tous les dossiers(1)

La radicalité de Maguy Marin entre à l’Opéra Garnier

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Danse. Paris, Opéra Garnier. Ballet de l’Opéra national de Paris : Les applaudissements ne se mangent pas (entrée au répertoire). Chorégraphie : Maguy Marin (2002). Musique : Denis Mariotte. Costumes : Maguy Marin, transmis par Monserrat Casanova. Décors : Ulises Alvarez, Maguy Marin, Denis Mariotte. Lumières : Alexandre Bénéteaud. Assistant de la chorégraphe : Ennio Sammarco. Ingénieur du son : Antoine Garry. Avec Caroline Bance, Christelle Granier, Laurence Laffon, Emilie Hasboun, Vincent Chaillet, Nicolas Paul, Alexandre Carniato et Simon Le Borgne.

Les applaudissements ne se mangent pas, pièce de de 2002, entre au répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris. Une signature radicale que les huit interprètes choisis pour ce projet endossent avec conviction et engagement.

Plus de 25 ans après Leçons de ténèbres, créée en 1987 à l’invitation de , la chorégraphe donne une nouvelle pièce au . Les applaudissements ne se mangent pas a été créée en septembre 2002 à la Biennale de danse de Lyon en écho aux révoltes populaires qui se sont dressées contre les dictatures sud-américaines.
C’est une danse de la tension que Maguy Marin installe au cœur de cette pièce : marches, courses, immobilisations, accélérations brutales insufflent un rythme dense et oppressant. La chorégraphe teste aussi dans cette création le principe de disparition qu’elle déploiera dans ses pièces ultérieures, en jouant avec les bandes de plastique colorées des rideaux qui encadrent la scène. Les danseurs entrent et sortent précipitamment à cour ou à jardin, disparaissant parfois, comme « effacés » par le fond de scène.
Ce décor aux couleurs gaies, censé évoquer les rideaux pendus devant les portes de toutes les maisons en Amérique latine, est en effet prétexte à l’exploration des rapports de force et de l’atmosphère qui régnaient dans les régimes autoritaires du continent sud-américain. Suspicion, intimidation, question, torture et oppression sont quelques uns des avatars de ces dictatures, ici magistralement peintes sous une forme radicale et dénonciatrice.

Pour en incarner à la fois les victimes et les bourreaux, huit danseurs occupent le vaste espace de Garnier une heure durant. Ces quatre hommes et quatre femmes témoignent d’une concentration, d’une tension physique dont ils jouent à l’extrême, dans les regards fixes ou les arrêts soudains. Voisins, amis, au sein même du couple ou d’un village, à qui peuvent-ils faire confiance ? Qui est prêt à les espionner, à les dénoncer ou à les arrêter ?

Ces questionnements, ce doute, sont le message clé de ce spectacle devenu universel avec la multiplication des régimes autoritaires sur la planète. Salutaire, il fascine de bout en bout par sa force de conviction. Radical, il témoigne d’un engagement sans faille de la chorégraphe contre la violence et les barbaries. Cependant, on peut regretter que la dramaturgie un peu répétitive ne propose pas de s’attacher à une figure ou un personnage, qui sortirait de l’anonymat du groupe et susciterait de l’empathie de la part du spectateur.

Photo : © Laurent Philippe / Opéra national de Paris

Banniere-abecedaire728-90-resmusica-janvier16

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.