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Curlew river à l’opéra de Dijon

La Scène, Opéra, Opéras

Dijon. Grand Théâtre. 26-IV-2016. Benjamin Britten (1913-1976) : Curlew river, parabole d’église sur un livret de William Plomer. Mise en scène : Guillaume Vincent. Scénographie : Pierre-Guilhem. Lumières : Kelig Le Bars. Costumes : Fanny Brouste. Avec : James Oxley, la Folle ; Benjamin Bevan, le Passeur ; Johnny Herford, le Voyageur ; Vincent Pavesi, l’Abbé ; Chœur de l’opéra de Dijon (chef de chœur : Anass Ismat) ; Maîtrise de Dijon ; Marine Thoreau La Salle, orgue ; Guillaume Têtu, cor ; Chloé Ducray, harpe ; Gille Deliège, alto ; Anne Romeis, flûte ; Émilie Legrand, contrebasse ; Pierre Olympieff, percussions ; direction : Nicolas Chesneau.

IMG_3139 Curlew River c Gilles Abegg Op+®ra de DijonC’est l’un des chefs-d’œuvre de Britten que propose l’opéra de Dijon, avec une réussite certaine.

Le théâtre de la pitié… C’est la quintessence du génie de Britten. La pitié pour les faibles et les malheureux, qui animait le créateur, trouve en Curlew river l’une de ses plus hautes expressions (cf. notre dossier). L’œuvre est fréquemment reprise sur scène, mais elle était prévue pour des conditions très particulières et impératives. Il ne s’agit pas d’un opéra, mais d’une parabole jouée par des moines dans leur église. S’il s’agissait d’un opéra, d’une simple adaptation d’un nô, nous serions certes tout aussi bouleversés. Et c’est précisément le choix que fait le metteur en scène . Il propose une vision résolument simple et réaliste. Il n’utilise ni les costumes rituels ni les masques. Une fois ce parti-pris accepté, la lecture convainc en exploitant la puissance dramatique de l’œuvre.
L’action, concentrée tout autour de la petite fosse d’orchestre, s’ouvre sur l’espace de l’arrière-scène, à certains moments. C’est d’ailleurs à ce dispositif que l’on doit les plus belles visions, lorsque de véritables rapaces traversent la scène.

L’interprétation, mêlant forces locales et chanteurs britanniques, est notablement soignée et nette, bien accordée avec les idées du metteur en scène. Dans le rôle de la Folle, en robe du soir bleue, s’impose par la sobriété et la concentration. Le chant n’est jamais plaintif et le travesti jamais ridicule. C’est une belle performance.
Les autres chanteurs et les choristes se montrent à la hauteur, notamment lors des difficiles ensembles. Il est évident que le chef est l’artisan le plus essentiel de la réussite musicale, guidant les excellents instrumentistes d’une conduite à la fois très assurée et stimulante. On regrette un peu que l’intervention si frappante de l’Enfant soit confiée à plusieurs petits maîtrisiens, même si cela accentue encore la filiation de ce passage avec l’oratorio, un signe supplémentaire que la lecture profane de l’œuvre, bien que valide, est réductrice : on entendrait presque, à ce moment, la fin du Songe de Gerontius d’Elgar !

Crédit photographique : © Gilles Abegg ; opéra de Dijon

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