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Le siècle de Menuhin, hommage chaleureux à un prodige légendaire

À emporter, Actus Prod, CD, Musique de chambre et récital, Musique symphonique

Le siècle de Menuhin : enregistrements inédits et raretés ; acteur de l’histoire ; concerts et festivals ; intégrale des enregistrements avec Hepzibah Menuhin ; le virtuose et ses enregistrements légendaires. 80 CD Warner. Enregistrés à Berlin de 1929 à 1999. Notice trilingue (français, anglais et allemand). Durées : 23 heures 05’ ; 22 heures 04’ ; 7 heures 36’ ; 23 heures ; 15 heures 52’.

 

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TheMenuhinCenturyC’est à que l’on doit cette somptueuse édition de quatre-vingt disques qui retrace la fabuleuse carrière de , des débuts de l’adolescent virtuose et stupéfiant aux derniers enregistrements du soliste devenu chef lorsque sa technique se déroba. Magnifique occasion de redécouvrir l’art d’un des plus grands violonistes du siècle passé, alors qu’on célèbre de centième anniversaire de sa naissance.

Pour célébrer le centième anniversaire de la naissance de , Warner a demandé à Bruno Monsaingeon de choisir dans l’immense discographie du grand violoniste. En quatre coffrets et quatre-vingt disques (plus de quatre-vingt onze heures de musique !), l’ensemble, avec de nombreux inédits, retrace sa carrière, du premier enregistrement (en 1929 !) jusqu’au dernier, capté en janvier 1999, quelques semaines avant sa mort (cette fois comme chef d’orchestre). De cette somme considérable, se dégage un portrait riche et très révélateur d’un immense musicien qui fut aussi un humaniste engagé.

Les premières gravures sont littéralement époustouflantes ; adolescent, Menuhin alliait une virtuosité éblouissante à une musicalité d’une maturité stupéfiante pour un si jeune homme. Ecoutez ses Bach, d’une perfection d’articulation invraisemblable et d’une élévation spirituelle confondante. Plus que par les nombreuses pièces de virtuosité, inévitables à l’époque du soixante-dix huit tours, on reste aussi émerveillé par les grands concertos, toujours accompagnés par les meilleurs chefs du moment : le vieil dans la plus belle gravure jamais réalisée de son long concerto, le maître et le mentor surtout dans des Bach certes pas « historiquement informés » mais tellement inspirés, ou encore dans une Symphonie espagnole enthousiasmante et un envoûtant Poème d’.

Vient la guerre, marquée par quelques témoignages de la Libération, d’une valeur plus historique et émouvante que purement musicale. Au lendemain, Menuhin engrange encore quelques gravures qui le placent au panthéon des grands maîtres de l’archet. Plus que les concertos plombés par le lourd accompagnement de Georg Schneevoigt, on se mettra littéralement à genoux devant les quelques enregistrements réalisés avec  (Beethoven, Brahms, Mendelssohn et l’inattendu Concerto n°2 de ), des gravures entrées à tout jamais dans la légende du disque.

De cette époque datent aussi quelques incursions dans la musique de son temps qui témoignent de la curiosité de Menuhin comme de sa volonté de servir avant tout les compositeurs. Le cycle Bartók, y compris à l’alto, est de toute beauté, le concerto d’ (avec ) magistral, les suites d’ inspirées, et tant pis s’il faut aussi subir quelques œuvres oubliables et oubliées comme le concerto d’Odon Partos ou la longuette Musique pour violon seul de Harry Somers.

Un coffret entier est, ce n’est que justice, consacré au duo formé avec sa sœur , explorant la quasi-totalité du répertoire pour en extraire des perles comme cette sonate de , la troisième d’Enesco (une œuvre fétiche de Menuhin), celle d’Elgar et sa tendre Romance ou la première sonate de Pizzetti, plus quelques trios sublimés par la noblesse de Gendron ou l’énergie folle (et les grognements !) de Casals.

Mais dès les années cinquante les difficultés d’intonation et de main gauche commencent à se faire entendre, mettant parfois en péril certaines interprétations par exemple la dernière sonate de Franck avec Hepzibah… Elles s’accentueront hélas, et les enregistrements des années 80 consacrés à Leclair et Tartini sont tristement éprouvants.

Le maître se tourne alors vers la direction d’orchestre. On regrettera de ne pas trouver ici le meilleur de cette activité qui résida sans doute dans des symphonies de Schubert de la plus belle eau, mais plutôt les concertos dans lesquels il accompagne les pianistes de sa famille, avec un sens du style mozartien ou beethovénien impeccable, jusqu’à l’ultime gravure curieusement dédiée au Concerto pour violon de Beethoven transcrit pour le piano avec François-René Duchâble, quelques jours avant la mort du violoniste.

Une somme passionnante, où abondent les sommets, les inédits et les raretés, mais aussi quelques plages ratées ; ce ne sont pas forcément les moins intéressantes ni les moins éclairantes sur l’une des figures essentielles de la vie musicale du XX° siècle. Hommage d’autant plus magistral qu’à côté sont toujours disponibles de nombreuses gravures bien connues qui n’ont pas été reprises dans ces coffrets.

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