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La grandiose Symphonie n° 9 de Bruckner de Rémy Ballot

À emporter, CD, Musique symphonique

Anton Bruckner (1824-1896) : symphonie n°9. Gramola 99089 (2CD). Altomonte Orchester Saint Florian, Rémy Ballot Enregistrement réalisé à Saint Florian le 21 août 2015 (+ Bonus : transcription de la symphonie à deux pianos, version de Karl Grunsky, par Matthias Giesen et Klaus Laczika le 15 août 2006). Notice bilingue : anglais et allemand. Durée : 2 heures 23’

 

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Chaque été, les journées Bruckner réunissent à Saint Florian, immense abbaye bénédictine située non loin de la ville autrichienne de Linz, où Bruckner a tenu l’orgue et dans la crypte de laquelle il repose, mélomanes et musicologues autour d’une symphonie du compositeur.

En 2015 l’ultime Neuvième était au programme ; l’apothéose de ces journées de conférences et de concerts est l’exécution de l’œuvre dans l’église de l’abbaye. Depuis quatre ans maintenant, le jeune chef français a l’honneur de diriger ce concert à la tête tantôt d’un orchestre de jeunes tantôt d’un orchestre de circonstance qui réunit des musiciens d’horizons divers dont certains issus des meilleurs ensembles germaniques (Philharmonie de Vienne, Staatskappelle de Dresde notamment). L’orchestre prend alors le nom d’Altomonte, une famille de peintres qui décorèrent l’abbaye. L’éditeur autrichien Gramola enregistre et publie ces concerts ; après des lectures marquantes de la Symphonie n° 3 dans sa toute première mouture puis de la n° 8 dans sa version définitive, c’est donc au tour de la n° 9 de nous parvenir. Bien que l’on sache désormais que Bruckner a eu le temps d’esquisser la totalité du finale de la symphonie et d’en orchestrer une large part (mais la fin, hélas, ne nous est pas parvenue) et que le chef ait manifesté son intérêt pour les tentatives d’achèvement de ce finale, l’exécution s’en tient, comme le plus souvent, aux trois mouvements achevés.

Ce qui frappe d’emblée l’auditeur, c’est l’ampleur inusitée des tempos, les plus lents de la discographie, quasiment à égalité avec ceux de Celibidache dans son dernier enregistrement brucknérien. Il est vrai que l’acoustique très réverbérée de l’abbaye de Saint-Florian encourage cette ampleur afin de permettre une plus grande lisibilité (mais Boulez en 1996 dans ces mêmes lieux adoptait des tempos considérablement plus vifs pour sa Huitième). Le résultat impressionne dans l’immense Misterioso initial. Malgré quelques accrocs instrumentaux, le flux de ce mouvement, le plus vaste premier temps de Bruckner, s’épanche avec une grandeur incomparable ; en particulier le second groupe thématique, riche polyphonie des cordes (la « Gesangperiode » selon la terminologie brucknérienne) trouve ici un lyrisme somptueux, sans doute reflet de la formation de violoniste du chef ; la citation de l’adagio de la Symphonie n° 7 s’est rarement intégrée avec autant de bonheur et de naturel dans cet épisode mélodique. Après cette réussite impressionnante, la retenue du scherzo, même si elle est adaptée à l’acoustique de Saint-Florian, surprendra cependant ; la férocité de ce mouvement d’une violence qui le situe à part dans l’œuvre de Bruckner apparaît quelque peu gommée par ce tempo retenu. En revanche l’adagio plus ému qu’intimidant, est une autre réussite qui fait pendant à celle du premier mouvement. Bien sûr, on regrettera de nouveau l’absence du finale en espérant que aura l’occasion d’enregistrer un jour une des reconstitutions désormais assez convaincantes qui existent et l’on restera conscient des limites de l‘orchestre. Parmi l’immense discographie, deux des plus grandes versions non sans parenté spirituelle avec cette nouvelle, dues à Giulini (DG) et Celibidache (Warner) bénéficiaient de la splendeur sonore des philharmonies respectives de Vienne et de Munich, orchestres permanents porteurs d’une tradition et d’une excellence technique évidemment incomparables.

Malgré cette réserve, ce nouveau CD confirme la dimension artistique du chef français en passe de signer année après année une intégrale brucknérienne majeure. En bonus, l’éditeur a joint une exécution d’une transcription de l’œuvre pour deux pianos de 1911, s’appuyant donc sur la première édition édulcorée harmoniquement par un élève de Bruckner, Ferdinand Loewe. Jouée par les deux co-directeurs des journées Bruckner, cette exécution vaut plus par ce qu’elle restitue de l’ambiance probable des premières lectures de la partition que par son niveau artistique intrinsèque.

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