tous les dossiers(1)

Patricia Petibon illumine l’Opéra royal de Versailles

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital, Opéra

Versailles. Opera royal. 14-VI-2016. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Dì, cor mio, quanto t’amai (Alcina), Volate amori (Ariodante), Piangerò la sorte mia (Giulio Cesare), Neghittosi, or voi che fate? (Ariodante), Ah! Mio cor (Alcina) Ouverture d’Ariodante, HWV 33 lascia ch’io pianga (Rinaldo) Chaconne extrait de Terpsichore, HWV 8b Tornami a vagheggiar (Alcina)Concerto grosso in B flat major, Op. 3, n. 2, HWV 313, Vivace, Largo, Allegro, Moderato, Allegro. Francesco Maria Veracini (1690-1768) : Ouverture VI in G minor – Allegro, Largo, Minuetto, Allegro ; Antonio Vivaldi (1678-1741) : Sinfonia in C major extrait de La Senna festeggiante, RV 693, Allegro, Andante molto, Allegro molto. Patricia Petibon, soprano. Venice Baroque Orchestra.

Petibon-Patricia-03En choisissant de composer cette soirée « Haendel à l’opéra » avec des extraits d’Alcina et Ariodante, se rappelle au bon souvenir d’une partie du public, présente à Aix lors des dernières éditions du festival.

Difficile en effet d’oublier la performance de la soprano dans deux rôles emblématique du répertoire baroque. Les lamentations amoureuses qui composent ce programme tiennent moins à une sentimentalité éruptive qu’à un épanchement d’âme dont Haendel a su concentrer l’intensité au moyen d’une virtuosité élégante.

Il serait sévère de rabaisser les inoffensifs rinceaux de la 6e ouverture de Francesco Maria Veracini à la fonction de passe-plat mais ils ne font qu’aiguiser l’impatience du public à voir entrer en scène la soprano. Elle apparaît enfin pour un implorant « Di, cor mio » qu’adresse Alcina à son Ruggiero. Attentive à soigner la longueur des lignes, les respirations se font discrètes et font la part belle, comme toujours chez , à un art consommé du théâtre vocal. Le « Volate amori » d’Ariodante la pousse davantage dans ses retranchements mais elle sait négocier les risques en marquant d’un coup de talon un ornement soudain trop rétif dans l’aigu.

Après une sinfonia initiale de la Sena festeggiante de Vivaldi menée grand train par le , deux accords hésitants au clavecin servent d’introduction au « piangerò » de Giulio Cesare. Abordé un rien trop lentement dans la première partie, la voix trouve ses marques après les accents furibonds de la section centrale. La tragédienne perce sous le masque de l’amante blessée et le cri qu’elle lance plonge la salle dans un silence éloquent. Ariodante et son brillant « Neghittosi, or voi che fate » conclut les débats dans l’impétuosité de ses gammes et ses aigus étourdissants.

L’éclat et la tristesse du Concerto Grosso en si bémol majeur de Haendel sert d’écrin au sommet de la soirée, le célèbre « Ah, mio cor » qu’Alcina adresse à son amant pour lui reprocher sa trahison. L’actrice Petibon signe ici une réalisation au sommet de ses moyens expressifs, réussissant le tour de force de muer la douleur amoureuse en un délire impétueux qui se rompt subitement, reprenant son souffle comme blessée par une flèche imprévue. L’opulent et classique « lascia ch’io pianga » remplace à l’improviste le « Vezzi, lusinghe e brio » annoncé dans le programme. On devra patienter une sage chiaconna de Terpsichore avant le tourbillon fantasque du « Tornami a vagheggiar ». Derrière le numéro de pitreries, on pourrait facilement oublier les difficultés techniques. En un tournemain, Patricia Petibon se met le public dans la poche – surtout les premiers rangs, qui reçoivent une pluie de coussins en forme de cœurs ! Les ornements ruissellent avec une décontraction et une aisance déconcertante… Optant au débotté pour « Vos mépris, chaque jour » de en guise de bis, le récital se termine sur une note aussi discrète que mélancolique…

Crédit photographique : www.patriciapetibon.com

Banniere-clefsResMu728-90

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.