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Furieuse Olympie de Spontini au Théâtre des Champs-Elysées

Concerts, La Scène, Opéra

Paris. Théâtre des Champs-Elysées. 3-VI-2016. Gaspare Spotini (1774-1851) : L’Olympie, Opéra en trois actes, livre d’Armand-Michel Dieulafoy et Charles Brifaut, d’après Voltaire. Version de concert. Avec : Karina Gauvin, Olympie ; Kate Aldrich, Statira ; Mathias Vidal, Cassandre ; Josef Wagner, Antigone ; Patrick Bolleire, L’Hiérophante ; Philippe Souvagie, Hermas, Un Prêtre. Vlaams Radio Koor, Le Cercle de l’Harmonie, direction musicale : Jérémie Rhorer

KG_LogeCréée au bien nommé Théâtre Italien de Paris en 1819, cette Olympie de proposée par le Palazzetto Bru Zane, peint à grands traits les amours tumultueuses de la fille d’Alexandre le Grand, dissimulée sous le patronyme d’Aménaïs, avec son sauveur Cassandre.

L’improbable livret d’Armand-Michel Dieulafoy et Charles Brifaut reprend l’essentiel d’une pièce de Voltaire, dont l’écriture dramatique ne passe pas pour être très passionnante. Le nom des deux rivaux masculins (Cassandre et Antigone) constitue à eux seuls un puissant motif de confusion… De péripéties en révélation, l’intrigue roule sur une série d’épisodes tragi-comiques qui voient Cassandre faussement accusé par Statira, la veuve d’Alexandre reconvertie en prêtresse de Diane, d’avoir assassiné Alexandre. Heureusement, Antigone finira par avouer son forfait et le couple pourra célébrer son bonheur.

À grands renforts de marches harmoniques et de cuivres écrasés, la musique de Spontini cède volontiers quelque porosité à des élans aussi vifs que martiaux. La ferblanterie générale de ce romantisme « primitif » se mêle au goût de l’époque pour les tragédies antiques avec toges et cothurnes. C’est sans doute dans l’urgence de l’action et la fougue des caractères que se situe le meilleur de l’écriture musicale de Spontini. Rien d’étonnant à ce que la première partie offre à la battue anguleuse de Jérémie Rohrer un vaste terrain de jeu. Les rythmes hérissés s’y chevauchent jusqu’à mettre en péril l’équilibre général (Ô trahison ! Serments perfides!).

L’épaisseur et la nervosité des cordes compense largement les cors naturels du Cercle de l’harmonie, souvent gênés aux entournures dans les nombreux passages à découvert et la direction très tendue de . Peu flattée par l’écriture, la petite harmonie tire brillamment son épingle du jeu dans les moments plus attendris qui se déploient en seconde partie.

Le plateau vocal compense ces impressions en demi-teintes, notamment grâce à la Statira très véhémente et incarnée de . La mezzo américaine se joue d’un medium assez neutre pour darder ses aigus vengeurs et furieux. L’Olympie de Karine Gauvin aura besoin de la première partie pour apprivoiser une ligne vocale jusqu’alors très retenue et prudente. Les aigus très déliés de son « Quand je retrouve une mère chérie » illuminent la conclusion heureuse de l’ouvrage. Les voix masculines sont dominées par le Cassandre de , remplaçant au pied levé Charles Castronovo, annoncé souffrant. L’engagement et le caractère très sanguin font merveille dans ce rôle ambigu d’amoureux transi puis réhabilité. Le Grand-Prêtre de tonne avec des accents assez bienveillants, tandis que signe un Antigone un peu engorgé dans les ornements mais très puissant et autoritaire. Le Vlaams Radio Koor complète de bien belle façon l’écrin vocal de cette Olympie qui n’attend désormais qu’une version scénique pour s’imposer durablement.

Crédits photographique : (c) Michael Slobodian

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