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A la Philharmonie, Barenboim meilleur chef que soliste

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Philharmonie de Paris. 08-XI-2016. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour piano nº 26 ; Anton Bruckner (1824-1996) : Symphonie no 6 en la majeur. Daniel Barenboim, piano ; Orchestre Staatskapelle Berlin, direction : Daniel Barenboim.

daniel_barenboim_foto_monika_rittershaus1-hf_Pour le troisième concert de son cycle Mozart-Bruckner à la Philharmonie, dirigeait l’Orchestre de la Staatskapelle de Berlin dans le Concerto pour piano n° 26 et la Symphonie n° 6. S’il a laissé une impression assez floue en tant que pianiste sur le premier, il a su démontrer qu’il était encore un très grand chef en insufflant une lecture de Bruckner pleine d’intensité maîtrisée. 

Il est toujours impressionnant de voir diriger un concerto de Mozart depuis son piano, c’est l’occasion d’admirer une certaine grâce scénique et une belle symbiose avec l’orchestre. Pour le soliste-chef, c’est aussi l’occasion de moduler l’interprétation à sa guise afin de la rendre plus vivante sans perdre l’ensemble. On attendait donc beaucoup de la première partie de ce concert, d’autant plus que Barenboim, auteur de deux intégrales des concertos pour piano de Mozart (English Chamber Orchestra-EMI et Berliner Philharmoniker -Teldec), est longtemps resté l’un des interprètes de référence de ce répertoire.

Sitôt entré en scène, le chef lance l’orchestre avec la grâce qui est la sienne. L’introduction du premier mouvement, jubilatoire, laisse éclater toute la qualité de l’orchestre, sans doute l’un des meilleurs au monde, et présager le meilleur pour la suite. Hélas, le charme est de courte durée : il ne faudra pas attendre longtemps après l’entrée en piste du piano pour déceler les premières fausses notes d’un Barenboim toujours magnifique à la direction, mais fatigué en tant que soliste. Largement pardonnables, ces quelques « pains » sont malheureusement accompagnés de légères désynchronisations et d’une utilisation un peu trop prononcée de la pédale. Tout cela contribue à rendre l’ensemble assez flou, manquant notamment de netteté et d’attaque aux moments précis où l’on aurait aimé entendre toute la malice et la tendresse de la partition. On retiendra néanmoins quelques moments de grâce, portés par une osmose complice entre le chef et son premier violon, . Le Larghetto du second mouvement reste une réussite dans son intégralité, Barenboim se permettant même quelques enjolivement de son crû. A ce propos, on notera également les deux cadences qu’il a lui-même écrites pour ce concerto, d’une très belle exécution.

Après l’entracte, on retrouve la Staatskapelle en grand effectif pour la Sixième de Bruckner, dans son répertoire de prédilection. Une symphonie de grande ampleur, fonctionnant de manière presque architecturale et dont la matière sonore est gigantesque. Dans une telle configuration, le fourmillement des détails ne doit pas noyer la ligne conductrice et la progression dramatique. Barenboim met en lumière les différentes parties de l’édifice sans perdre de vue l’essentiel. Force est de constater encore une fois la cohésion entre cette impressionnante phalange et le chef. D’un bout à l’autre de cette symphonie initiatique, la Staatskapelle et son chef maintiennent une intensité qui ne se laisse pas déborder, particulièrement perceptible dans le Scherzo du troisième mouvement attaqué sur un tempo assez retenu mais permettant d’apprécier tout le lyrisme de ses envolées. Comme image de cette réussite, on se souviendra surtout du dernier mouvement : un sans-faute prodigieux dans la lente progression vers l’apothéose, menée avec clairvoyance et brio. Le final triomphal déclenche les ovations d’un public légitimement conquis par la prestation de l’orchestre de haute volée et de son directeur musical.

Crédits photographiques : © M. Rittershaus

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