bandeau Res Musica

Llanto dans le jardin de Federico García Lorca

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Seilh (31) Orangerie du château de Rochemontès. 22-V-2016. « Dans les jardins d’Espagne ». Textes de Federico García Lorca (1898-1936). Musiques de Manuel de Falla (1876-1946) ; Enrique Granados (1867-1916) ; Carlos Guastavino (1912-2000) ; Ariel Ramirez (1921-2010). Arrangement d’une chanson populaire catalane par Miguel Llobet (1878-1938). Magali Léger, soprano ; Laure Urgin, conteuse ; Frédéric Denépoux, guitare.

Trio 1©Céline LamodiUne formule inhabituelle et originale pour ce 19e concert à l’Orangerie du château de Rochemontès, mêlant poésie, mélodie et airs de guitare. C’était d’ailleurs la première d’un récital inédit, concocté par trois grands et beaux artistes, avec l’Institut Cervantès, pour célébrer à leur façon le 80e anniversaire de l’assassinat du poète espagnol Federico García Lorca par les troupes rebelles à la république.

Un récital intimiste qui répond parfaitement à la notion de musique de chambre où les goûts et les beautés se réunissent pour une émouvante ode à la vie. Plutôt que biographique et chronologique, ce voyage initiatique à travers l’œuvre du poète, visite les thèmes de prédilection qui ont nourri son parcours : l’enfance, l’Orient mythique, l’amour, le village et l’Espagne, la mort. Un tel moment dans un jardin romantique aurait eu l’heur de plaire au jeune poète, que ses amis appelaient « le rossignol d’Andalousie », car il était également musicien.

Dès Le récit du pêcheur et les Larmes de la guitare, on est capté par l’empathie de la voix chaude et envoûtante de Laure Urgin à laquelle répondent en écho les mélismes des mélodies de par au timbre clair et d’une grande expressivité.

Ponctuant les récits parlés, accompagnant les mélodies ou interprétant des pièces originales comme des transcriptions de pièces pour orchestre ou pour piano, la guitare de Frédéric Denépoux donne la ligne musicale de ce festival de mots et de notes d’une rare sensibilité.

Classés par thème dans le programme, poèmes et mélodies se succèdent, mais l’on perd vite le fil en se laissant porter par la poésie de Lorca, les accents si expressifs et rayonnants de et le chant parfois plaintif, voire lancinant de la guitare. La belle soprano chante quelques mélodies de Lorca, qui sont traduites avec finesse en simultané par Laure Urgin.

On retrouve un peu l’esprit d’une veillée d’autrefois en famille où l’on racontait des histoires en chantant. Quelques épisodes retiennent plus l’attention ou provoquent un sourire comme la gaieté des quatre muletiers Los cuatro muleros ou ce conte pour les enfants simples avec une poule idiote, qui détestait les œufs. L’émotion est bien sûr au rendez-vous dans le rêve oriental, avec Las morillas de Jaén où le poète confesse son amour : « J’aime trois petites mauresques Aïcha, Fatima et Marien ».

Au bout du parcours, la mort intervient de façon prématurée avec la fin tragique du poète. Elle est évoquée par L’hommage au tombeau de Debussy de et le bouleversant Llanto por Ignacio Sanchez Mejia, ce grand torero mort dans l’arène « a la cinque de la tarde ».

Frédéric Denépoux conclut le récital par la célèbre pièce virtuose et colorée d’, Asturias.

Conquis, le public en redemande et les artistes lui concèdent en rappel le superbe air La Rosa y el sauce du compositeur argentin Carlos Guastavino, au risque d’une perte de sens car on ne saurait rajouter quoi que ce soit après la mort.

Crédit photo © Céline Lamodi

Baniere-clefsResMu728-90-2b

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.