servi parfaitement par ces deux belles voix, celle de Anne Sofie von Otter très inquiète dans « Quels prix de mon amour, quel fruit de mes forfaits », celle de Laurent Naouri sombre à souhait dans « Noires divinités ». Leur jeu de scène est allusif mais efficace, tout en distanciation, et souvent au second degré, ce qui aiguise l’esprit des spectateurs.
Rameau et Leclair nous introduisent déjà dans un autre style mettant particulièrement l’orchestre en valeur : la nervosité de l’écriture de Rameau transparaît dans l’accompagnement de l’air d’Isménor « Suspends ta brillante carrière », tour à tour majestueux puis vif, plein de silences menaçants et de surprises harmoniques. L’ouverture de Scylla et Glaucus témoigne de la virtuosité de son compositeur et les airs des Démons permettent des bruits de vents et de tonnerre absolument saisissants… surtout lorsque Anne Sofie von Otter en tourne la manivelle !

Crédit photographique : Anne Sofie von Otter (c) Ewa Marie Rundquist

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