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Marc Coppey et Liana Gourdjia dans un étonnant duo de cordes

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Seilh (31). Orangerie du château de Rochemontès. 10-IV-2016. Eugène Ysaÿe (1858-1931) : Sonate n° 5 pour violon seul ; Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Suite n° 3 en Ut majeur BWV 1009 pour violoncelle seul ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Duo pour violon et violoncelle en Sol majeur K. 423 ; Maurice Ravel (1875-1937) : Sonate pour violon et violoncelle. Liana Gourdjia, violon ; Marc Coppey, violoncelle.

Sonate RavelDepuis 2012, les concerts de l’Orangerie du Château de Rochemontès, dominant la Garonne à un jet de pierre de Toulouse, accueillent la fine fleur des musiciens chambristes dans des programmes rares et originaux. C’était à nouveau le cas pour ce 18e concert où et se produisaient dans une configuration violon-violoncelle peu usitée.

avait laissé de fort bons souvenirs en ce lieu intime avec un mémorable récital solo en janvier 2013 où il avait ébloui le public notamment avec la difficile Sonate en si mineur op. 8 de Kodály.

Avec un programme peu commun et d’une belle imagination, la violoniste prodige russe et le grand violoncelliste, au sommet de son art, savent établir, ensemble comme en alternance, un dialogue musical des plus riches, sur les seules cordes.

commence par une interprétation solaire de la 5e sonate en Sol majeur d’. C’est en 1923 que le compositeur belge se lance dans un cycle de six sonates pour violon seul, en hommage à Bach, dont les Sei solo commencent à être jouées et connues du public grâce à Joseph Szigeti, Adolf Busch, Georges Enesco et Yehudi Menuhin, qui fut le premier à les enregistrer. Ysaÿe dédia chacune des sonates à un violoniste virtuose de son époque, dont la 5e à son élève préféré Mathieu Crickboom, qui était aussi son partenaire de quatuor. De cette œuvre virtuose qu’elle habite avec autorité, Liana Gordjia restitue la ligne poétique où le chant est porté par d’impressionnants pizzicati de la main gauche, donnant l’impression d’entendre plusieurs violons à la fois. La seconde partie en forme de danse populaire évoque Bartók.

Marc Coppey entonne pour sa part la 3e suite en ut majeur de Jean-Sébastien Bach, soit le cœur et le sommet absolu du répertoire pour violoncelle. Dès la vaste gamme descendante du prélude, où transparaît la signature B.A.C.H., on est dans le chant à l’état pur. Tout en dynamique et en énergie rythmique, cette suite de six mouvements de danse est à la fois jubilation, élévation et l’expression d’une grandeur. Marc Coppey, qui la fréquente depuis sa prime jeunesse, en connaît les moindres articulations qu’il restitue selon une respiration naturelle. Cette musique considérée comme austère, parle à l’âme et la sonorité chaude et profonde de son Gofriller de 1711, nous la rend intime.

Depuis que Pablo Casals en a fait le pain quotidien de tout violoncelliste, ces pièces ont acquis une célébrité justifiée, mais des applaudissements entre les premiers mouvements de danse, démontrent un appréciable renouvellement du public.

Une sonate à tomber

Les deux instrumentistes se rejoignent dans une pièce rare de Mozart, le Duo en Sol majeur KV 423. Il s’agit du premier des deux duos pour violon et alto que Mozart composa pour aider son ami Michaël Haydn, qui peinait à achever un cycle de six duos commandés par l’archevêque de Salzbourg Colloredo. Marc Coppey en a réalisé la transcription pour violoncelle. Cette aimable et légère transition, composée d’un vif allegro, puis d’un tendre adagio avant un rondo brillant, exprime le soulagement de Mozart libéré en 1783 de l’archevêque honni et quittant sa ville natale détestée. On apprécie l’adagio très chantant où la basse répond au dessus avant de continuer ensemble dans une mélodie commune.

Mais la pièce maîtresse de ce récital est sans aucun doute la Sonate pour violon et violoncelle de Ravel composée entre 1920 et 1922. À partir d’une contribution à un Tombeau pour Debussy, il élabora un chef-d’œuvre visionnaire, qui fut incompris lors de sa création par Hélène Jourdan-Morhange et Maurice Maréchal. Cette sonate fut qualifiée de « musique ardue, désagréable, sèche, crispée, rébarbative, hargneuse et vindicative », alors que dans sa seconde manière, Ravel entendait rendre hommage à de nombreux amis disparus dans la guerre. Les pizzicati du 2e mouvement évoquent brièvement le Quatuor avant que l’inquiétude et la violence ne préfigurent la noirceur de Chostakovitch. Cette écriture moderne et audacieuse, qui recèle de nombreuses dissonances, a pu heurter, bien qu’elle se situe pleinement dans l’esprit du temps où le monde venait de vivre une effroyable catastrophe. Violon et violoncelle rivalisent de sonorités étranges pour exprimer la douleur et la colère. Le 3e mouvement n’offre qu’un calme trompeur, comme le final cache une inquiétude profonde derrière un début faussement rassurant. Marc Coppey et Liana Gourdjia offrent une interprétation superlative de cette œuvre difficile et dérangeante, que l’on entend rarement.

Captivé par la performance, le public a répondu par une écoute des plus attentives avant de remercier comme il se doit les deux instrumentistes.

Crédit photographique : DR

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