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Nouvelles lettres de Berlioz et de ses contemporains

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Nouvelles lettres de Berlioz, de sa famille, de ses contemporains. Hector Berlioz, Correspondance générale, volume IX, suppléments 2. Texte établi et présenté par Peter Bloom, Joël-Marie Fauquet, Hugh J. Macdonald et Cécile Reynaud. Actes Sud / Palazetto Bru Zane. 792 pages. Mai 2016.

 

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nouvelles_lettres_de_berliozAprès 13 ans de silence, voici le neuvième (et ultime ?) volume de la correspondance de . Fort de 600 lettres dont la moitié de sa famille et de ses contemporains, couvrant toute la vie du compositeur, la variété des auteurs et des circonstances fait de cet ouvrage une plongée intime dans la vie et l’époque de Berlioz. L’ensemble se lit presque comme une biographie, et fait de cet opus un excellent complément à la lecture des Mémoires.

De 1972 à 2001, le musicologue Pierre Citron avait réuni dans une Correspondance générale chez Flammarion, rien moins que 3 000 lettres, réunies par ordre chronologique en sept volumes, un huitième en 2003 proposant des inédits couvrant toute la vie du compositeur. Ce neuvième volume, construit pour une large part sur la collection Macnutt acquise par la Bibliothèque nationale de France en 2003 et le fonds du Musée Hector-Berlioz à la Côte-Saint-André, élargit l’horizon en proposant non seulement 300 lettres de Berlioz, certaines très belles et poignantes, d’autres administratives ou liées à l’organisation de concerts, mais également 300 lettres de sa famille dont se distinguent celles échangées avec son fils Louis (60 lettres), ses parents (13), ses sœurs Nanci et Adèle (34) et son oncle Felix Marmion (44). Les lettres échangées au sein de la famille à propos de Hector ne sont pas les moins intéressantes, son sort et sa carrière étant pour eux une source constante d’étonnement.

L’ensemble – et c’est l’apport principal de l’ouvrage – fait toucher du doigt comment une famille bourgeoise aimante (malgré tout !) et pleine de mérites peut réagir lorsqu’elle a enfanté un géant du siècle. L’histoire de Berlioz est celle d’un albatros né dans un honnête poulailler et chercherait à être reconnu et compris par les siens. Leurs doutes, leur consternation, leur commisération même se lisent tout au long de décennies, mais Berlioz aura des soutiens. Ainsi dès 1825, Joseph Faure, notaire de Grenoble, député et bon ami des Berlioz écrira au père après la création de la Messe solennelle : « Puisque votre fils s’est lancé dans cette carrière par enthousiasme pour la musique et malgré tous les obstacles qui auraient dû l’en dégoûter, il faut croire qu’il était né pour cet art et que le génie qui l’inspire lui procurera des succès encore plus brillants. C’est ce que je souhaite, puisque telle était sa vocation. » Faute de grand succès financier attendu par la famille, l’élection de Berlioz à l’Institut de France en 1856 leur apportera une preuve compréhensible que le chemin était bon.

Les lettres entre Berlioz et son fils Louis, et les lettres que ce dernier écrit à sa famille sont particulièrement intéressantes car elles font mieux toucher du doigt la relation forte du compositeur avec son fils. Dans les dernières années, les lettres révèlent une passion du fils pour son père qui surprend et dont les causes sont encore inexpliquées à ce jour.

Sur le plan musical, il y a des grands moments, comme la lettre de Le Sueur au père de Berlioz lorsque son fils a enfin remporté le Prix de Rome, celle de Wagner pleine d’admiration en 1855, ou celles de Liszt militant pour le succès de la musique de son ami et en particulier de son Benvenuto Cellini en Allemagne.

Au fil des années on voit ainsi défiler les espoirs, les déceptions et les succès, les amours et les affres conjugales avec Harriet Smithson et Marie Recio, la maladie de Crohn qui le tourmentera tant. Le tout compose un éloquent reflet de la vraie vie de et de son époque, moins intimidant que la somme des huit volumes déjà publiés, et qui est une excellente lecture en complément de celle de ses Mémoires.

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