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Henri Dutilleux : le récit d’une vie par Pierre Gervasoni

À emporter, Biographies, Livre

Henri Dutilleux. Pierre Gervasoni. Editions Actes Sud / Philharmonie de Paris. 1792 p. 49 €. 2016.

 

9782330057725Signée , cette volumineuse biographie d’ est sortie le 22 janvier 2016, jour anniversaire du compositeur qui aurait eu 100 ans. Précisons-le d’emblée. Il ne s’agit pas d’un ouvrage musicologique. On y trouvera ni catalogue ni regards sur l’œuvre, mais l’histoire du compositeur, le récit au présent de son existence, scrutant les moindres détails de son quotidien, avec la ferme détermination, celle de son auteur, de « ne rien écrire qui ne soit attesté par des documents ».

C’est dire l’ampleur des recherches et la somme des archives consultées (nationales, départementales, municipales, militaires, fonds privés, correspondance…) pour nourrir un récit attachant autant que passionnant de quelques 1600 pages, mené aux côtés du compositeur durant sept ans.

« Un roman où tout est vrai »

Au fil d’une plume alerte et déliée où, comme dans un roman, l’auteur se met dans la peau de son personnage, nous raconte, témoignages d’époque à l’appui, ce que fut la vie du musicien, de sa naissance à Angers à ses premières études au Conservatoire de Douai ; puis au Conservatoire de Paris où Dutilleux se plie aux études académiques (harmonie et écriture avec Jean et Noël Gallon) sans déchoir, jusqu’à la cantate du Prix de Rome. C’est l’aboutissement de ses études de composition avec Henri Busser, couronnées en 1938 par un premier Grand Prix. Mais au lieu des trois ans réglementaires, la « promo » 38, victime de la conjoncture européenne, ne restera que quatre mois à la Villa Medicis. Le retour à Paris est aussi le début de la carrière d’, compositeur reconnu par ses pairs, qui va se frayer sa propre voie, en marge des avant-gardes (il ne sera jamais joué par Le de ) comme de l’académisme, envers lequel il prendra toujours ses distances.

L’ivresse baudelairienne

Si les commandes – des orchestres parisiens comme des plus grandes phalanges des États-Unis – et les chefs d’œuvre affluent, des premières symphonies aux Métaboles (1965), du Concerto pour violoncelle Tout un monde lointain (1970) à son unique quatuor à cordes Ainsi la nuit (1976), on sent également le compositeur se laisser progressivement happer par les sollicitations d’une vie publique plus que remplie, « au risque de voir son activité créatrice broyée par les rouages du temps » écrit Pierre Gervasoni : dix-sept ans de patience infligés à (chef d’orchestre et généreux mécène zurichois) avant d’honorer sa commande pour orchestre ! Une invitation de pour le Palais Garnier déclinée, comme celle de pour l’EIC. Entre vernissage d’amis peintres, remise de médailles et de prix, tournées à l’étranger avec ses propres œuvres – et le très cher Slava qui porte son Concerto de par le monde – Dutilleux, perfectionniste jusqu’à l’obsession, peine à terminer ses œuvres (son concerto pour violon L’arbre des songes, commandé par ) mais ne lâche jamais la bride. S’il n’a pas pu concevoir d’opéra, son désir d’écrire pour l’orchestre et la voix s’impose comme une nécessité dans les dix dernières années de sa vie. Il composera en 2003 Correspondances pour la voix de et Le Temps l’horloge (2007) pour celle de René Fleming, qu’il ira écouter dans Thaïs, au Théâtre du Châtelet en 2007, à chacune des représentations ! Aux trois premières mélodies sur des poèmes de Jean Tardieu et Robert Desnos, Henri Dutilleux ajoute deux plus tard le poème de Baudelaire Enivrez-vous. « Il faut être toujours ivre. Tout est là, c’est l’unique question », chante la diva sur la scène du Théâtre des Champs Élysées, dans l’ultime œuvre d’un compositeur qui, sa vie durant, semble avoir fait sienne la devise du poète.

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  • Catherine Gaudin

    J’ai eue l’honneur de m’occuper de Mr Henry Dutilleux car il était venu à la maison de retraite orpea à Marly le roi en 2013 il a fait un séjour d’un mois c’était un homme discret.gentil . Je ne le connaissais pas beaucoup il était humble

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