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Henze, Trojahn et Pintscher à l’EIC : une filiation fertile

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris. Philharmonie II Cité de la Musique. 23-III-2016. Manfred Trojahn (né en 1949) : Nocturne – Minotauromachie (CM) pour ensemble. Matthias Pintscher (né en 1971) : mar’eh pour violon et ensemble. Hans Werner Henze (1926-2012) : Le Miracle de la Rose (Théâtre imaginaire II), musique pour un clarinettiste et treize musiciens. Hae-Sun Kang, violon ; Jérôme Comte, clarinette. Ensemble Intercontemporain ; direction : Matthias Pintscher.

12891036_765206800245419_7921581870616386381_o«  et sont comme mes pères musicaux » avoue . Le compositeur et chef allemand de l’EIC partage ce soir l’affiche du concert avec ses deux compatriotes. Si la filiation est indéniable, les univers sonores n’en sont pas moins personnels. En témoignent les trois œuvres du programme puisant à autant de sources d’inspiration originales.

Référence à la gravure célèbre de Picasso, Nocturne – Minautauromachie de est une commande de l’EIC donnée ce soir en création mondiale. Le compositeur prévoit quatre états supplémentaires à cette pièce qui s’inscrira donc dans un cycle. D’une écriture ciselée, virtuose et éruptive, l’œuvre est taillée sur mesure pour les solistes de l’EIC qui en communiquent la manière radicale et puissante. L’envergure sonore et le foisonnement des couleurs impressionnent au sein d’une partition superbement conduite dont le chef donne la pleine mesure.
Plus intuitive et délicate est la manière de son élève dans mar’eh (vision en hébreu). Il s’agit de la recréation de son concerto pour violon et orchestre créé en 2011 au Festival de Lucerne par Julia Fischer et le London Philharmonia Orchestra sous la direction de Vladimir Jurowski. Dans cette version pour ensemble, c’est Hae-Sun Kang qui est ce soir sur le devant de la scène, captivant son auditoire par l’élégance et la brillance de son jeu. L’écriture du violon solo évolue dans le registre aigu de l’instrument, engendrant des sonorités fines et diaphanes que viennent auréoler les autres instruments dans des textures toujours légères. Aux lignes agiles et vibrionnantes du violon, auquel Pintscher réserve plusieurs cadences, font écho d’autres timbres solistes, celui du cor particulièrement sollicité – remarquable – creusant l’espace de résonance : autant de prolongements sonores relevant de ces « visions merveilleuses » évoquées par le compositeur, qui stimulent son imaginaire poétique et confère à la pièce une fluidité singulière.

Le Miracle de la Rose (1981) pour clarinette et treize musiciens de , donné en seconde partie de soirée, est sous-titrée Théâtre imaginaire II. Ce dramaturge né, auteur de huit opéras, s’inspire ici du roman éponyme que Jean Genet écrit en captivité. Dans cette translittération sonore des mots de l’écrivain, certains instruments endossent le rôle de personnages. Ainsi la clarinette soliste – celle, solaire et merveilleusement ductile de , qui joue également la clarinette basse – incarne-t-elle le condamné à mort « à la beauté sublime », alors que l’heckelphone – hautbois baryton – évoque le bourreau. La musique labile et profuse, sollicitant continuellement les ressorts de la percussion au fil des six mouvements enchaînés, n’évite pas le bavardage et peine à maintenir la tension de l’écoute. Celle-ci est réamorcée dans une dernière partie très enlevée où l’envergure virtuose du soliste force l’admiration.

Crédit photographique : (c) EIC /Luc Hossepied

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