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Fidelio en DVD, pour Adrianne Pieczonka et Jonas Kaufmann

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Fidelio, opéra en deux actes sur un livret de Joseph Sonnleithner, Stephan von Breuning et Georg Friedrich Treitschke, d’après la pièce Léonore, ou l’amour conjugal de Jean-Nicolas Bouilly. Mise en scène : Claus Guth. Décors et costumes : Christian Schmidt. Conseiller en dramaturgie : Ronny Dietrich. Lumière : Olaf Freese. Conception sonore : Torsten Ottersberg. Conception vidéo : Andi A. Müller. Avec : Adrianne Pieczonka, Leonore ; Jonas Kaufmann, Florestan ; Tomasz Konieczny, Don Pizzaro ; Hans-Peter König, Rocco ; Olga Bezsmertna, Marzelline ; Norbert Ernst, Jaquino ; Sebastian Holecek, Don Fernando ; L’ombre de Leonore : Nadia Kichler ; L’ombre de Pizzaro : Paul Lorenger. Konzertvereiningung Wiener Staatsopernchor (chef de chœur : Ernst Raffelsberger). Wiener Philharmoniker, direction : Franz Welser-Möst. Réalisation : Michael Beyer. 1 DVD Sony Classical. Enregistré en direct en août 2015 au Groβes Festspielhaus de Salzbourg. Sous-titrage en italien, anglais, français, allemand, espagnol, chinois et coréen. Notice en anglais. Format image : NTSC 16:9. Format son : LPCM Stereo et DTS 5.1. Durée totale : 136’.

 

FidelioTrop conceptuelle, la mise en scène glaciale de risque peu de rallier les suffrages. Les joies procurées par ce DVD seront donc avant tout musicales, grâce notamment à deux écorchés vifs, la Leonore d’ et le Florestan de .

Située dans un décor glacial constitué d’un espace nu délimité par les parois blanches d’un intérieur bourgeois, la mise en scène de privilégie le concept au détriment de la clarté et de l’intelligibilité de l’intrigue. Partant de l’idée que l’histoire est connue de tous, il supprime le dialogue de l’opéra pour le remplacer par un curieux bruitage fait d’éructations, de grognements, chuchotements, soupirs, bruits métalliques, bourrasques de vent et autres nuisances sonores sans doute sensées illustrer la psyché de ses personnages. Leonore et Pizzaro sont tous deux flanqués d’un double ou d’une ombre, dont on suppose qu’ils illustrent le débat intérieur qui anime les deux personnages. Si cela peut difficilement s’expliquer pour Pizzaro, personnage uniformément méchant, on le comprend mieux pour Leonore, figure ambiguë perpétuellement en proie à toutes sortes de conflits intérieurs. Le double de Leonore s’adonne inlassablement au langage des signes – images dont la répétition finit par devenir autant assommante que ridicule –, sans doute pour signaler l’incommunicabilité qui caractérise les rapports entre les êtres. Le décor lui-même, avec ses murs blancs et son parquet de bois, pourrait évoquer le salon de l’inconscient si cher à Freud et suggérer la prison psychologique qui n’est finalement que le fruit métaphorique de nos propres névroses. Même libéré, Florestan reste ainsi indécrottablement muré dans ses doutes, ses angoisses et sa solitude. On n’en louera pas moins la beauté intrinsèque de certains tableaux, rehaussée par un savant jeu d’éclairages qui met en lumière les relations entre les personnages. Le tout, on l’a dit, manque singulièrement de transparence et de lisibilité, et la plaquette qui accompagne le DVD est, assez curieusement, peu diserte en explications…

Sur le plan musical on ne saurait bouder ce produit remarquable pour son homogénéité et pour la qualité de la performance vocale. Les personnages, dans l’ensemble, jouent et chantent juste et vrai, preuve qu’un réel travail sur la dramaturgie a été effectué. On saluera donc les belles prestations de en Rocco, en Pizzaro, en Jaquino et en Fernando. De la Marzelline de l’Ukrainienne d’Olga Bezsmertna, on pourra trouver qu’elle est presque trop mûre vocalement pour ce rôle de soubrette, au point d’évoquer presque le soprano dramatique de Leonore. , en tout cas, se sort avec honneur de la tessiture impossible de son rôle, dardant des aigus rayonnants tout en maintenant la ligne dans le bas de la voix. , évidemment, est un Florestan d’anthologie – on le trouvait déjà dans un DVD de 2004, filmé à Zürich avec Harnoncourt – et son « Gott! » du début du deuxième acte, commencé comme un murmure et débouchant sur un flux sonore tonitruant, donnera la chair de poule aux âmes les plus insensibles. Dans la fosse, les Wiener Philharmoniker, menés par la baguette probe et énergique de , parachèvent la réussite d’un spectacle riche en émotions musicales, mais décidément bien ennuyeux sur le plan visuel.

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