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Inauguration du Viale dei Canti à l’Institut culturel italien

Concerts, Expositions, La Scène

Paris. Institut culturel italien. 26-V-2016. Viale dei canti par Giuseppe Caccavale et Stefano Gervasoni. Luigi Nono (1924-1990) : La fabbrica illuminata pour voix féminine et électronique. Stefano Gervasoni (né en 1962) : Fu verso o forse fu inverno pour mezzo-soprano, piano et électronique. Monica Bacelli : mezzo-soprano ; Giulio Biddau : piano ; Alvise Vidolin et Marco Liuni, électronique en temps réel.

IMG_0175Le Viale dei Canti, œuvre visuelle et sonore qui occupe l’une des façades de l’allée de l’Hôtel de Galliffet donnant sur la rue de Grenelle à Paris, vient d’être inauguré.  La cérémonie a donné lieu à un concert inaugural avec une création de .

Le Viale dei Canti : oeuvre d’art multimodale 

Situé au cœur du faubourg Saint-Germain, l’Hôtel Galliffet, maison de l’Italie à Paris depuis 1909, abrite aujourd’hui le Centre culturel italien. Ce dernier a lancé plusieurs projets de rénovation de cette magnifique bâtisse pour valoriser son architecture néoclassique. Le 13 juin s’ouvrira une exposition expérimentale de neuf projets architecturaux – Les ali ritrovate dell’Hotel de Galliffet – proposant une reconstitution de deux ailes perdues du bâtiment. Pour l’heure, c’est le mur extérieur qui longe l’allée d’entrée de l’Institut – le Viale dei Canti – que l’on inaugurait, aboutissement d’un grand chantier visuel et sonore long de 50 mètres, mené par le plasticien concepteur Giuseppe Caccavalo – qui a représenté l’Italie à la 56e Biennale de Venise – et le compositeur , professeur au CNSMDP de Paris.

Ce projet destiné à faire vivre la pierre a consisté d’abord à y graver les vers du poète Giacomo Leopardi – Canto notturno d’un pastore errante dell’Asia – ainsi que quatre compositions lyriques des poètes Alfonso Gatto, Leopardo Sinisgalli, Lorenzo Calogero et Bartolo Cattafi. Le travail a été exécuté selon l’ancienne technique d’art mural du « spolvero » et en utilisant les caractères Tallone. Un bref documentaire, projeté en avant concert et relatant les étapes de la réalisation, éclaire cette technique spécifique de gravure. Imaginé par Stefano Gervasoni et les deux réalisateurs informatiques Marco Liuni et Alvise Vidolin, le « sillon sonore » – dispositif interactif de diffusion encastré dans le mur et connecté avec l’intérieur de l’Institut – n’est pas moins sophistiqué. Le matériau sonore enregistré est celui des voix et des bruits du chantier d’installation auquel se mêle la voix de disant les vers des poètes. Un système de réélaborations électroacoustiques basées sur un algorithme engendre de nouvelles combinaisons du matériau à chaque passage. Autant d’éléments pour enchanter les sens et l’intellect du promeneur dans ce Viale dei Canti, nouvelle oeuvre d’art multimodale de l’Hôtel Galliffet.

Stefano gervasoni

Concert inaugural et création

Le concert qui a lieu dans les murs de l’Institut est diffusé en extérieur et en direct à travers les haut-parleurs du Viale. La mezzo-soprano y interprète en première partie La Fabbrica illuminata de , une pièce écrite en 1964 pour voix et bande magnétique. L’œuvre dédiée « aux ouvriers de la Italsider de Gênes » était prévue pour la Biennale de Venise. Elle fut censurée par la direction de la RAI en raison de son contenu fortement politisé et de ses offensives contre le gouvernement de l’époque. Pour ce compositeur engagé, l’électronique est une arme pour la lutte. En confrontation permanente avec la bande, la voix parlée et chantée s’inscrit sur fond de révolte sociale, Nono optant pour un son « sale » et saturé qui investit l’espace d’une couleur grise et industrielle très suggestive. Sur scène, Monica Bacelli est impressionnante, utilisant les registres extrêmes de sa voix avec une virtuosité confondante.

Pour la circonstance, Stefano Gervasoni a écrit un cycle de six mélodies, Fu verso o forse fu inverno, pour voix, piano et électronique donné en création mondiale par Monica Bacelli. Les poèmes sont ceux de Lorenzo Calogero dont les vers sont gravés sur le Viale. Accompagnée par le piano de , la voix traitée en direct dialogue parfois avec son double électronique. Échos et murmures provenant de l’intérieur du piano – des excitateurs ont été posés sur la table d’harmonie – modifient constamment l’espace de résonance et multiplient d’autant les couleurs. L’imaginaire sonore du compositeur est à l’œuvre dans ces miniatures où la ligne mélodique, facétieuse et toujours séduisante, cerne au plus près les mots du poète. Sur sa dernière phrase répétée en boucle, la chanteuse invite le public à sortir, les sons de l’extérieur se fondant alors avec ceux de l’intérieur par la magie de l’électronique.

Crédits photographiques : DR et Stefano Gervasoni (c)  Michel Nicolas

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