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Le Festival de Radio France Montpellier sous le signe du voyage d’Orient

Festivals, La Scène, Opéra

Montpellier, 11-VII-2016 :
18h : Le Corum, Opéra Berlioz. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Variations Goldberg. Beatrice Rana, piano.
21h : Le Corum, Opéra Berlioz. « Les mille et une nuits », Maurice Ravel (1875-1937) : Shéhérazade ; Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908) : Shéhérazade ; Carl Nielsen (1865-1931) : Aladin (extraits). Karine Deshayes, mezzo-soprano ; Lambert Wilson, récitant ; Orchestre national de Montpellier-Languedoc-Roussillon, Michael Schønwandt, direction.
Montpellier, 12-VII-2016 :
12h30 : Le Corum, Salle Pasteur. « Musique argentine », Sandra Rumolino, chant, texte et arrangements ; Kevin Seddiki, guitares, zarb, arrangements et compositions.
16h : La Nef. « Locura & Tormenti, musique espagnole et musique italienne du XVIIe siècle », La Galanía (Raquel Andueza, soprano ; Pierre Pitzl, guitare baroque ; Jesús Fernández Baena, théorbe) ;
18h : Le Corum, Salle Pasteur. Jacques Offenbach (1819-1880) : Ba-Ta-Clan, chinoiserie musicale en un acte, livret de Ludovic Halévy, version de concert. Stéphanie Vernerin, soprano (Fé-an-nich-ton) ; Rémy Mathieu, ténor (Fé-ni-han) ; Enguerrand de Hys, ténor (Ké-ki-ka-ko) ; Jean-Gabriel Saint-Martin, baryton (Ko-ko-ri-ko) ; Anne Pagès-Boisset, piano, Jean-Christophe Keck, direction.
20h : Le Corum, Opéra Berlioz. Maurice Ravel (1875-1937) : Concerto pour piano et orchestre en sol majeur ; Hector Berlioz (1803-1869) : Symphonie Fantastique op. 14. Lucas Debargue, piano ; Orchestre national du Capitole de Toulouse, Andris Poga, direction.

ON-Capitole-Toulouse-DebargueLe 31e Festival de Radio France Montpellier-Languedoc-Rousillon-Midi-Pyrénées, rebaptisé Montpellier-Occitanie, se déroule sur le thème du « Voyage d’Orient ». Les premiers concerts sont d’une grande intensité, comme pour annoncer le succès de l’ensemble.

Le festival commence par deux concerts de piano, par deux des jeunes pianistes les plus en vue, un récital par et un concerto par . entame une série de tournées avec les Variations Goldberg et le 11 juillet, elle offre son premier récital en France de cette série. À l’« Aria » pris dans un tempo retenu, résonnant plutôt comme une interrogation que comme l’énoncé du thème, succèdent les trente variations qu’elle interprète avec une musicalité étonnamment mûre et des expressions aussi variées que les partitions. Pour certains crescendos, non seulement elle change la dynamique mais aussi transforme le timbre, le coloris et la sonorité, modifiant ainsi la substance sonore du piano, et ce, aussi naturellement qu’elle respire. Ce même naturel est constamment présent, aussi bien dans des passages techniquement redoutables que dans des moments de tendresse. Le souffle coupé, on vit un véritable voyage.

Le mardi 12, joue pour la première fois en public le Concerto en sol de Ravel. Il est dans son élément, le dialogue avec l’orchestre est heureux et fructueux ; des formules pianistiques telles que des accords alternés ou arpégés, qu’il joue en martelant ou en caressant, et des inspirations empruntées au jazz, semblent lui donner plus de liberté. Son interprétation tranquillement passionnée dans l’« Adagio » central offre une sorte de clair-obscur saisissant avec la tonicité des deux mouvements extrêmes.

mille-nuits-c-marc-ginotDes concerts symphoniques hauts en couleur

La soirée d’ouverture, lundi 11, est un condensé de la thématique du festival. À Shéhérazade de Ravel et de Rimski-Korsakov, viennent s’ajouter des extraits d’Aladin de Nielsen, musique de scène composée pour la pièce de théâtre homonyme de l’écrivain romantique danois Adam Oehlenschläger. Chaque œuvre est décomposée pour constituer une nouvelle histoire rêvée autour de Shéhérazade, à l’aide de textes originaux de Wenzel de Neergaard (traduit du danois par Monique Christiansen) et de poèmes de Victor Hugo, de Li-Tai-Po et d’Albert Samain, récités entre deux morceaux de musique par . Le beau timbre parfumé de confère une touche de sensualité, chère à l’imaginaire de l’Orient. « La place du marché à Ispahan » d’Aladin est une partition curieuse et audacieuse : cinq petits « orchestres » ou sections, placés dans différents endroits de la salle, jouent chacun sa propre musique avec son propre rythme et sa propre tonalité, et viennent juxtaposés successivement l’un sur l’autre, le tout sur un fond sonore d’ostinato à la sonorité étrange, exécuté depuis les coulisses.

Le mardi 12 juillet, , qui a remplacé Tugan Sokhiev la veille du concert, fait exploser la palette sonore de l’Orchestre du Capitole dans la Symphonie fantastique après le concerto de Ravel. Les couleurs étaient déjà au rendez-vous dans la première partie, mais les musiciens y expriment tous les « fantasmes » musicaux de Berlioz dans un élan qui ne cesse de croître. Chaque pupitre participe pleinement à cette gigantesque folie consciente ; la brillance des harmonies rehausse le caractère pittoresque de la musique et intensifie le récit de ce rêve se déroulant sur une autre rive de l’existence, au même titre qu’un Orient chimérique…

Une journée consacrée à la voix

La journée du 12 juillet est consacrée à la voix et intitulée « À pleines voix ». À 12 heures 30, , argentine d’origine italienne, présente des milongas, des traditionnels (argentins et turcs), des chansons d’auteurs ainsi que des mélodies originales, accompagnée à la guitare et au tambour zerb par , Français d’origine algérienne et italienne. Chaude et envoûtante, la voix de la chanteuse est parfaite pour exprimer diverses formes de passions sur des rythmes ardents, emportés ou doucement enflammés.

À 14 heures à La Nef (ancienne chapelle réhabilitée pour devenir « Ateliers d’Art de France » dédié aux métiers d’art, inauguré en mars 2015), le trio livre un concert tout aussi captivant, sur le thème de la folie et des tourments dans l’Espagne et l’Italie du XVIIe siècle. La voix de , quelque peu voilée dans le médium mais claire dans les aigus, correspond bien au répertoire et c’est un véritable ravissement. Une composition contemporaine ou plutôt une restitution dans le style et l’esprit du Siècle d’Or espagnol attire particulièrement l’attention : Jácara de la Trena, texte de Francisco Quevedo (1580-1645) mis en musique par (né en 1963). La pièce s’intègre on ne peut plus naturellement dans le reste du programme.

Une œuvre de jeunesse d’Offenbach

bataclan_3À 18 heures, Ba-Ta-Clan d’Offenbach, « chinoiserie musicale en un acte » de 1855, est présenté en version de concert. , spécialiste du compositeur et éditeur de l’édition critique de nombre de ses œuvres, dirige l’ensemble de quatre chanteurs et une pianiste, tout en jouant le rôle de récitant (et de joueur de grosse caisse), en ajoutant quelques courts commentaires pour aider les auditeurs à se retrouver dans le livret et la partition. Les chanteurs excellent non seulement dans le chant, où ils mettent en évidence leur qualité vocale, mais également dans le jeu théâtral et dans la diction, extrêmement claire. Nous ne pouvons résister au plaisir de mentionner la manière dont aborde son rôle : même pendant le « repos » sur sa chaise, il continue à faire des grimaces et prendre des attitudes adéquatement exagérées à mesure du déroulement de l’histoire. Après une intrigue quasi surréaliste imaginée par (il s’agit de son premier livret sous le pseudonyme de Jules Servière et également le premier triomphe d’Offenbach), dans une musique d’une efficacité redoutable sur le plan dramaturgique, la salle, pleine, frappe la main au rythme de la Chanson de Ba-Ta-Clan, donnée deux fois en bis. Et la mélodie continue à tourner dans la tête, des jours après l’avoir entendue…

Crédits Photographiques : Lucas Debargue, © Luc Jannepin ; , Orchestre national de Montpellier-Languedoc-Roussillon, © Marc Ginot ; Ba-Ta-Clan © Jean-Pierre Rousseau

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