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Bayreuth offre une Walkyrie de répertoire avec un casting renouvelé

Festivals, La Scène, Opéra

Bayreuth. Festspielhaus. 22-VIII-2016. Richard Wagner (1813-1883) : La Walkyrie, opéra en trois actes sur un livret du compositeur, première journée de L’Anneau du Nibelung. Mise en scène : Frank Castorf ; décor : Aleksandar Denić ; costumes : Adriana Braga Peretzki ; Lumières : Rainer Casper ; Vidéo : Andreas Dienert, Jens Crull. Avec : Christopher Ventris (Siegmund) ; Georg Zeppenfeld (Hunding) ; John Lundgren (Wotan) ; Heidi Melton (Sieglinde) ; Catherine Foster (Brünnhilde) ; Sarah Connolly (Fricka) ; Caroline Wenborne (Gerhilde) ; Dara Hobbs (Ortlinde) ; Stephanie Houtzeel (Waltraute) ; Nadine Weissmann (Schwertleite) ; Christiane Kohl (Helmwige) ; Mareike Morr (Siegrune) ; Wiebke Lehmkuhl (Grimgerde) ; Alexandra Petersamer (Rossweise). Orchestre du Festival de Bayreuth, direction : Marek Janowski.

bayreuth16_walkyrie1Le changement dans la continuité : voilà à quoi se résume cette Walkyrie à l’effectif vocal profondément remanié et qui tient à la seule force de la mise en scène de .

Nous avions développé dans les précédentes éditions la façon dont Castorf opérait avec Walküre un retour à la racine de la malédiction du pétrole. L’impact négatif de l’or noir se lit aussi bien dans le pillage des ressources que dans la pollution de l’environnement écologique et social. Au-delà des frontières politiques et des clivages idéologiques, le pétrole est le trait d’union entre communisme et capitalisme. L’action se déroule en 1942 à Bakou en Azerbaïdjan, zone d’exploitation pétrolière vitale pour le Troisième Reich. Les soviétiques organiseront le sabotage des puits, retardant durablement l’avancée allemande.

Le retour à Bayreuth de en Siegmund ne fait pas oublier son magistral Parsifal de 2010, dans la production de dirigée par . Certes, la disparité des rôles ne permet pas de juger in extenso des qualités mais on peut lui reconnaître le mérite de ne pas chercher à forcer le trait pour faire de Siegmund un équivalent de Siegfried. Plus en forme que dans le Ring radiodiffusé fin juillet, Ventris trouve cependant ses limites dans un aigu peu aisé et un héroïsme souvent en butte à des moyens techniques en demi-teinte. Même si la présence scénique compense bien des choses (avantage non négligeable par rapport à ), on peut cependant regretter que le ténor anglais écourte le brio des deux Wälse et peine à colorer un Winterstürme wichen dem Wonnemond d’une tendresse éperdue.

La Sieglinde de Heidi Melton lui donne le change en surjouant la manière de vitupérer des aigus souvent stridents mais qui ont le mérite d’oser sortir d’un jeu trop compassé et traditionnel. Étonnamment plus contrasté sur le plan des expressions physiques (le visage surtout), le jeu imposé par Castorf lui accorde une présence et une force remarquables… même si l’incandescence un brin surjouée ne parvient pas à égaler la façon dont Anja Kampe électrisait l’auditoire dans son grand numéro de torche vivante dans O hehrstes Wunder !

Bien en place dans la première partie du deuxième acte, le Wotan de domine paradoxalement les joutes conjugales avec la pâle Fricka de . Contrairement à Claudia Mahnke qui arrivait, trois ans de suite, sur le dos d’un ouvrier qu’elle fouettait sans vergogne, la contralto anglaise joue la prudence en arrivant presque sur la pointe des pieds. Prudence également dans une ligne vocale à l’épaisseur relative qui ne permet pas d’incarner la marâtre enquiquineuse… Lundgren défaille quand pointent à l’horizon les redoutables falaises des adieux de Wotan. Fort intelligemment, ramène la voilure à un sotto voce généralisé, ce qui permet au baryton suédois de se refaire une santé et de conclure dignement.

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Quatre ans après ses débuts sur la Colline, la Brünnhilde de a gagné en présence et en émission. Elle évite prudemment de se consumer dès les premiers Hojotoho, préférant l’affrontement père-fille au III pour laisser éclater des aigus parfaitement projetés et radieux. Prudence également du côté de , engagé cette année dans un périlleux triptyque Hunding-Marke-Gurnemanz qui laissera, on le verra, quelques traces. Après Kwangchul Youn et surtout Franz Josef Selig, il ose une caractérisation un rien trop neutre, malgré des moyens absolument fabuleux. Les walkyries se déploient dans un espace généreux qui tend à éloigner les voix et leur faire perdre l’homogénéité des départs et des notes trillées. On note avec gourmandise la présence capiteuse de en Schwertleite, la truculente en Waltraute et la virulence de Caroline Wenborne en Gerhilde.

La passivité de la fosse préfère donner dans la sécurité, loin d’un théâtre à la joie volontiers exubérante. Des tempi très larges dans les conclusions des trois actes, confinent à une honnête mise en place une action qui mériterait d’éclater au grand jour. L’embrasement du rocher-réservoir se limite à un épisode musical assez décoratif, se tenant assez loin d’un plateau où règnent en maître les intentions de la mise en scène.

Crédits photographiques : © Enrico Nawrath

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