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Ermonela Jaho transcende sa Butterfly au théâtre antique d’Orange

Festivals, La Scène, Opéra

Orange. Théâtre antique. 12-VII-2016. Giacomo Puccini (1858-1924) : Madama Butterfly, opéra en trois actes sur un livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica. Mise en scène : Nadine Duffaut ; décors et costumes : Mariko Mori. Avec : Ermonela Jaho (Cio-Cio-San) ; Marie-Nicole Lemieux (Suzuki) ; Bryan Hymel (Pinkerton) ; Valentine Lemercier (Kate Pinkerton) ; Marc Barrard (Sharpless) ; Carlo Bosi (Goro) ; Christophe Gay (Il principe Yamadori) ; Wojtek Smilek (Lo zio bonzo). Chœurs des Opéras d’Avignon, Nice et Toulon. Orchestre Philharmonique de Radio France ; direction : Mikko Franck.

butterfly1_2Une heure avant la représentation, la pluie qui s’abat sur le théâtre antique d’Orange fait craindre pour le bon déroulement de la soirée mais en définitive la représentation de Madama Butterfly aura bien lieu, avec quelques degrés de moins.

On a d’emblée une pensée compatissante pour le très inutile ballet de geishas qui précède l’entrée à jardin de Cio-Cio-San. Le décor sépare en trois espaces flottants sur l’eau la large scène, rendant peu commodes et laborieux les déplacements sur de minuscules pontons de pierre. L’intimité relative des scènes dans des espaces sans cloisons oblige à des systématismes téléphonés dans le placement des protagonistes. Relégués à l’opposé des Japonais, les témoins occidentaux (nombreux) rient sous cape et tranchent avec des gestes sans façons sur l’afféterie des femmes en kimonos. Rien de bouleversant donc, dans une mise en scène que a réalisée sans déroger à la tradition du lieu. L’estampe exotique est en tout point conforme à l’imaginaire des récits de Pierre Loti. Pas un lampion ne manque, ni le défilé du petit peuple laborieux qu’on dirait tout droit sorti de Hokusai.

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se lance corps et âme dans cette Butterfly prête à renier sa foi et ses ancêtres. Arborant une étonnante robe rose de teenager américaine comme revendication de sa nouvelle identité, elle affronte crânement les bourrasques glacées pour laisser planer de somptueux aigus, culminant sur une ligne de chant très affirmée et volontaire. n’a pas en Pinkerton toutes les nuances et la projection nécessaires pour braver le climat et surtout le redoutable espace scénique en plein air. Son personnage est relativement terne, sans que cela ne justifie pour autant le début de bronca qui semble agiter le public aux applaudissements. est parfaite en Suzuki, d’une projection et d’une incarnation idéales pour exprimer le côté maternel et rassurant. donne à Sharpless un relief adéquat, tandis que est un Goro sonore et contrasté, plus vif que le bonze assez terne de . L’admirable Yamadori de rejoint la discrète mais remarquable apparition de en Kate Pinkerton.

À la tête du Philharmonique de Radio France, offre un écrin nerveux et très vif à cette Madama Butterfly. Mis en danger par des conditions de plein air particulièrement éprouvantes, l’orchestre répond avec brio aux sollicitations de son chef. Cette direction volontaire va de l’avant et ne s’attarde pas sur les épisodes volontiers attendris et lénifiants.

Crédits photographiques : © Philippe Gromelle Orange (photo 1) ; © Sylvain Thomas (photo 2)

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