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Une biographie à la mesure de la radicalité de La Monte Young

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La Monte Young, inside of sounds. Jacques Donguy. Editions Aedam Musicae. 248 p. 24€. 2016.

 

Les Clefs d'Or 2016

La Monte YoungConsidéré souvent comme le « père des minimalistes », n’est pas le musicien le plus connu de ce courant. Et il est surtout beaucoup plus qu’un minimaliste. Ce que s’attache à démontrer ici Jacques Donguy dans une biographie très riche sur le plan documentaire.

Souvent considéré comme l’aîné des minimalistes (Terry Riley, Philip Glass, Steve Reich ou John Adams), est paradoxalement sans doute le moins connu et le moins écouté d’entre eux. Né en 1935, c’est un personnage aussi atypique que radical dont le livre suit l’évolution pas à pas depuis l’enfance presque sauvage au bord d’un lac dans l’Utah, aux Etats-Unis. Très vite les notions de répétition, mais plus encore les notes tenues, vont s’imposer comme des axes de ses années de formation musicale pendant lesquelles il se nourrit aussi bien de musique classique que de jazz et surtout de blues et de musique indienne. Ses premiers pas oscillent entre sérialisme et minimalisme. Il s’intéresse à Schoenberg et à Webern et compose sa première œuvre, Five Small Pieces for String Quartet, en utilisant la méthode dodécaphoniste. Mais il commence à développer ses propres idées et notamment la technique des sons tenus un long moment : son Trio for strings de 1958 est souvent considéré par les musicologues comme le début d’une nouvelle direction dans la musique. On peut encore noter que La Monte Young se rendra à Darmstadt pendant l’été 1959 et qu’il y rencontrera Stockhausen et y étudiera les textes et la musique de John Cage. Il s’installe par la suite à New York où il sera notamment le directeur musical des concerts dans le loft de Yoko Ono. En 1962 il rencontre celle qui allait devenir sa compagne et aussi sa grande partenaire de travail, Marian Zazeela. Il s’intéresse alors beaucoup aux techniques de bourdon (appelé drone, qui permet de structurer la musique autour d’un point fixe) et à la question des hauteurs de notes. Autre rencontre essentielle, celle du grand chanteur indien Pandit Pran Nat, avec lequel lui et Marian Zazeela cohabiteront de nombreuses années. Fort de toutes ces recherches, de toutes ces explorations et de ces compagnonnages, La Monte Young va en venir à ses deux œuvres les plus célèbres, le Well-tuned Piano et la Dream House. Le premier est né en 1964 et utilise un piano réaccordé. La Monte Young l’a interprété des dizaines de fois, dans des versions toujours différentes, lors de véritables performances. Il pose avec cette œuvre la question de l’intonation juste qui s’oppose au système où l’octave est divisée en douze notes. Le musicien veut travailler sur des œuvres qui se développent et évoluent de façon organique. Autres réalisations célèbres du compositeur, les Dream Houses que l’on peut considérer comme le point culminant des efforts de Young pour transcender l’aspect temporel de la musique.

Jacques Donguy travaille à partir d’une documentation extrêmement riche et d’entretiens qu’il a eus avec La Monte Young. Il rend bien compte de tout le contexte de l’artiste, les rencontres, les amis, les mouvements artistiques. On pourrait peut-être lui reprocher de proposer un récit touffu, pas toujours écrit avec soin. Il faut néanmoins retenir qu’il a le grand mérite de dresser un portrait riche de ce musicien peu joué et dont les enregistrements sont difficilement accessibles pour la plupart. Il permet aussi au lecteur de prendre la mesure des questions fondamentales posées par La Monte Young et de percevoir sa possible influence sur les musiciens contemporains.

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