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A Avenches, formidable Butterfly de Sae Kyung Rim

Festivals, La Scène, Opéra

Avenches. Arènes romaines. 30-VI-2016. Giacomo Puccini (1858-1924): Madama Butterfly, drame lyrique en 3 actes sur un livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica d’après la pièce de David Belasco tirée d’un récit de John Luther Long. Mise en scène, décors et costumes : Eric Vigié. Décors : Sébastien Guénot. Costumes : Amélie Reymond. Lumières : Henri Merzeau. Vidéo : Igor Renzetti/Lorenzo Bruno. Avec Sae Kyung Rim, Cio-Cio San ; Carlo Ventre, Pinkerton ; Davide Damiani, Sharpless ; Qiulin Zhang, Suzuki ; Wei Nan, Goro ; Yi-An Chen, Yamadori ; Jérémie Brocard, Il bonze ; Stéphanie Mahut, Kate Pinkerton ; Jean-Raphaël Lavandier, Il commissaire impériale ; Sylvain Kuntz, L’ufficiale del registro. Choeur de l’Opéra de Lausanne (dir.: Pascal Mayer). Orchestre de Chambre de Lausanne. Direction musicale : Nir Kabaretti.

Grâce à une formidable distribution, à un décor efficace favorisant l’intimité de l’action, , le metteur en scène et directeur du Festival d’opéra d’Avenches signe une excellente production de Madama Butterfly de .

Un grand mur blanc rehaussé de masques chinois occupe toute la largeur de la scène alors qu’au centre, quelques marches montent vers un portique avec deux portes coulissantes. Ce décor extrêmement efficace permet aux chanteurs de porter leurs voix vers l’auditoire sans risque qu’elles se perdent à l’arrière de la scène. De même, ce décor permet au metteur en scène de porter l’intrigue aux confins de l’intimité tout en préservant l’aspect spectaculaire des pensées de l’héroïne grâce à d’intelligentes projections vidéo qui font passer le spectateur du rêve d’un hypothétique retour de Pinkerton, au printemps des fleurs dans le jardin de Cio-Cio San en passant par de plus sanglantes images lors du suicide de Butterfly.

Sans encombrer son discours avec des symboles, Eric Vigié s’en tient au récit avec l’avantage d’offrir une vision claire de l’intrigue. S’appuyant sur la tradition, il allège le propos non sans conserver sa conception du drame puccinien qu’il qualifie de choc de civilisations et de cultures. Ainsi voit-on le regard outré de Suzuki quand le consul Sharpless, au mépris de la tradition japonaise s’assied sur une table basse.

Le plateau vocal, dont les rôles principaux sont interprétés par des chanteurs asiatiques, est largement dominé par la soprano sud-coréenne (Cio-Cio San) qui empoigne sans faiblir le rôle écrasant de l’héroïne. Dès son entrée, sa voix d’une incroyable puissance émerge des chœurs. Immédiatement, elle prend l’ascendant sur la production. Un ascendant qu’elle ne lâchera plus jusqu’à la note finale. Contre toute attente, ce n’est pas dans les airs les plus célèbres de l’opéra que la soprano captive son monde. Son authenticité se distingue dans les pages où surgit l’expression de sa douleur, de son attente. Alors totalement impliquée, elle fait sienne l’intrigue. Dominant sans faille tout le registre vocal, son incroyable énergie impose aux autres protagonistes de se surpasser.

C’est ainsi que le ténor (Pinkerton), au grain de voix superbe et aux aigus rayonnants, s’avère très convaincant. A preuve son magnifique engagement dans le duo d’amour « Viene la sera e l’ombra e la quiete » du premier acte. Nous sommes au Japon, Pinkerton est américain, et, incongruité fatale, Madama Butterfly est un opéra on ne peut plus italien. Le mot, la couleur, le sens sont empreints d’une italianité de chant que le ténor uruguayen possède au plus profond de lui-même. Et qui aujourd’hui est capable de chanter un « Addio, fiorito asil » avec un pareil legato ? A ses côtés, le baryton (Sharpless) reste tout aussi convaincant quand bien même ses aigus n’ont plus la clarté d’antan. Autre figure marquante de la distribution avenchoise, la mezzo-soprano (Suzuki) à la voix étrange et timbrée. Parfaitement en phase avec son personnage, excellente actrice, ses gestes rares sont si justes qu’ils suffisent à incarner avec force un être ancré dans la tradition et choqué par l’emprise étrangère.

Quant aux autres protagonistes, ils apparaissent plus pâles. Malgré une voix à la projection un ton en-dessous de ses collègues, à noter l’énergie dépensée par le ténor chinois (Goro), crédible entremetteur.

Si le Chœur de l’Opéra de Lausanne apparait quelque peu en retrait, la faute peut-être à l’avoir fait chanter le superbe « chœur à bouche fermée » derrière le décor. Dans la fosse, l’ s’applique à la finesse de la musique de Puccini. Malgré une direction raffinée du chef israélien Kir Kabaretti, l’orchestre peine à faire entendre ses ensembles au parterre et ce, malgré les gros efforts de sonorisation apporté à la production de cette année.

En résumé, espérons que le bouche à oreille fonctionnera pour convaincre un public plus nombreux que celui de cette première représentation de profiter de cette belle production.

Crédit photographique : © Joseph Carlucci

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