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L’art des bruits de Filidei

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Francesco Filidei (né en 1973) : Concertino d’Autunno pour flûte à bec, violon et cinq instruments ; L’Opera forse sur un texte de Pierre Senges, huit sketches pour six instruments et récitant ; Puccini alla caccia, pour huit joueurs d’appeaux. Eric Crambes, violon ; Jean-Philippe Grometto, flûte ; Pierre Senges, récitant ; Ensemble 2e2m ; direction Pierre Roullier. 1 CD L’Empreinte Digitale. Enregistré au studio Sequenza en novembre 2015. Durée : 46′

 

stacks_image_2135« C’est poétique un oiseau, c’est musical » confie le narrateur dans L’Opera (forse) de ; tout comme ces deux appeaux qui font la couverture du premier CD monographique du compositeur pisan.

Esprit frondeur et pétri d’humour, Filidei aime peupler son univers sonore des rumeurs de la nature, confiant aux instrumentistes – l’ qui l’a reçu en résidence en 2015 – nombre d’appeaux, instruments-jouets et autre rhombe délicatement bruités qui enchantent les trois œuvres de cet enregistrement.

Concertino d’Autunno est une sorte d’« exercice d’admiration » envers Vivaldi que Filidei semble reconnaître comme son ascendance musicale. L’œuvre-palimpseste reprend les trois mouvements de L’Automne, troisième concerto des Quatre saisons du Vénitien, que Filidei fait revivre à sa manière et dans son univers singulier: c’est une musique de plein-air, toujours, où tout bruit, s’agite et oscille au sein d’une matière vibratile et colorée. À côté de la flûte à bec, le violon solo laisse parfois émerger quelques bribes du concerto bien vite submergées par le monde bruité alentour.

L’Opéra (forse) met en synergie le texte savoureusement décalé de et le monde animalier de . Les huit sketches en un acte font alterner les interventions du lecteur ( lui-même) et les moments de théâtre sonore où les six musiciens mettent à l’œuvre leurs petites « machines à bruit » aussi colorées que réactives. Appeaux, rhombes, bouteilles, « glouglouteurs » et autre crécelle se donnent la réplique ; la texture sonore y est toujours vibrante, sensible et délicieusement suggestive pour donner à cette féérie mi-drôle mi-cruelle une aura de merveilleux.

Il n’y a aucun instrument traditionnel dans Puccini alla caccia (Puccini à la chasse) où le compositeur de La Bohème est évoqué au sein de la nature, en train de chasser sur ses terres de Torre del Lago. Gazouillis, pépiements, coup de feu, cris de volatiles et joyeux charivari d’oiseaux animent cette partie de chasse, drôle en même temps qu’étrange. Tout y est dûment organisé, rythmé voire même siffloté, comme cet air de Madame Butterfly qui affleure sous l’action des petites flûtes à coulisse.

Familiers de l’écriture du compositeur qu’ils accompagnent depuis plusieurs années, les musiciens de 2e2m ont acquis un savoir-faire et une virtuosité imparables au sein de l’instrumentarium atypique de Filidei. On ne saurait mieux servir l’esprit d’une musique ludique autant que poétique.

 

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