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Un ballet fantomatique invité à Berlin

Danse , La Scène, Spectacles divers

Berlin. Komische Oper. 8-IV-2016. Ghosts. Chorégraphie : Cina Espejord. Mise en scène : Marit Moum Aune. Décor : Even Børsum. Musique : Nils Petter Molvær, DJ Jan Bang. Lumières : Kristin Bredal. Costumes : Ingrid Nylander. Avec Andreas Heise, Mikkel Skretting, Camilla Spidsøe, Sonia Vinograd, Ole Willy Falkhaugen, Mark Wax, Grete Sofie B. Nybakken, Selma Smith Kvalvaag et Kristian Alm.

Le Ballet National de Norvège, invité du Staatsballett de Berlin, a proposé au public de la Komische Oper , une adaptation chorégraphique des Revenants d’. Une histoire de famille alambiquée, hantée par l’image d’un père disparu. Un drame intime, tissé autour d’une mère et de son fils, qui expose un dédale d’émotions, peuplé de spectres et de fantômes. La forme, quant à elle, n’est pas des plus insolites, rappelant beaucoup trop celle de certaines chorégraphies de

La pièce fit scandale dès sa parution en 1881. Et pour cause, les thématiques abordées font débat : viol, inceste, syphilis, euthanasie… À travers ces maux, Ibsen pourfend l’hypocrisie bourgeoise et la morale puritaine de son temps. Ses personnages se heurtent aux secrets et aux mensonges, et les révélations éclatent aux visages. Le passé devient présent dans la conscience de chacun.

Le Ballet National de Norvège est constitué d’une soixantaine de danseuses et de danseurs, issus de plus de vingt pays. Une compagnie européenne des plus éclectiques dont le répertoire oscille de Marius Petipa à Paul Lightfoot, en passant par Jiří Kylián et John Neumeier. Ingrid Lorentzen dirige la compagnie depuis 2012. Avec , la jeune danseuse et chorégraphe manipule un univers torturé dans lequel les protagonistes évoluent comme écrasés sous le poids de la convention. Ainsi, la poignante Régine () refuse la condition que lui destine son père (brillant ) et n’hésite pas, pour cela, à le piétiner furieusement. Des passions destructrices, frénétiques, aux frontières de la folie.

Danseuses et danseurs, d’une rare précision, ne cessent d’enchaîner de virtuoses pas de deux (peut-être trop nombreux !), entre portés enlevés et expressions tourmentées. Mention spéciale à la mûre (Mme Alving et mère d’Oswald) qui transpire d’érotisme et de non-dits. Les solos et duos s’enchaînent et nous plongent dans l’univers du refoulé. Les corps s’accentuent et les visages se crispent, comme celui du fils malade qui souffre, excellemment interprété par . Les bras s’enroulent, passent sous et entre les jambes, les colonnes se courbent. Mais cet amour interdit irrite et déclenche un débat houleux, au cours d’un repas rythmé par le vacarme des couverts. Alliée à la metteur en scène , fait s’exprimer des êtres silencieux, éteints, mais dont la limpidité de mouvements emporte le spectateur.

Les décors minimalistes, ponctués par des entrées et sorties de tables ainsi que des chaises traînées au sol, ajoutent une touche de fatalisme à ce quotidien d’une tension déjà palpable. Porté par le trompettiste norvégien Nils Petter Molvaer et , Ghosts s’écoute comme une pulsation de vie entrecoupée d’éléments électroniques plus ou moins judicieux. Une pièce puissante, impitoyable, mais dont le propos chorégraphique semble trop évident. Comme si la forme, forte en émotions, n’arrivait pas à prendre le pas sur le fond, indigeste.

Crédits photographiques © Erik Berg ; Vidéo © Den Norske Opera & Ballett

 

 

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