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Quand Anna Prohaska éclipse Yannick Nézet-Séguin

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Munich. Herkulessaal. 8-VII-2016. Airs d’opéra de Carl Maria von Weber (Euryanthe, Der Freischütz) et Franz Schubert (Die Verschworenen, Fierrabras) ; Anton Bruckner : Symphonie n° 7. Anna Prohaska, soprano ; Orchestre Symphonique de la Radio Bavaroise ; direction : Yannick Nézet-Séguin.

13640876_10154309272962232_3213564424052071209_oUn Bruckner comme un pensum précédé par l’opéra romantique allemand sous son meilleur jour.

Une trop courte première partie suivie d’un long, très long épilogue : ce n’est pas ainsi, sans doute, que le mélomane consciencieux lira le programme de ce dernier concert d’abonnement de la saison de l’Orchestre de la Radio Bavaroise, et certainement la Symphonie n° 7 de Bruckner n’a pas mérité d’être rabaissée à un rang d’appendice. C’est pourtant un peu de cette façon qu’on pourrait résumer cette soirée.

L’interprétation brucknérienne de a une qualité réellement méritoire, celle d’une certaine légèreté très éloignée du poids dramatique que certaines traditions germaniques y mettent. Les couleurs sont claires, les textures aérées, de façon très bienvenue, et l’admirable orchestre de la Radio Bavaroise fait preuve de toute sa souplesse pour suivre l’invité du jour. Il n’est certainement pas mauvais de retirer à Bruckner un peu de la mystique appuyée qu’on y entend parfois, sans doute, mais qu’y entend-on alors ? Nézet-Séguin est du reste loin d’être le premier à s’engager dans cette voie, mais il n’en tire rien de plus qu’une lecture littérale qui n’évite ni les décibels en trop, ni les banalités. Comment comprendre que les crescendos se fassent ainsi par paliers, façon chef apprenti, en détruisant toute la force motrice qui devrait entraîner l’auditeur ? Nézet-Séguin ne dirige pas la Septième symphonie de Bruckner, il en dirige les fragments, les uns après les autres, avec précision et probité sans doute, mais sans jamais rien construire au-delà du moment. On s’ennuie ferme.

Schubert et Weber par , inoubliable

En première partie, heureusement, la soprano avait fait merveille avec quatre airs romantiques allemands, Schubert et Weber, remplaçant entre deux répétitions des Indes galantes qu’elle chantera à l’Opéra de Bavière à la fin du mois Bryn Terfel, qui devait y chanter des airs de Wagner. Dans une salle de taille somme toute modeste comme la Herkulessaal, avec 1270 places assises, la projection n’est pour elle pas un problème, d’autant que le chef ne surcharge ici pas l’accompagnement, et ce qu’on entend est d’une délicatesse, d’une intelligence et d’une probité stylistique sans pareille. Il n’est pas totalement inutile, dans ce répertoire, d’avoir une expérience du Lied : Anna Prohaska sait parfaitement susciter l’émotion par la simple perfection de la diction, par une manière unique d’envoyer les mots vers l’auditeur, sans grands effets mais avec un trésor de nuances dynamiques et rythmiques. Pourtant, ce qu’Anna Prohaska chante ici, ce ne sont pas des Lieder, et la confusion n’est pas possible : chacun de ces airs est chanté comme en situation, avec toute l’intensité expressive qu’elle y mettrait sur une scène d’opéra. La probité est une bien belle chose quand elle s’accompagne d’une âme en mouvement.

Crédit photographique : (c) Bavarian Radio Symphony Orchestra

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