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Albert Herring à Munich, comédie amère

La Scène, Opéra, Opéras

Munich. Cuvilliés-Theater. 6-IV-2016. Benjamin Britten (1913-1976) : Albert Herring, opéra comique en trois actes sur un livret d’Eric Crozier. Mise en scène : Róbert Alföldi ; décor : Ildikó Tihanyi ; costumes : Fruszina Nagy. Avec : Miranda Keys (Lady Billows) ; Deniz Uzun (Florence Pike) ; Anna Rajah (Miss Wordsworth) ; Johannes Kammler (Mr. Gedge) ; Joshua Owen Mills (Mr. Upfold) ; Igor Tsarkov (Superintendent Budd) ; John Carpenter (Sid) ; Peter Nekoranec (Albert Herring) ; Marzia Marzo (Nancy) ; Ann-Katrin Naidu (Mrs. Herring)… Orchestre national de Bavière ; direction : Oksana Lyniv.

Albert_Herring_Marzo_Carpenter_Nekoranec_c__W.Hoesl__9C2A0760Britten côté comédie pour les jeunes chanteurs du studio de l’Opéra de Munich.

On n’a pas fini d’explorer encore et encore les infinies richesses du répertoire lyrique du XXe siècle, mais il faut bien reconnaître que ce n’est pas la comédie qui y tient le rôle principal. Dans l’œuvre de Britten même, ce sont les destins tourmentés des marins Budd et Grimes ou les maléfices du Tour d’écrou qui sont le plus souvent mis en avance. Tous ceux qui connaissent Albert Herring, pourtant, savent bien que Britten, avec son sens aigu du théâtre, maîtrisait l’art de la comédie aussi bien que celui du fantastique ou du drame. Les Français avaient pu découvrir l’œuvre il y a quelques années dans la production un peu fade de Richard Brunel à Rouen et à l’Opéra-Comique, mais l’occasion de revoir l’œuvre était trop belle pour que nous passions à côté de la nouvelle production créée par l’Opéra de Munich pour les jeunes chanteurs de son studio lyrique, production créée au très rococo Cuvilliés-Theater avant de partir en tournée dans la province bavaroise.

Comédie, donc : le metteur en scène , un des nombreux artistes victimes de la tournure autoritaire du régime hongrois, ne se fait pas prier pour faire rire les spectateurs, avec un sens certain de la mesure qui évite la facilité, même si le temps limité accordé à de telles productions explique quelques déficiences dans la finition du spectacle (y compris avec un décor un peu trop cheap). Il aurait par exemple fallu mieux contrôler Miranda Keys, qui en fait trop faute de maîtriser vraiment son personnage – elle en fait du reste aussi trop musicalement, ce qui est particulièrement douloureux depuis le premier rang de ce petit théâtre. Mais Alföldi n’ignore pas que ce qui a passionné Britten dans cette version très personnelle d’une nouvelle de Maupassant, c’est le personnage d’Albert : simple, innocent, sans doute, mais surtout marginal et comme tel souffrant, comme Peter Grimes, comme Owen Wingrave. , sous la direction inspirée d’Alföldi, est un benêt amusant, mais l’éveil à la conscience de soi, la révolte qui en découle, sa manière d’en assumer les conséquences, tout ceci est bouleversant, sans qu’on puisse distinguer ici la performance d’acteur de l’interprétation musicale.

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Le reste de la distribution n’est pas intégralement du même niveau, et il est largement dominé le couple formé par les amis d’Albert, et surtout , découverte un an plus tôt dans Le comte Ory au même endroit : elle joue avec délicatesse l’équilibre délicat entre sensualité et réserve, et sa voix chaude est capable de belles nuances d’émotion. Moins sympathique, Florence, la commère qui sert de gouvernante à la dame patronnesse du lieu, est interprétée par : une voix de mezzo aux profondeurs inquiétantes, idéalement placée au service d’un personnage sûr de la supériorité que donne la vertu. Dans la fosse, on retrouve , assistante de Kirill Petrenko, à la tête d’une petite quinzaine de solistes de l’orchestre de l’opéra : sans atteindre aux délices subtils que peuvent offrir les opéras de chambre de Britten, sa direction est efficace et rend service par sa clarté aux jeunes chanteurs qui reçoivent d’elle tout le soutien nécessaire.

Photos : (c) W. Hoesl

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